Le Centre Sagamie: discret, mais réputé

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Cette photographie montre l'une des expériences tentées par Renée Lavaillante. Elle a demandé à des gens de décrire un trajet qu'ils ont effectué, ce que montrent les images en format réduit.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Le Centre Sagamie est sans doute le centre d'artistes le plus discret de la région. Logé derrière l'église Saint-Joseph d'Alma, dans l'ancien local de la bibliothèque municipale, cet organisme n'a pas vraiment pignon sur rue. Pourtant, sa réputation s'étend à tout le Québec et même au-delà, elle est nourrie par des résidences d'artistes et des expositions comme celles qui sont évoquées dans ces pages.

Les hasards provoqués

Renée Lavaillante aime le hasard, tout en n'ayant rien d'une joueuse compulsive. L'artiste qui présente l'exposition Le dessin chercheur jusqu'à la fin du mois, à l'Espace Laliberté du Centre Sagamie d'Alma, aime créer des oeuvres dont elle ne contrôle pas tous les paramètres.

C'est ainsi qu'un beau jour, pendant un voyage en Europe, la Montréalaise a demandé à des marcheurs de décrire le trajet qu'ils venaient de faire en montagne. Ça a donné des lignes traduisant les montées et les descentes effectuées par ses interlocuteurs, puis des oeuvres où ces drôles de graphiques ont été multipliés à l'infini.

Portraits pétris rassemble des dessins conçus en froissant... (Photo Le Progrès-Dimanche, René Bouchard) - image 3.0

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Portraits pétris rassemble des dessins conçus en froissant de petites feuilles.

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Cette oeuvre de Renée Lavaillante a été réalisée... (Photo Le Progrès-Dimanche, René Bouchard) - image 3.1

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Cette oeuvre de Renée Lavaillante a été réalisée à partir des descriptions effectuées par des marcheurs rencontrés en Europe. Ils étaient invités à décrire leur trajet parcouru en montagne en traçant une ligne que l'artiste a ensuite multipliée.

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Près du mur où sont alignés quelques témoins de cette démarche, on remarque d'autres feuilles laissant voir des mains ouvertes à l'intérieur desquelles des traits ont été tracés. Il n'en a pas deux pareils et une fois de plus, on comprend qu'une expérience originale est à l'origine de ce projet.

«Renée Lavaillante a demandé à des gens de dessiner des trajets dans sa main et en se guidant sur ses sensations, elle a essayé de les reproduire. Des fois, les deux lignes se ressemblent. D'autres fois, c'est différent», fait observer le directeur général et artistique du Centre Sagamie, Nicolas Pitre.

Patience de moine

Il s'agit de la première exposition de Renée Lavaillante au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais ce n'est pas d'hier qu'elle fréquente le Centre Sagamie. L'équipe planche d'ailleurs sur un livre qui aura valeur de rétrospective, un projet piloté conjointement avec Occurrence, un centre d'artistes établi à Montréal.

«Dans le cadre de nos expositions, nous aimons présenter le travail réalisé par des personnes avec lesquelles nous avons déjà travaillé, explique Nicolas Pitre. Ça constitue une priorité, le fait de développer des relations à long terme.»

À cet investissement dans la durée correspond la ténacité affichée par Renée Lavaillante lorsqu'elle s'attaque à certains projets. C'est ce qui ressort, entre autres, à la suite d'un examen attentif de Portraits pétris, une grande murale accrochée près de l'entrée.

Elle est formée de plusieurs dizaines de papiers noirs où des traits humains apparaissent en filigrane. «Ils ont été froissés de telle manière que chacun suggère un visage», précise Nicolas Pitre. Ça leur donne des airs de saint suaire et pour rester dans l'imagerie religieuse, on est émerveillé par la patience de moine déployée par l'artiste.

Avant de visiter l'exposition Le dessin chercheur, il... (Photo Le Progrès-Dimanche, René Bouchard) - image 4.0

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Avant de visiter l'exposition Le dessin chercheur, il est bon de visionner le film projeté en boucle à l'Espace Laliberté du Centre Sagamie. Il décrit bien la démarche de l'artiste Renée Lavaillante.

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Dans une veine similaire, Renée Lavaillante a jeté des galets sur des feuilles posées par terre, avant de les remplacer par des dessins de son cru. L'oeuvre résultant de cette démarche, Points de chutes, montre comment on peut renouveler sa pratique en recourant à une méthode on ne peut plus aléatoire.

Une autre façon d'apprécier son art est offerte par le film diffusé en boucle dans la salle d'exposition. C'est une bonne idée que de le visionner avant de faire le tour des oeuvres. On saisit mieux ainsi la part de réflexion sur laquelle s'appuient les dessins présentés au Centre Sagamie.

