Les trois visions du CNE

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Intitulée L'homme et la matière, l'exposition de Don Darby vaut le déplacement.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

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Roger Blackburn
Le Quotidien

Le Centre national d'exposition du mont Jacob (CNE) a inauguré trois expositions récemment pour lancer la saison 2016. Trois projets, trois thèmes différents et trois artistes inspirés qui vous proposent leur vision de votre propre vision (voir photos). Leurs oeuvres vous appartiennent, mais il vous appartient de les découvrir à leur façon, dans l'ordre ou le désordre, en regardant droit devant ou de côté. À vous de créer votre propre impression. Nous vous présentons les oeuvres de Jacques Desbiens, Carl Hurens et la rétrospective des créations exceptionnelles de Don Darby.

Don Darby: sculptures, métal et poésie

La rétrospective des oeuvres de Don Darby au CNE pourrait être qualifiée d'exposition «Heavy metal» dans le vrai sens du mot. Intitulée L'homme et la matière, l'exposition vaut le déplacement. Le visiteur y découvrira une cinquantaine de sculptures qui mélangent barres de métal et poésie visuelle.

Les sculptures s'expriment en bronze, en laiton acier soudé, en cuivre patiné, en métaux récupérés, en boîtes de conserve oxydées, en fils d'acier soudés ou en acier galvanisé.

«J'ai travaillé sur la construction quand j'étais jeune et j'étais fasciné par les barres de métal qu'on utilise pour armer du béton. Mes amis soudeurs m'ont incité à souder et à me lancer dans la création. Au début, je ''crottais'' un peu, mais avec le temps j'ai raffiné mon travail», raconte l'artiste de 78 ans qui possède une santé de fer, sans jeu de mots.

«J'ai toujours aimé la texture du métal. C'est brut, c'est fort, c'est transformable, c'est récupérable, et ça fait 3D. J'ai été trois ans aux beaux arts et je suis revenu par la suite finir ma formation, mais la peinture ne me passionnait pas autant que la sculpture. Je voyais les sculpteurs comme Armand Vaillancourt, Jean-Paul Mousseau, j'admirais ces gens-là. Des fois, le soir, je me retrouvais avec eux. J'ai connu la moitié des gens qui ont été dans le Refus global, ils étaient encore en vie, j'admirais ces gens à travers ce monde dans lequel ils ne pouvaient pas vivre, les artistes étaient passionnées, et leur passion me passionnait. Je voulais être comme eux», indique l'ancien professeur originaire de Baie-Comeau qui a déjà été chargé de cours à l'UQAC.

Don Darby est également fasciné par les hommes primitifs qui représentent la majorité de ses sculptures. «À 17 ans, je voyais des hommes primitifs, je trouvais qu'ils nous ressemblaient, mais ils ne sont pas comme nous. Je me disais ''c'est quoi ça? '' L'anthropologie expliquait que c'était des homo erectus de 600 000 ans avant nous. Je dessinais ces hommes-là. Ils imaginaient des visages à partir des ossements fossilisés. Je fais aussi de l'interprétation dans mes sculptures. La physionomie, ça me passionne,» exprime Don Darby avec sa voix rauque.

Cet intérêt pour les hommes primitifs lui est resté collé durant toute sa carrière. Néandertal, Cro-Magnon et leurs semblables m'ont terriblement influencé dans mon art», indique celui qui voue un grand amour aux animaux.

Les amateurs de masques prendront un malin plaisir à découvrir ses oeuvres en métal. «Je travaille les métaux depuis 1962. Parfois, je fais des dessins avant de sculpter, mais d'autres fois j'y vais directement en me mêlant à la matière; je cogne fort, je soude, je coupe, je martèle, j'ai beaucoup d'intérêt pour le 3D», termine l'homme de fer qui saura vous impressionner avec sa rétrospective.

Jacques Desbiens: une question de temps

Le livre en hologramme constitue la pièce de... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 4.0

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Le livre en hologramme constitue la pièce de résistance de l'exposition de Jacques Desbiens.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

L'artiste de Jonquière Jacques Desbiens propose une exposition très attachante au Centre national d'exposition du mont Jacob. Intitulée Espace donné - Temps abandonné l'installation se déploie en trois temps.

