Centre d'art Langage plus à Alma

Points de vue

Les astres et les créatures boréales sont omniprésents... (Photo Le Progrès-Dimanche, Dominique Gobeil)

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Les astres et les créatures boréales sont omniprésents dans cette exposition de Saba Niknam inspirée de la nordicité.

Photo Le Progrès-Dimanche, Dominique Gobeil

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L'une a vécu son enfance dans la chaleur de Téhéran, en Iran. L'autre est un étudiant québécois de l'UQAC. Les deux présentent une exposition au centre d'art actuel Langage plus, à Alma, jusqu'au 24 janvier. Avec des styles bien différents, ils intègrent la culture nord-américaine à leurs oeuvres, mais alors que la première met un voile doré sur les légendes amérindiennes, le second rit des lumières de Noël et autres traditions kitsch. Coup d'oeil sur les expositions des artistes Saba Niknam et Gabriel Fortin.

De l'art autochtone... à l'iranienne

Pour les habitants du Saguenay-Lac-Saint-Jean, les orignaux, les ours et autres espèces boréales n'ont plus rien d'exotique. Pourtant, sous le crayon de l'artiste d'origine iranienne Saba Niknam, ils prennent une touche dorée digne des meilleurs contes des Mille et une nuits.

Dans l'exposition Le vent du Nord, la créatrice fusionne les cultures afghane, iranienne, mongole, scandinave et autochtone (voir photos). En résidence durant quelques mois au centre d'art actuel Langage plus, elle a profité de son séjour au Lac-Saint-Jean pour rencontrer la communauté de Mashteuiatsh et apprivoiser la culture des peuples des alentours. Même si Saba Niknam n'a pas l'habitude de nommer ses oeuvres, la nécessité s'est imposée pour celles inspirées des légendes amérindiennes.

Ainsi, Papakshtshishk (ou Kanipinakassikne) représente un Naskapi, vêtu de ses habits traditionnels, qui semble avoir été avalé tout rond par un caribou, mais c'est simplement qu'il vit en symbiose avec le cervidé après en être tombé amoureux. Dans Tshikapesh (ou Tshekapesh ou Tshakapesh), un enfant courageux dort paisiblement au creux d'une épinette blanche, pendant que la neige tombe doucement. On retrouve aussi un peu, dans les têtes de mort qui ornent l'habit du mythique monstre Windigo (ou Uitiku), l'effroi de la guerre de celle qui a vécu son enfance à Téhéran dans un climat politique inquiétant.

Comme l'artiste utilise le fusain, la gouache et le pastel gras surtout dans des tons de noir, on pourrait croire que ses dessins sont plutôt sombres, mais l'utilisation de la feuille d'or rend le tout très lumineux. Les points et les lignes rappellent les constellations, cet héritage astronomique arabe, au travers de la lune et du soleil. Les yeux aussi sont omniprésents, par exemple sur la seule oeuvre en trois dimensions de l'exposition. Des coquillages peints et du cuir brodé deviennent une intrigante amulette.

La princesse orientale qui chevauche un orignal sur les glaces, les narvals qui pointent leur corne vers le ciel ou les personnages légendaires ont toutes les qualités pour faire rêver, telle une histoire qu'on raconte pour border un enfant. Des oeuvres ont même déjà trouvé preneur. Elles ont un petit côté inachevé, produites sur un papier plié, mais Saba Niknam recherchait cet effet cartographique.

L'artiste, qui habite en France depuis huit ans, effectuait son premier voyage au Canada.

Kitsch quand tu nous tiens

Quel est le summum du kitsch? Le jeune artiste Gabriel Fortin partage sa réponse personnelle dans l'exposition DEL Devanture. Exotisme. Luxe. (voir photos), qui fait voir les diodes électroluminescentes sous un nouvel éclairage.

Pour l'étudiant en arts de l'Université du Québec à Chicoutimi, il y a une certaine beauté dans cette technologie lumineuse, si populaire durant le temps des Fêtes. Les décorations de Noël sont d'ailleurs une des trois parties de l'exposition. Sur une bâche, des photos de palmiers colorés et des vidéos de façades illuminées parodient ce «luxe nouveau».

Les décorations de Noël lumineuses sont projetées sur... (Photo Le Progrès-Dimanche, Dominique Gobeil) - image 4.0

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Les décorations de Noël lumineuses sont projetées sur une bâche blanche, qui rappelle les bancs de neige ou les toiles qui recouvrent les chalets alpins désuets.

Photo Le Progrès-Dimanche, Dominique Gobeil

L'exposition a donc un côté actuel, mais aussi un air démodé qu'on retrouve surtout dans l'installation Niagara falls in love. Un cadre rétroéclairé de chute d'eau, c'est quétaine, mais une douzaine sur un mur nu, c'est cacophonique! Le spectateurqui ne prend pas garde à l'oeil magique restera surpris en voyant les tableaux s'allumer et produire tous en même temps des sons d'oiseaux exotiques, même si la cascade d'eau peinte est canadienne. Une incohérence due à la fabrication chinoise qui stimule encore plus le collectionneur de ce rare objet kitsch Gabriel Fortin.

Une réflexion intéressante aussi, alors que les cadres avaient à l'origine l'objectif de relaxer leur propriétaire. Leur surabondance dans une pièce fermée du centre d'art crée une sorte de malaise, du dégoût, et l'artiste vient alimenter le débat sur la relativité des goûts.

Quant à la partie «devanture», c'est la moins lumineuse, mais elle questionne plus profondément un phénomène de société. Des photos de maisons d'un village alpin s'alignent parfaitement sur le mur, comme si elles créaient un nouveau quartier aux rues bien dessinées. Au lieu de croquer les dispendieux chalets avec son appareil en plein hiver, lorsque la neige les rend plus attrayants, Gabriel Fortin les a immortalisés en plein été, quand ils sont abandonnés par les touristes. Une vision bien différente du cliché des centres de ski, quand les habitations se parent de lumières multicolores.

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