Résidence fructueuse

Michelle Lacombe montre une série de photographies remaniées... (Photo Le Progrès-Dimanche, René Bouchard) - image 6.0

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Michelle Lacombe montre une série de photographies remaniées au Centre Sagamie d'Alma. L'artiste a profité de sa résidence à Alma pour préparer sa première exposition, dont un aperçu sera livré prochainement à Houston.

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Un avant-midi comme les autres au Centre Sagamie. Il règne une atmosphère studieuse et néanmoins détendue, dans le grand local où celle qui revendique le statut d'artiste en résidence cette semaine-là, Michelle Lacombe, examine des photographies captées la nuit.

Il y en a une douzaine alignées sur une table. Certaines sont uniformément noires, mais la plupart laissent voir un rond plus ou moins blanc qui correspond à la pleine lune. Parfois, on la voit pour vrai. Sur d'autres images, en revanche, on remarque que le rond a été découpé avec soin. Il y a un trou dans la feuille.

«Je prépare une exposition dont quelques éléments seront présentés à Houston, dans une galerie d'art féministe qui m'accueillera au printemps. Il s'agit de ma première résidence au Centre Sagamie, une institution qu'on connaît bien à Montréal. C'est une ressource importante pour les artistes», explique Michelle Lacombe.

Venue du monde de la performance, elle a apprécié la collaboration des membres de l'équipe. Ils l'ont suivie dans ses expérimentations, l'ont guidée à travers les méandres de la technologie numérique, un univers avec lequel elle n'est pas aussi familière qu'eux.

Rendue à la quatrième journée de sa résidence, l'artiste originaire de la Métropole avait eu le temps de mesurer les progrès accomplis, d'apprécier la convivialité propre au Centre Sagamie. «Je ''trippe''. J'adore ça. Déjà, le projet est différent de ce que j'avais anticipé», a-t-elle raconté.

Lunes de sang

Pour comprendre à quoi riment les lunes évoquées plus haut, il faut savoir que pendant un an, chaque soir de pleine lune, Michelle Lacombe s'est fait photographier sur un toit de Montréal. Elle exhibait alors ses jambes, qui laissaient voir un genre de tatouage, une ligne dessinée sans encre à la hauteur des mollets.

«Ça devait être éphémère, mais à un moment donné, une cicatrice est apparue, une marque permanente. J'y vois un parallèle avec les traces que laisse le phénomène de l'érosion», rapporte l'artiste, en ajoutant que la hauteur de la ligne correspondait au volume de sang qui irrigue son corps.

À partir de là, le concept exploré par la «performer» prend un tour qu'elle-même qualifie d'ésotérique. Il y a un lien avec la mer et les marées, de même qu'un certain cycle avec lequel les femmes doivent composer. L'image de l'érosion revient aussi en filigrane.

«Je travaille beaucoup sur la corporalité, le cycle et la répétition dans le contexte de mes performances», indique Michelle Lacombe. La différence, cette fois-ci, tient à la nécessité d'articuler ses réflexions par le biais d'une exposition.

C'est un autre genre d'animal et son passage au Centre Sagamie l'a placée sur une piste intéressante. Elle qui avait en tête la production de grands portraits a modifié son approche en cours de route. Des formats intimistes, à peine plus grands qu'une carte postale, lui semblaient plus appropriés.

«En découpant les lunes, j'ai créé un lien avec les coupures qui se forment à la surface de la peau. Ceux qui regardent les images se demandent si elles représentent une éclipse. À travers les trous, je cherche à produire un effet corporel», analyse Michelle Lacombe, qui souhaite revenir dans la région pour présenter son exposition.

40 artistes chaque année

En plus de présenter des expositions, le Centre Sagamie accueille 40 artistes chaque année, à l'occasion de résidences d'une durée d'une semaine. Ils viennent de loin, parfois, pour profiter des compétences du personnel, ainsi que des équipements meublant son laboratoire informatique, notamment ses imprimantes numériques.

«Notre dernier appel de candidatures a généré plus de 300 demandes provenant de 14 pays. Il y a même une liste d'attente dans l'éventualité où des personnes devaient se désister», fait remarquer Nicolas Pitre, directeur général et artistique du Centre Sagamie.

En plus des résidences, pendant lesquelles les artistes peuvent réaliser des expériences, souvent pour préparer une exposition, l'organisation assume la fonction d'éditeur. On parle ici de publications de prestige, dont le tirage limité est inversement proportionnel à leur pouvoir d'influence.

Un exemple éloquent est fourni par le photographe Martin Beauregard. C'est à Alma qu'il a préparé Drive End, dans la foulée d'une résidence effectuée en 2008. Cet ouvrage somptueux réunit des images captées dans un ancien ciné-parc de Val-d'Or. Elles empruntent à l'imagerie country, à la notion de ville de frontière.

«C'est après avoir envoyé des photographies provenant du livre que Martin Beauregard a attiré l'attention du Musée des beaux-arts de Montréal, raconte Nicolas Pitre. On l'a ensuite invité à participer à l'exposition qui marquait l'ouverture du pavillon sur l'art canadien.»

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