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Festival Regard: cinq défis monochromes

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Roger Blackburn
Le Quotidien

L'an dernier, lors de la soirée régionale du Festival Regard sur le court métrage l'Office national du film (ONF) lançait Le Projet 5 courts, un défi confié à cinq cinéastes de réaliser cinq films documentaires de cinq minutes avec une caméra Bolex numérique monochrome noir et blanc, cette petite caméra pellicule qui servait à l'époque aux réalisateurs pour tourner leur documentaire. Le travail réalisé en collaboration avec l'organisme de Saguenay Bande Sonimage est terminé, et les films seront présentés à l'ouverture du festival Regard le 16 mars. Le Progrès-Dimanche raconte.

«Dialogue(s)» de Philippe David Gagné

Très surprenant le documentaire de Philippe David Gagné qui met en relief des dialogues perturbés par du bruit. Pilotes de CF-18, équipage d'un hélicoptère, amateurs de chars à gros moteurs et musiciens d'un groupe métal discutent à tour de rôle de leur passion dans un vocabulaire incompréhensible pour les non-initiés. Chaque groupe a son propre dialecte, ses propres termes techniques dans des dialogues qui nous éloignent de toute compréhension. «Au début, je voulais illustrer les dialogues interrompus par les vols de CF-18. Je suis un gars de La Baie et je ne compte plus le nombre de fois qu'on cessait de parler enterré par le bruit des avions. Mais à force de discuter avec les gens de la base par suite d'échange d'idées avec les autres cinéastes le sujet du documentaire a évolué pour épouser une tout autre direction», explique celui qui s'est amusé à révéler l'étrangeté des dialogues masculins. Les images des CF-18 en noir et blanc sont étincelantes.

«Carrière» de Jean-Marc E. Roy

Gris comme de la roche, gris comme une carrière, gris comme de la poussière, le cinéaste Jean-Marc E. Roy nous transporte dans le monde industriel pour faire vibrer les machines et les équipements dans une tâche plus que quotidienne de casser de la roche. «J'aime trouver une beauté dans la banalité du quotidien», commente le cinéaste pour expliquer le choix d'une carrière comme lieu et sujet de tournage. «C'est un endroit qui m'attirait et je trouvais que la texture de la pierre se travaillait bien en noir et blanc. Je ne voulais pas de narratif, mais un sujet intemporel. Ce film aurait pu être tourné en 1965, 1975, 1995 ou 2005, c'est un sujet qui est figé dans le temps», fait remarquer le réalisateur. Jean-Marc E. Roy s'est offert une expérience sonore dans le documentaire Carrière.

Carrière de Jean-Marc E. Roy... - image 8.0

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Carrière de Jean-Marc E. Roy

Les véhicules, les engrenages, les perforeuses résonnent en gros plans ou en plans éloignés en laissant le son dominer le documentaire. «Je voulais travailler l'aspect du son brut pour faire une création sonore dans cette montée dramatique. Il y avait deux preneurs de son à l'oeuvre pendant les deux jours de tournage, un pour les sons en direct avec les images et un autre qui s'est promené dans la carrière comme un électron libre pour capter tous les bruits et son disponibles sur les lieux de tournage», détaille celui qui a vécu du grand plaisir à harmoniser les sons de poussière au montage.

«Help!» de Noémie Payant-Hébert

C'est sur une plage du lac Saint-Jean que Noémie Payant-Hébert nous amène avec la Bolex numérique monochrome noir et blanc. Elle nous entraîne sous l'eau, sur l'eau, sur le sable, dans l'urgence, dans la panique et dans le sauvetage de personnes noyées. La cinéaste a choisi de tourner une épreuve de sauvetage, un exercice en vue d'une compétition.

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Image tirée de Help! de Noémie Payant-Hébert

«Je suis contente du résultat. Au début, la Bolex rendait la tâche plus complexe. Nous avions choisi de privilégier un plan-séquence et avec la Bolex il n'y a pas de possibilité de changement d'ouverture sans changer les lentilles alors qu'il y a de l'action proche et de l'action plus éloignée dans le même plan. L'épreuve de sauvetage dure 1 m 35 et le but est de récupérer le plus de victimes possible. Comme le sujet était une pratique de sauvetage, nous avons nous aussi pratiqué notre plan-séquence, mais en sachant d'avance ce qui allait se passer ce qui a favorisé notre choix de tournage», raconte celle qui a toujours aimé la natation.

