Fred, une guitare et la rivière

Fred a passé une semaine à son chalet... (Photo Le Progrès-Dimanche, Louis Potvin)

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Fred a passé une semaine à son chalet avec sa chienne pour pratiquer les nouvelles pièces de son album pour être prêt à les interpréter en spectacle.

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Louis Potvin
Le Quotidien

CHRONIQUE / «Tu vas comprendre vite pourquoi le nom de l'album Ultramarr s'est imposé.»

Fred Fortin est assis à la table où sont nées ces chansons. Dans le chalet où il a enregistré plusieurs albums sur le Petit rang à Saint-Félicien. Guitare en main, il regardait par la grande vitrine, le paysage magnifique qui l'inspire. De gros arbres et la belle rivière à l'Ours.

Un nouvel album qu'il m'a fait entendre en primeur. J'écoutais d'une oreille tout en discutant avec mon vieux chum. À plusieurs reprises, le silence s'imposait.

La force des compositions de Fred prenait toute la place dans le chalet. C'est du Fortin, mais avec de nouvelles textures, un «mood» différent. «Je voulais un disque plus homogène avec moins de ruptures.»

Comme les chansons ont été enregistrées «live» avec au moins quatre musiciens, il se dégage une sourde énergie. C'est organique et poignant. «J'ai refait les tracs de voix par après parce que je ne chantais pas fort pour que l'ambiance musicale que je cherchais soit là. Il y a eu de belles surprises. Les musiciens sont tellement talentueux qu'ils ont poussé les chansons encore plus loin».

Avec les Barr Brothers

Fred est toujours autant surpris que des musiciens de grands talents qu'il admire acceptent de jouer avec lui. Cette fois c'est Andrew Barr, Brad Barr, Joe Grass et Sam Joly. «J'avais entendu en spectacle au Vieux Couvent les Barr Brothers et j'étais vraiment tombé sur le cul. La symbiose qu'il y a entre les deux frères me faisait penser à celle que nous avons Olivier (Langevin) et moi. Après avoir ''jammé'' dans le garage à Noël (son père), on a parlé d'une possible collaboration.»

Fred a osé les appeler, car le jeu de guitare de Brad et la couleur de la batterie d'Andrew ont influencé les arrangements de ces compositions. Ils ont accepté. Leur présence en studio lors d'une session en avril 2015 se fait clairement sentir. Tout comme celle de Joe Grass, le talentueux guitariste du Nouveau-Brunswick. C'est à la pedal steel qu'il a été employé. «Il faisait des lignes magnifiques tout en buvant un verre de rouge. Les frères Barr ont été vraiment hallucinants. Je ne pensais pas que Brad était aussi versatile. Il joue du jazz à la John Scofield, je ne pensais pas qu'il avait ce genre de virtuosité. Avant tout, les deux frères ont une sensibilité qui me touche», déclare Fred.

C'est le ragtime déjanté de la pièce Ultramarr qui surprend. Jamais Fred n'est allé dans cette direction. Complètement hilarant. Un bijou. C'est Brad Barr qui assure la mélodie de piano. Et des pierres précieuses, il y en a plusieurs sur ce nouvel album. Entre autres, Gratte; du grand art...

Une des forces de Fortin est de présenter des pièces qui ont deux vitesses en même temps. La ligne de basse est rapide et le reste des instruments semble au ralenti et emmitoufle les chansons. C'est le cas dans Oiseau.

Oui, l'ambiance du disque et les textes sont sombres. «Oui, c'est ''dark'', un peu. J'en avais mare, ultra marre il faut croire. Ça reste que c'est encore des personnages pis un peu moi», concède-t-il en prenant une gorgée d'eau. Si vous voulez connaître les émotions et états d'âme de Fred, il faut écouter le disque.

Il n'est pas le genre à faire trop d'introspection en entrevue. Ça nous tente moins de jouer au journaliste quand on est avec un vieux chum.

Comme toujours, il y a une lumière qui pointe. Un peu de bonheur. L'humour et la dérision de Fred sont toujours présents.

Il y a l'hilarant L'amour ô Canada qu'il a composé à la veille de l'élection craignant que Stephan Harper soit réélu. Ça rappelle un peu René Lussier. «J'avais une crisse de chienne qu'il repasse... J'ai été exhaussé il faut croire.»

Les fans de Fred devront patienter encore quelques jours avant de se procurer Ultramarr. Ils attendent depuis 2009, depuis la sortie de Plastrer la lune. Ils ont eu droit à un intermède Gros mené entre-temps. Et depuis quelques jours un extrait d'Ultramarr, 10$.

Le lancement aura lieu le 16 mars au Fairmount à Montréal. Deux jours plus tard, un lancement devrait avoir lieu au Vieux Couvent de Saint-Prime avant le spectacle de Galaxie.

