Six artistes, six tranches de vies

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Photographiés aux côtés du professeur Marcel Marois, Nicolas Bergeron, Renée Tremblay, Véronique Ménard, Camille Becchetti, Natalia Ardila Torres et Daphné Ricquebourg participent à l'exposition Double jeu. Elle est présentée jusqu'au 17 décembre, à la galerie L'Oeuvre de l'Autre située sur le campus de l'UQAC.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

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Daniel Coté
Le Quotidien

Six étudiants à la maîtrise en art. Six histoires et six projets formant la trame de Double jeu, une exposition tenue jusqu'au 17 décembre, au centre d'artistes L'Oeuvre de l'Autre situé sur le campus de l'UQAC. Derrière chacune des oeuvres conçues cet automne, la vraie vie pointe le bout de son nez.

Voici l'une des oeuvres créées par Véronique Ménard... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 2.0

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Voici l'une des oeuvres créées par Véronique Ménard à l'aide de pièces de bois recyclées. Elle fait partie d'une installation intitulée Perception.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Question de perception

Prenez la Baieriveraine Véronique Ménard. Il y a dix ans, son conjoint a perdu la vie dans un accident de la route. Rien ne laissait deviner que cette tragédie la mènerait à étudier en art, mais la voici au coeur d'une installation à la fois jolie, complexe et fascinante, un ensemble baptisé Perception.

«J'explore la façon dont l'identité d'une personne se transforme à la suite d'un événement comme celui que j'ai vécu. C'est dans cet esprit que j'ai pris des objets du quotidien - une chaise berçante, un tabouret - pour leur donner une forme quasiment abstraite. Ça montre ce qui a changé en moi et ce qui est resté pareil», explique la jeune femme.

Il y a plein de moteurs dans ses affaires, ce qui fait bouger des lumières, ainsi que des lames de bois dont l'ombre se profile sur le mur. «J'aime développer un langage différent pour les objets», confie Véronique Ménard, dont le côté bricoleuse s'est beaucoup développé dans les dernières années.

Éloge de la lutte

Originaire de Bordeaux, Daphné Ricquebourg a choisi le théâtre et le cinéma comme modes d'expression. Ils ont donné naissance à une pièce d'une vingtaine de minutes qui a été jouée le soir du vernissage, le 2 décembre. Une vidéo projetée dans la salle d'exposition en témoignera cette semaine.

Le titre de sa création est Kamasucatch. La première partie de ce mot inventé est familière, tandis que l'autre réfère à notre bonne vieille lutte, ce qu'on appelle le catch au pays de Flaubert. Pour comprendre ce que ça fait là, on doit savoir que l'artiste a livré son lot de combats dans l'Hexagone.

«Je n'ai pas lutté depuis mon arrivée au Québec, mais je souhaite le faire dans la prochaine année. J'ai eu des contacts avec les gens de la JCW, à Jonquière. J'ai filmé certaines de leurs soirées et ça m'a montré qu'ici, le public participe davantage qu'en France. Je trouve ça cool», commente Daphné Ricquebourg.

Dans sa pièce, elle et son camarade Gaétan Reine incarnent des personnages qui ont l'air de se rencontrer par hasard, prélude à une relation mêlant sexe et violence. «On porte des costumes kitsch. Je cherche à transposer le monde de la lutte dans l'art contemporain», résume l'étudiante.

Abus de pitonnage

Seul homme ayant participé à Double jeu, le Chicoutimien Nicolas Bergeron propose une série de photographies où les visages sont gommés par un surcroît de lumière. Le trait commun à ces portraits est que les protagonistes sont en train de pitonner, l'oeil vissé sur différents types d'écrans.

«Cette série a pour titre Virtualis facia et illustre de quelle manière les gens deviennent effacés du monde qui les entoure, explique l'universitaire. C'est le moyen que j'ai pris pour lever un petit ''flag'' parce que moi-même, j'ai eu une surdose de technologie. Aujourd'hui, j'en vois mieux les dangers.»

Deux pièces installées derrière un paravent évoquent l'expérience... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 5.0

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Deux pièces installées derrière un paravent évoquent l'expérience vécue cet automne par la Colombienne Natalia Ardila Torres. Elle a fait l'apprentissage de la vie en terre étrangère afin d'étudier en art à l'UQAC.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

De la Colombie à Chicoutimi

On parle beaucoup d'immigration ces temps-ci, un concept qui n'a rien d'abstrait pour Natalia Ardila Torres. La Colombienne est arrivée à Chicoutimi au début de la session, moment où elle n'était pas sûre de son français, où la simple ouverture d'un compte bancaire représentait un défi.

Férue de design, elle a profité de Double jeu pour évoquer cette expérience grâce à deux oeuvres placées derrière un joli paravent. La première, Slap, prend la forme d'un boîtier où des cercles lumineux symbolisent les tâches assumées à son arrivée. L'autre, Enjoué, laisse voir plein de lumières dont l'éclat témoigne de la joie qui habite désormais l'artiste.

«Chez moi, les émotions sont importantes. Je travaille à partir de ça, relate Natalia Ardila Torres. En même temps, mon sujet de recherche est le design et c'est ce qui m'a poussée à ajouter un paravent. Il est translucide, mais a permis de créer un espace intime», indique l'artiste.

Cette installation conçue par Renée Tremblay a pour... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 6.0

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Cette installation conçue par Renée Tremblay a pour titre Thanatos-moé l'Éros, bébé. Vaste programme, comme dirait l'autre.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

«Thanatos-moé l'Éros, bébé»

Ce n'est pas un titre, c'est un programme! L'une des installations proposée par l'Arvidienne Renée Tremblay est constituée d'un cadre et d'une sorte de créature ayant la couleur dorée en partage. Taillée dans les restes d'un orme d'Amérique, cette sculpture est truffée de marques rouges suggérant soit des bouches, soit des traces de baisers.

«C'est aux gens à s'interroger pour donner un sens aux oeuvres», estime l'artiste. La même règle s'applique pour Droit de regard, une nuée d'yeux sortant du mur voisin de la porte d'entrée. On a l'impression qu'ils suivent la personne qui marche devant, ce qui découle d'une illusion d'optique.

Trois caméras, un vidéo

De son côté, la Marseillaise Camille Becchetti profite de l'exposition pour réaliser des entrevues avec des visiteurs. Deux caméras captent leurs réactions à distance, alors qu'une troisième est manipulée par l'étudiante. Le but: cerner comment la présence de cet objet, à quelques pouces de leur visage, affecte le discours de ses interlocuteurs.

«Ce qui m'intéresse, c'est la rencontre de l'autre, de ces personnes à qui je demande de parler de Double jeu dans le contexte d'un véritable échange. C'est un mélange de documentaire et de travail journalistique», laisse entrevoir la responsable du projet Je(u) tu.

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