Du JCL dans Corto Maltese

Jean-Claude Larouche présente un exemplaire du dernier Corto... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay)

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Jean-Claude Larouche présente un exemplaire du dernier Corto Maltese, celui où sa maison est mentionnée, en compagnie du livre de Robert Service, Songs Of A Sourdough. C'est un poème tiré de cet ouvrage, The Cremation Of Sam McGee, qui a été repris dans la bande dessinée.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

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Daniel Coté
Le Quotidien

Les Éditions JCL jouissent d'une vitrine exceptionnelle depuis la sortie du plus récent album de la série Corto Maltese, Sous le soleil de minuit. Cette bande dessinée qui était très attendue, comme en font foi les 300 000 exemplaires formant le tirage initial, s'ouvre sur un texte du poète Robert Service traduit par sa petite-fille, Charlotte Service-Longépé:

«Bien des choses étranges sont accomplies sous le soleil de minuit,

par les hommes qui cherchent de l'or,

le long des pistes enneigées, des secrets sont tapis

à vous glacer le sang.

Les aurores boréales ont assisté à de singuliers spectacles,

et sans conteste le plus étonnant

eu lieu sur la rive du Labarge, la nuit

où j'ai incinéré Sam McGee.»

Intitulé La crémation de Sam McGee, ce poème est tiré de l'un des best-sellers de Robert Service, Songs Of A Sourdough, publié en 1907. Malgré la popularité de ce livre dont trois millions de copies ont été vendues en l'espace de dix ans, il n'a jamais fait l'objet d'une traduction en français.

La première à s'y attaquer fut Charlotte Service-Longépé. Elle a produit une version française de Sam McGee qui a été intégrée à sa biographie de l'auteur, Robert Service: La Piste de l'imaginaire. Le premier tome de ce livre a été publié en août, aux Éditions JCL.

Dans cet ouvrage, la jeune femme, qui vit en France, emprunte la voix de son grand-père afin de relater les faits saillants de sa vie, notamment ses aventures dans le Grand Nord. Il s'agit de la première biographie de Robert Service écrite dans la langue de Molière.

Une opération d'envergure

Avant même de découvrir le poème dans la première case du nouveau Corto Maltese, les lecteurs peuvent poser leur regard sur une note évoquant la provenance de la traduction. On précise que celle-ci émane du livre de Charlotte Service-Longépé, tout en présentant le texte original, en anglais.

«C'est sur son blogue qu'ils ont trouvé la traduction, raconte Jean-Claude Larouche, le patron des Éditions JCL. Des représentants de la maison Casterman, qui publie la bande dessinée, l'ont contactée pour obtenir l'autorisation de l'utiliser. Elle a accepté à la condition qu'ils mentionnent son livre, qui n'était pas encore sorti.»

Il confirme que Charlotte Service-Longépé est heureuse de cette association avec un personnage mythique du huitième art, un personnage créé par le regretté Hugo Pratt. Quant à son éditeur, il ignore quelles seront les retombées de cette visibilité exceptionnelle, mais y voit un levier intéressant en vue d'un partenariat avec une maison européenne.

«À mon dernier voyage en France, j'ai informé quelques éditeurs du lien entre le livre de mon auteure et Corto Maltese. Des gens qui m'avaient dit non la première fois, alors que je leur avais offert de le publier en Europe, ont affiché une plus grande ouverture», fait observer Jean-Claude Larouche.

Toujours à l'occasion de son séjour dans l'Hexagone, il a pu mesurer l'ampleur des efforts de commercialisation déployés autour de l'album. Des librairies lui accordent toute leur vitrine, figurines du héros à l'appui. «C'est une grosse affaire. On ne peut pas marcher dans les rues ou fréquenter le métro sans tomber sur des publicités», décrit l'éditeur.

Une énigme pour Larouche

Pourquoi le nouveau Corto Maltese réfère-t-il à l'oeuvre du poète Robert Service, un Anglais dont l'unique livre traduit en français, La piste de 98, a été commercialisé en 1931? La question intrigue l'éditeur Jean-Claude Larouche, qui mène sa petite enquête à ce sujet.

Il trace d'abord un parallèle entre le poème de Service, The Cremation Of Sam McGee, et l'histoire relatée dans la bande dessinée Sous le soleil de minuit. Dans les deux cas, il est question de l'incinération d'un homme décédé à la saison froide. Le sol étant gelé, la meilleure option consistait à réduire en cendres ce corps encombrant.

En même temps, Jean-Claude Larouche rapporte les propos d'un journaliste qui, dans une autre vie, a travaillé dans une librairie de Vancouver. C'est dans ce contexte qu'un jour de 1992, l'homme en question, Marc Fournier, a vu entrer un touriste d'origine européenne.

«Il s'agissait de Hugo Pratt, celui qui a créé le personnage de Corto Maltese. Il faisait alors un long voyage qui l'avait mené à Tahiti, ainsi qu'à l'île de Pâques, mentionne l'éditeur. Marc Fournier se souvient de lui avoir vendu deux livres, dont un de Robert Service, Songs Of A Sourdough, d'où provient le poème The Cremation Of Sam McGee.»

Hugo Pratt étant décédé en 1995, ce n'est pas lui qui a écrit le scénario de Sous le soleil de minuit. Cette tâche a été confiée à l'Espagnol Juan Diaz Canales, qui a travaillé de concert avec le dessinateur Ruben Pellejero afin d'ajouter un épisode à la série.

L'énigme évoquée tantôt est alimentée par cette filiation tardive. Hugo Pratt connaissait l'oeuvre de Robert Service, dont la vie aventureuse, autant que le caractère, lui confèrent une certaine parenté avec Corto Maltese. Mais qu'en est-il de Canales et Pellejero?

«Je crois que ce n'est pas pour rien que le nouvel album se déroule au Canada, affirme Jean-Claude Larouche. On dit que Robert Service n'est pas connu en France, mais il y a au moins deux Espagnols qui sont au courant de son existence et j'ai l'intention de les contacter pour connaître la réponse.»

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