C'est assis sur cette chaise que Fred a... (Photo Le Progrès-Dimanche, Louis Potvin) - image 2.0

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C'est assis sur cette chaise que Fred a composé les chansons de son nouvel album.

Photo Le Progrès-Dimanche, Louis Potvin

L'illustration de l'artiste Martin Bureau capte bien l'état... (Photo Le Progrès-Dimanche, Louis Potvin) - image 2.1

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L'illustration de l'artiste Martin Bureau capte bien l'état d'âme de Fred Fortin quand il a enregistré l'album.

Photo Le Progrès-Dimanche, Louis Potvin

Dans l'antre du Petit rang

Fred Fortin est venu s'isoler dans le Petit rang pour pratiquer. Impossible à la maison à Montréal avec la réalité familiale. «Je travaille sur les lignes mélodiques sur la façon de livrer les textes ou prendre ma respiration.»

Il est toujours un peu angoissé au fait de se mettre à l'avant pour livrer de nouvelles chansons. Derrière sa basse avec Galaxie ou l'énergie rock de Gros Mené l'investissement est différent. Il a donc pratiqué ces nouvelles «tounes» toute la semaine pour être fin prêt. «Il faut aussi faire attention à la santé. Je vais m'entraîner un peu pour avoir la ''shape'' pour les spectacles. Aussi, on fête moins, car ce net pas long que ta voix baisse d'une octave si tu prends trop de bières», pousse-t-il en riant.

Le poêle à bois crépite. La chienne Wendy s'approche pour se faire flatter. Dans la pièce centrale du chalet trônent une batterie, des guitares et un divan. À l'opposé, un kit de son, une table tournante et des vinyles. C'est dans cet antre que vient se recueillir et se ressourcer Fred pour sortir de la frénésie et grisaille montréalaise.

Pour une première fois, il utilisera une guitare acoustique sur scène. «Je ne trouvais pas la bonne sonorité.» Finalement, son gars Charlie lui a déniché un vieux pickup à 10$ qui sonne comme il le souhaitait.

C'est un peu plus tard qu'il répétera avec Olivier, François Lafontaine, Samuel Joly et Jocelyn Tellier pour la série de spectacles. «Je veux essayer de transmettre l'énergie de l'album. Ça va être pas mal moins rock de ce que les gens sont habitués. Ça va être le ''fun'' de créer cette ambiance. C'est pour ça que je veux tourner à l'automne, c'est de la musique d'hiver», mentionne-t-il même si quelques dates sont prévues cet été.

La discussion prend tous les sens. Fred pose aussi des questions. Ça l'emmerde un peu de parler de son travail. Il préfère parler de musique. Sa passion pour les vinyles, le jazz «Mes enfants ne comprennent pas trop que j'écoute de la musique sur des disques. Eux, ben, ils consomment ça autrement. Dans des espèces de tubes. Ça sonne mal. On ne peut pas faire grand-chose», laisse-t-il tomber.

Il sait trop bien qu'il ne vendra pas beaucoup d'albums dans le contexte où la musique se trouve facilement partout. «Il y a ceux qui vont acheter le disque par solidarité et les mélomanes qui aiment encore avoir des CD ou des vinyles».

Fred est un perfectionniste, rarement satisfait du résultat final. «On vient qu'on ne le sait plus. On a trop écouté les chansons, il y a des petits détails qui nous énervent. Ici ça sonne bien (le chalet), mais au studio à Pierre (Girard), j'étais moins certain». Il se fie justement à l'oreille de son chum Pierre Girard qui a assuré la prise de son et le mixage. Preuve de son travail méticuleux, il y a six masterings de l'album avant d'arriver à satisfaire le père Fortrel...

Un autre vieux complice déploie son talent pour Fred. L'illustration de Martin Bureau qui a été réalisée pour l'album résume parfaitement le sentiment qui s'en dégage. «Ça dit tout je trouve. Il s'agit d'un vieux corbillard qui vire ''dessour''.»

Les airs des Beaux malaises

Fred a adoré son expérience à écrire la musique pour l'émission des Beaux malaises.

«Cette année ç'a été plus facile. J'avais le montage final. Je regardais l'émission ici au chalet et je composais. C'est stimulant. J'ai dû faire les trois premières émissions très rapidement alors que j'étais dans l'enregistrement de mon album. C'est un beau défi, car des fois les délais sont très courts. C'est la dernière saison. C'est quelque chose que j'ai aimé faire».

D'ailleurs, la pièce composée pour la fin du dernier épisode se trouve sur Ultramarr.

Gros Mené pas oublié

«C'est sur la glace pour l'instant. J'ai des compositions pour faire un nouvel album. On va voir comment ça va se dérouler dans les prochains mois, mais c'est pas mal certain que je vais enregistrer, ma compagnie de disque est intéressée».

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