«Une bonne récolte» de Bogdan Stephan

Dans le documentaire Une bonne récolte, Bogdan Stephan propose une saignée de cochon filmée à la campagne. Les cris du verrat, le couteau sous la gorge, le sang qui gicle, sous le regard des enfants qui assistent à cette tradition initiée par trois familles de Saint-Gédéon.

«J'ai revisité un souvenir d'enfance. Dans ma famille, dans mon jeune âge, mes parents faisaient boucherie avec des cochons, mais il me semble que les bêtes criaient beaucoup plus», se souvient le cinéaste originaire de Roumanie et qui vit maintenant au Saguenay.

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Image tirée d'Une bonne récolte, de Bogdan Stephan

Le traitement en noir et blanc des images éloigne tout le sensationnalisme qui pourrait surgir d'une saignée. Bogdan Stephan présente sans censure la boucherie qui ne montre rien de cruel et montre au contraire le vivre ensemble d'une communauté pendant que la caméra s'intéresse aux détails tout autour.

«Une nuit», de Serge Bordeleau

Avec le documentaire intitulé Une nuit, le cinéaste Serge Bordeleau de Val-d'Or nous invite au coeur d'une discothèque où les jeunes se rassemblent pour festoyer un samedi soir. Bien que l'action se déroule dans le noir avec des personnages à contre-jour, ce sont les faisceaux de lumière qui émergent. Les enseignes lumineuses, les spots lumineux et le stroboscope bombardent la piste de danse pour nous révéler au fur et à mesure des personnages et de petites histoires.

Image tire d'Une nuit, de Serge Bordeleau... - image 20.0

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Image tire d'Une nuit, de Serge Bordeleau

«Au début, on craignait de filmer avec la Bolex en basse lumière, mais le document a évolué à chaque étape de la soirée. Des bouts de conversation et des expressions corporelles ont fait naître des personnages et des histoires que la pénombre a bien servis finalement», commente Serge Bordeleau. La fin de soirée, quand à 3h du matin les lumières ouvrent parce qu'on ferme, révèle le décor de l'endroit avec le même effet que les fêtards ressentent. Ça fait mal aux yeux alors qu'on aurait voulu que ça dure avec la musique toute la nuit. Comme dans la plupart des soirées bien arrosées, ça se termine au casse-croûte.

Sonimage et ONF: un gros plus

«Collaborer avec l'ONF dans le Projet 5 courtsa permis aux idées des cinéastes de se rendre au bout du chemin de la création pour des résultats riches tant sur le plan artistique que professionnel», fait valoir Claudia Chabot de la Bande Sonimage qui a agi à titre de producteur dans ce projet.

«Le fait de travailler avec l'ONF a donné de super films. C'est un grand privilège d'avoir eu l'opportunité de côtoyer des équipes de professionnel à toutes les étapes, de la scénarisation à la diffusion en passant par la post-production, la promotion et les communications», ajoute celle qui a l'habitude de travailler avec des cinéastes et producteurs indépendants.

«L'ONF c'est comme un sceau de qualité. Les portes s'ouvraient plus facilement quand on disait qu'on travaille avec l'ONF. La qualité et l'expertise se ressentent à tous les niveaux d'intervention. À titre d'exemple, un producteur indépendant arrivera à inscrire son film dans 20 ou 30 festivals cinématographiques alors qu'avec l'équipe de promotion et de communication de l'ONF les films sont inscrits dans plus de 300 festivals à travers le monde, fait valoir la voix de Bande Sonimage.

«Le résultat a donné de super films. Pour nous, travailler avec l'ONF c'est un grand privilège. Ces professionnels travaillent avec des calendriers rigoureux et des méthodes de travail très solide en post-production. Nous avons créé des liens en plus d'établir des contacts qui pourraient engendrer de nouvelles collaborations dans l'avenir», ajoute Claudia Chabot qui se dit impatiente de présenter ces documentaires lors de la soirée régionale de Regard».

