Un trésor aux couleurs de François Brassard

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En plus de composer des oeuvres de facture classique, François Brassard était un organiste réputé. Il fut longtemps associé à l'église Saint-Dominique de Jonquière, la paroisse d'adoption de ce fils de Métabetchouan.

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Daniel Coté
Le Quotidien

La Société historique du Saguenay vient d'acquérir un fond d'archives d'une richesse exceptionnelle. Formé de 75 boîtes entreposées dans ses locaux de Chicoutimi, il comprend des partitions manuscrites créées par le compositeur François Brassard, celui-là même qui a donné son nom à la salle de spectacles jonquiéroise.

«Quand j'ai vu cette boîte-là, avec des originaux, je me suis dit qu'on avait gagné le gros lot», a commenté le directeur général de l'organisme, Laurent Thibeault, au cours d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche. Il venait de retirer le couvert afin d'exhumer de précieux documents.

C'est ainsi qu'apparaît une oeuvre intitulée Cantico espagnol, écrite sur des feuilles de papier jaunies. «On voit bien le travail du musicien. C'est impressionnant, exceptionnel», s'émerveille le passionné d'histoire. Une autre composition, Regina coeli, est délicatement tirée de la boîte, suivie par les Rondes du petit Noël.

François Brassard n'était pas du genre à faire éditer ses travaux. Ainsi que l'avait mentionné son fils André il y a quelques années, lors d'une rencontre avec l'auteur de ces lignes, c'est son côté lunaire, peu porté sur de telles formalités, qui explique le faible nombre de partitions imprimées.

La conséquence est que 40 ans après son décès, à l'âge de 67 ans, la pérennité de l'oeuvre tient à peu de choses. Une poignée d'enregistrements et de partitions éditées, ainsi que des manuscrits dont la fragilité est illustrée par la pâleur des notes écrites au plomb par celui qui, lors de ses études à Londres, fut l'élève de Ralph Vaughan Williams.

Un compositeur important

Le répertoire de François Brassard comprend des compositions pour orgue, ce qui fait écho à la fonction d'organiste qu'il a assumée à Saint-Dominique. L'Encyclopédie Canadienne évoque aussi ses créations inspirées par le folklore et le chant religieux, dont un Panis angelicus primé par la Société des musiciens d'église du Québec en 1942.

«En même temps que les documents, nous avons acquis les droits d'auteur sur les oeuvres», précise Laurent Thibeault. Il rêve du jour où des musiciens visiteront la Société historique du Saguenay pour étudier le travail du Jonquiérois. En redevenant accessibles au moyen de photocopies, les partitions pourront revivre sur scène.

Au préalable, cependant, il importe de traiter le don effectué par la famille Brassard. Le contenu de chacune des boîtes sera examiné soigneusement, une démarche pour laquelle l'organisme a obtenu une subvention de 2150 $ émanant de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

«On en a pour un an parce que ce travail nécessite beaucoup d'attention. On ne peut pas faire ça en ayant d'autres questions en tête», note l'archiviste Myriam Gilbert. Il y a toutes sortes de choses, en effet. Des partitions, une abondante correspondance, ainsi que des objets montrant un bout de ce que fut l'univers du compositeur.

Elle parle de collections de timbres et de monnaie, de souvenirs de voyages, de disques, de livres et de partitions écrites par d'autres musiciens. Quelques instruments, dont un xylophone s'apparentant à un jouet, font également partie du lot. Il y a aussi un diapason, ainsi qu'une paire de lunettes et des médailles anciennes.

Même si le mandat de la Société historique du Saguenay n'englobe pas la préservation de tels objets, on évaluera leur valeur historique avant d'en disposer. Certains pourraient faire l'objet d'une exposition, laissent entendre Myriam Gilbert et Laurent Thibeault.

Le directeur général de la Société historique du... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 2.0

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Le directeur général de la Société historique du Saguenay, Laurent Thibeault, examine les partitions originales de François Brassard dont l'organisme vient de prendre possession.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Pour assurer la pérennité de l'oeuvre

C'est en septembre que le directeur général de la Société historique du Saguenay, Laurent Thibeault, a amorcé les démarches qui ont mené à l'acquisition du Fond François Brassard. Lui qui l'avait dans le collimateur depuis quelques années a alors pris contact avec le fils du compositeur, André, le seul de ses enfants qui réside dans la région.