Sur votre gauche en entrant dans la grande salle d'exposition vous découvrirez un accrochage de six montages photo exprimant la vue d'un sujet qui descend un escalier dans six lieux différents dans le monde. «Je me suis inspiré de l'oeuvre Le nu descendant l'escalier de Marcel Duchamp, mais je me suis mis dans la peau de la personne qui descend l'escalier en prenant des photos de ce qui se déroulait devant moi. À l'aide de logiciel d'ordinateur, j'ai superposé les images pour donner cet effet», explique celui qui a capté lui-même ces images à Montréal, Québec et Tokyo.

Dessins imprimés

Dans un deuxième temps, sur une tablette inclinée, l'artiste a déployé un dessin de paysages imaginaires imprimés dans un livre de pages pliantes qui s'étend sur une trentaine de pieds. «C'est la première fois que je vois cette oeuvre étalée au complet. Je n'ai pas l'espace à la maison pour que ce livre s'ouvre sur toute sa longueur. C'est un livre comme les rouleaux chinois. Je travaille sur une page à la fois et je me laisse guider sans nécessairement m'assurer d'une continuité», fait valoir Jacques Desbiens qui se dit choyé de pouvoir profiter d'une si grande salle d'exposition.

Lors du vernissage de l'exposition où plus d'une centaine de personnes étaient présentes, l'artiste a remarqué que les visiteurs découvraient ses oeuvres selon leurs intérêts. «Il n'y a pas d'ordre de visite, chaque création peut être observée sans lien avec les autres», dit-il.

Hologramme

Le point d'intérêt de l'exposition de Jacques Desbiens réside dans les trois hologrammes qu'il a réalisés sur de grands formats. Les dérives dans l'image de l'artiste laissent place à l'observation et dans les hologrammes le visiteur peut passer de longues minutes pour apprécier et dénicher tous les petits détails réalisés par l'artiste.

«Il y a 1280 angles de vision dans ces images. Il m'a fallu plusieurs journées de travail pour arriver à ce résultat», explique l'artiste qui possède à la perfection ce procédé d'image en relief. Son oeuvre de fiction représente un traité sur les hologrammes datant d'une époque où la technologie n'existait pas.

Carl Hurens: à la recherche du relief

Les photos-montage des trois séries présentées à la... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 6.0

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Les photos-montage des trois séries présentées à la Salle les amis du CNE sont issues d'une démarche créative de Carl Hurens qui s'échelonne sur plusieurs années.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

Carl Hurens se réjouit d'avoir pu utiliser des grands formats pour exposer les trois séries de photos-montages qu'il présente à la salle Les amis du CNE. Pour l'artiste, la démarche créative avec ces photos numériques est d'évoquer le souvenir d'un lieu.

«La photo fige dans le temps un paysage. Avec les éléments que j'ai ajoutés, comme l'aspect argentique avec des égratignures, des motifs, ou de la superposition je veux faire ressentir le souvenir», explique l'artiste natif de Québec.

Lors du vernissage, où plus d'une centaine de personnes étaient présentes, Carl Hurens a remarqué que les visiteurs avaient tendance à se placer de côté pour regarder ses photos en espérant y trouver du relief. «La juxtaposition, le recadrage, le jeu des couleurs où l'éclairage sème le chaos dans l'image, ce qui incite le visiteur à prendre un temps d'arrêt», explique l'artiste.

Carl Hurens en est à sa première visite dans la région. «J'ai été vraiment surpris des installations du CNE et de l'accueil du personnel. Depuis cinq ans, je suis très productif et j'expose deux à trois fois par année. Quand un centre d'artistes accepte d'exposer tes oeuvres, c'est une belle reconnaissance et ça encourage à continuer d'avancer dans notre démarche artistique», souligne celui qui vit à Rimouski depuis quelques années et qui a travaillé à Matane comme professeur de photographie.

Les paysages dominent depuis plusieurs années dans le processus de création de Carl Hurens. «J'ai toujours aimé les différentes méthodes pour altérer l'image afin de créer un écart entre la réalité du paysage et mon interprétation en texturant les photos ou en faisant disparaître des éléments», explique celui qui se laisse influencer dès qu'il ouvre les yeux.

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