Regard neuf sur le béton

Mathieu Gagnon aime le style brutaliste, malgré tout... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay)

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Mathieu Gagnon aime le style brutaliste, malgré tout le mal qu'on en dit. Les oeuvres qu'il présente ces temps-ci, dans la salle Espace Virtuel, font écho à ce courant.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Mathieu Gagnon trouve de la noblesse dans le béton. Mieux encore, ses dessins présentés jusqu'au 5 février, dans la salle Espace Virtuel située à l'intérieur du Cégep de Chicoutimi, rendent ce matériau séduisant, voire mystérieux, ce qui constitue l'une des sources d'étonnement découlant de l'exposition proposée par le centre Bang.

Ses images laissent filtrer une douce lumière à l'intérieur d'une pièce qui pourrait se trouver dans les profondeurs du cégep. On peut aussi l'imaginer dans l'une des polyvalentes construites à l'époque où le Québec essayait de rattraper le temps perdu sous Duplessis.

Cette architecture a mauvaise réputation. On la dit froide, impersonnelle, voire un brin carcérale. Ce n'est pas pour rien qu'on parle de style brutaliste. Pourtant, l'artiste lui trouve bien des qualités. Lui qui n'a pas connu les années 1960 et 1970 évoque l'histoire pour identifier l'un de ses ancrages émotifs.

«Ces bâtiments montrent comment la société québécoise a voulu représenter ses institutions. Ils illustrent une forme d'utopie, tout en comportant un côté tragique», énonce Mathieu Gagnon. Certes, les rêves de la Révolution tranquille ont tourné à l'eau de vaisselle, mais ils trahissaient un désir de bien faire les choses, une forme d'idéalisme.

Comme le montre cette oeuvre faisant partie de... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 2.0

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Comme le montre cette oeuvre faisant partie de l'exposition Hémisphères, Mathieu Gagnon aime travailler sur la lumière.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

«Moi, je regarde cette architecture avec les yeux d'un jeune, poursuit l'invité de Bang. Je suis conscient des critiques, mais je trouve qu'à l'époque, on a créé un langage pur au niveau des formes. Ça me semble plus intéressant que les constructions actuelles qui sont tellement commerciales, tellement génériques.»

De l'ordi au dessin

Pour produire les oeuvres qui composent Hémisphères, le titre de l'exposition présentée à Espace Virtuel, Mathieu Gagnon a d'abord travaillé sur un ordinateur. Cet outil lui a permis de développer les idées qui lui trottaient dans la tête, de plancher sur les cadrages, par exemple.

«Ensuite, j'ai fait du dessin et peint à l'huile afin d'amener plus loin les images froides, sans texture, provenant de la machine. Entre autres choses, je voulais voir comment la lumière est absorbée par les objets, comment elle est diffusée. La plupart du temps, je montre des lieux inventés, quoique réalistes», explique l'artiste originaire de Rimouski.

L'une des oeuvres de l'exposition Hémisphères, de Mathieu... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 3.0

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L'une des oeuvres de l'exposition Hémisphères, de Mathieu Gagnon.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Le grain du dessin confère à ses tableaux l'apparence de documents anciens. Parfois, on remarque une stèle surmontée par une bulle dans laquelle des bâtiments miniatures semblent avoir été préservés pour l'éternité. Ils font écho à la conservation du patrimoine, un concept malmené ces temps-ci.

D'autres oeuvres, elles, présentent un bâtiment qui existe dans la vraie vie, une ancienne école située à Montréal. Elle doit être démolie pour cause de moisissures. «J'ai visité le chantier et je me suis intéressé aux traces laissées par un trou béant, raconte Mathieu Gagnon. J'ai élaboré une structure qui l'enveloppe, à la manière d'une verrière.»

L'exposition est formée d'une dizaine de tableaux créés dans les derniers mois. «C'est un musée imaginaire», décrit l'artiste, dont l'une des sources d'inspiration - le croirait-on? - est la photo d'architecture.

Deuxième séjour au Népal

L'intérêt de Mathieu Gagnon pour le patrimoine bâti déborde largement du cadre artistique puisqu'en février, l'auteur de l'exposition Hémisphères effectuera un deuxième séjour au Népal. Pendant deux mois, lui et la documentariste Mathilde Forest-Rivière visiteront des villages affectés par le tremblement de terre survenu en avril.

Une première visite, cet automne, lui a permis de mesurer l'ampleur du désastre. Les reportages télévisés avaient montré des images spectaculaires de Katmandou, où des temples plus que centenaires avaient été jetés par terre. Ils s'étaient peu attardés en province, où les dégâts ont atteint des proportions équivalentes.

«Des villages ont été détruits à 80%», note Mathieu Gagnon. Dans la foulée de leur voyage exploratoire, lui et sa partenaire pousseront leur démarche un peu plus loin en menant des recherches sur le terrain, de concert avec l'organisme Architectes sans Frontières.

«L'objectif consiste à apporter des solutions en vue de la reconstruction des bâtiments. Nous mettrons l'accent sur ceux qui ont une vocation communautaire», précise l'artiste. À son retour au Québec, il entend monter une exposition sur laquelle s'appuiera une levée de fonds au bénéfice des Népalais.

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