Une collaboration enrichissante

Jean-Marc E. Roy, Philippe David Gagné, Bogdan Stefan,... (Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 23.0

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Jean-Marc E. Roy, Philippe David Gagné, Bogdan Stefan, Serge Bordeleau, Noémie Payant-Hébert, Denis McCready de l'ONF et Claudia Chabot de la Bande Sonimage, lors de l'annonce du projet à Regard l'an dernier.

Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

«Ce fut du pur bonheur de travailler avec l'équipe de Bande Sonimage et ces cinq jeunes cinéastes. Ce fut très stimulant et enrichissant comme projet. Le fait d'ouvrir nos portes à ces créateurs, ça correspond à notre rôle de supporter les artistes et d'encadrer leur développement», a fait valoir Colette Loumède, directrice générale par intérim du Programme français de l'ONF responsable du Projet 5 courts.

«L'idée pour nous est d'élargir notre spectre et de permettre au plus grand nombre possible de créateurs de travailler avec nos gens et nos équipements. En s'associant à des centres d'artistes régionaux qui nous font découvrir les cinéastes de leur région, c'est une façon pour l'ONF d'entrer en contact avec des cinéastes qui nous sont recommandés par des gens habitués de travailler avec eux», met en relief la responsable du projet à l'ONF.

Les cinéastes engagés dans le Projet 5 courts ont tous apprécié leur expérience avec l'ONF. «On avait le temps de prendre notre temps, on avait des moyens pour faire avancer nos idées. Ce fut très enrichissant», a fait valoir Jean-Marc E. Roy qui a pu approfondir ses démarches dans la création sonore et qui a consacré cinq jours au montage du court.

Un projet sonore

«Après discussion avec les cinéastes participants à ce projet, le commentaire qui revenait le plus souvent concernait l'aspect sonore des films. Je ne sais pas si c'est la caméra noir et blanc qui a généré l'expérience sonore, mais chaque documentaire est marqué par le son», fait remarquer Collette Loumède.

Jean-Marc E. Roy a travaillé avec deux preneurs de son à la carrière; Noémie Payant-Hébert a utilisé les effets sonores qui caractérisaient les clapotis dans l'eau et le bruit ambiant sous l'eau; Serge Bordeleau nous oblige à tendre l'oreille pour capter les discussions des garçons et des filles dans la discothèque; Bogdan Stephan en a presque fait des personnages des craquements d'allumettes, du crissement des poulies et les cris du cochon alors que Philippe David Gagné a fait des dialogues et des bruits le sujet de son documentaire.

«Kill your darlings»

«Dès le début, je voulais travailler l'aspect du son. Ça m'intéresse depuis quelques années et j'ai la chance de travailler avec Christian Rivest, un concepteur sonore hallucinant, le plus décoré au Québec. Avec lui, je vois tout le potentiel d'une conception sonore. Dans le documentaire, on a utilisé tous les sons bruts qui existaient dans cet endroit qu'on fait entendre dans cette montée dramatique», met en relief le cinéaste. «Christian Rivest a passé deux jours à enregistrer des sons de valves d'air, de roche qu'on gratte, d'objets qui tombent et d'outils industriels. On aurait pu faire huit films avec ce qu'on avait comme image. Il y avait des images extraordinaires qu'on a sacrifiées au montage pour garder la ligne qu'on s'était imposée pour le film. Il y a une expression utilisée dans le montage d'un film qui dit ''kill your darlings'', quand on sacrifie de belles images», détaille Jean-Marc E. Roy qui a travaillé avec Stéphane Lafleur au montage.

Les cinéastes ont profité de l'expertise des preneurs d'images, des spécialistes de la sonorisation, de l'éclairage et du montage qui oeuvrent à l'ONF. «De nouvelles collaborations se feront sûrement à l'avenir, mais nous ne sommes pas prêts à annoncer le prochain projet. On va se donner du temps jusqu'à l'automne pour lancer la troisième année», conclut Mme Loumède.

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