Il savait qu'une partie des documents ayant appartenu au Jonquiérois avaient été cédés à un comité favorisant la mise en valeur du patrimoine de Kénogami. «Des choses avaient abouti au sous-sol de l'ancien hôtel de ville, puis aux archives de la ville de Chicoutimi, mais pas les partitions originales», raconte Laurent Thibeault.

Ces partitions, qui constituent les documents les plus importants en raison de leur valeur artistique, se trouvaient alors chez l'un des fils de François Brassard vivant à l'extérieur de la région. C'était toujours le cas lorsque l'auteur de ces lignes avait réalisé une entrevue avec André Brassard, en mars 2010.

Depuis, ces manuscrits ont été rapatriés chez lui, une information qu'il a partagée avec Laurent Thibeault au cours de leur échange initial. Il avait aussi été question de la cession des droits d'auteur à la Société historique du Saguenay.

«L'idée, c'est de rendre les documents disponibles», énonce l'archiviste Myriam Gilbert, qui fut partie prenante des démarches. Si un musicien veut utiliser une partition, on va lui demander pourquoi et le tarif dépendra de la nature de la réponse. Si c'est pour un concert, ce sera gratuit. Si le projet a une dimension commerciale, on négociera.

André Brassard a signé le contrat à la fin de 2015. «La famille voulait assurer la pérennité de l'oeuvre de François Brassard», explique Laurent Thibeault, qui précise que le déménagement a eu lieu après les Fêtes. Les 75 boîtes ont abouti dans la grande salle où, sous atmosphère contrôlée, reposent de larges pans de l'histoire de cette région.

C'est l'archiviste Myriam Gilbert qui aura le mandat... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 3.0

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C'est l'archiviste Myriam Gilbert qui aura le mandat de traiter le fond François Brassard. Elle montre quelques photographies du compositeur tirées de la collection de la Société historique du Saguenay.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Un exercice qui demande du tact

Négocier la cession d'archives constitue un art. Une fois qu'on a établi la valeur des documents recherchés, il faut convaincre leurs propriétaires de les céder. C'est à cette étape du processus que le facteur humain prend le pas sur les considérations techniques.

«Pour aller chercher des fonds d'archives, on doit faire preuve de tact et de psychologie. Il est important de ne pas bousculer les gens. En même temps, il faut protéger des informations de nature personnelle qui pourraient causer un embarras», rapporte le directeur général de la Société historique du Saguenay, Laurent Thibeault.

Sur ce dernier point, il signale que des prescriptions légales peuvent être accolées à certains documents. On détermine une fenêtre de temps suffisamment longue pour permettre aux proches de vivre leurs dernières années l'esprit en paix.

Parfois même, les donateurs n'ont pas conscience que les archives recèlent des éléments susceptibles de faire problème. Or, même dans un tel contexte, la Société historique du Saguenay peut offrir des assurances à titre préventif.

«Parfois, nous voyons des choses au moment de traiter les archives. Nous prenons alors l'initiative de contacter les familles pour les mettre au courant. Nous pouvons leur offrir une prescription», fait observer l'archiviste Myriam Gilbert.

Ne rien brusquer

Malgré qu'elles aient reçu toutes les garanties imaginables, cependant, il arrive que des personnes hésitent à signer le contrat qui les séparera de leurs documents. Lorsque c'est le cas, Laurent Thibeault a pour politique de ne rien brusquer.

«Le plus long processus que j'ai vécu s'est étiré sur huit ans. J'étais en contact avec un homme d'affaires et à chaque fois qu'on était sur le bord de régler, il me disait: ''Je ne suis pas capable''. Ses archives, c'était sa vie», se souvient-il.

Un jour, cependant, le directeur général reçoit un coup de fil prometteur. Son vis-à-vis l'assure que cette fois, il est prêt. Les deux hommes se voient et les papiers sont en ordre, sauf qu'au moment d'apposer sa griffe, l'autre hésite. «Il ''shakait'' et je lui ai dit de laisser faire, que ce n'était pas le temps», rapporte Laurent Thibeault.

La rencontre semblait sur le point de se terminer lorsque l'homme d'affaires a repris sa plume. Sans avertissement, d'une main ferme, il a officialisé la cession de son fond. «Être archiviste, ce n'est pas plate», lance le directeur général avec une étincelle dans les yeux.

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