Deux expositions à Chicoutimi présentement

Louis-Pierre Bougie, un homme libre

Louis-Pierre Bougie est l'un des graveurs les plus... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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Louis-Pierre Bougie est l'un des graveurs les plus réputés au Québec. Deux expositions mettent son travail en valeur ce mois-ci, à Chicoutimi.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Daniel Coté
Le Quotidien

Combien de fois rencontre-t-on un homme libre? C'est encore plus rare lorsqu'on parle d'un artiste, surtout en ces temps de compressions en tous genres, de salles de spectacles à moitié vides, de piratage à grande échelle. C'est pourquoi il est rafraîchissant de côtoyer, ne serait-ce que quelques heures, un oiseau aussi rare que Louis-Pierre Bougie.

Le commun des mortels ne sait rien de lui. Ce Montréalais est moins connu que le quatrième gardien dans la hiérarchie du Canadien et pourtant, il s'agit du graveur le plus réputé au Québec. Formé dans les grandes maisons parisiennes, les mêmes qui ont accueilli Picasso et Miro, il a travaillé partout, de New York à Cracovie, en passant par Vancouver et Helsinki.

Signe qu'on a affaire à un artiste d'exception, le voici qui propose deux expositions à Chicoutimi, lesquelles innovent en associant une galerie privée à un centre d'exposition. Jusqu'au 28 octobre, La Corniche propose une rétrospective étalée sur 20 ans, tandis que L'Oeuvre de l'Autre, qui se trouve sur le campus de l'UQAC, présente Le Bestiaire.

L'oeuvre qui donne son titre à l'exposition est imposante. Y sont jumelées des sections de carton supportant des dessins et des gravures faisant penser à du feuillage, mais qui révèlent une infinité de détails, parfois aussi des traits d'humour, lorsqu'on s'en approche.

On n'ose penser à la somme de travail investie dans ce projet, surtout qu'une deuxième frise, quasiment aussi grande, est accrochée sur le mur voisin. C'est là qu'entre en considération la notion de liberté évoquée tantôt. L'homme vit correctement sans être riche, laissant à sa nièce le soin de veiller à l'intendance.

«La liberté, c'est le «fun», mais ça se paye», a confié Louis-Pierre Bougie mercredi, quelques heures avant le vernissage du Bestiaire. Tout en exprimant sa pensée, il faisait le tour de la salle, sortant parfois un exacto, un crayon, afin de réparer des bouts de l'oeuvre ayant été endommagés dans le transport. L'artisan en lui n'est jamais loin de l'artiste.

Hors du temps

À plusieurs moments au fil de la rencontre, Louis-Pierre Bougie lâche un bout de phrase, pose un geste donnant l'impression que la notion de temps lui est étrangère. À La Corniche, par exemple, son ami Michaël La Chance, celui qui a eu l'idée de jumeler les deux galeries, a dû insister pour qu'il cesse de tracer des lignes sur une oeuvre grand format.

«Je n'ai jamais réalisé un projet dans le but de le vendre. Je le fais pour le faire. Je ne sais même pas où je me classe dans le monde de l'art», fait observer le spécialiste de la gravure. Il n'est pas du genre à se vanter, non plus. Parlez-lui de la pochette du disque d'Harmonium, La cinquième saison, et il trouve des défauts à son dessin.

Ce qui est aussi révélateur, c'est son attitude vis-à-vis les quatre pochettes réalisées pour des albums de René Lussier. Ces projets l'allument davantage, mais moins pour ce qu'il a fait que pour la musique. «Le trésor de la langue est vraiment particulier. À la fin, on entend parler Pierre Bourgault», note ainsi Louis-Pierre Bougie.

Pour revenir aux oeuvres exposées à Chicoutimi, elles rejoignent plusieurs dimensions de son art. La plus grande fait penser au Bestiaire avec son amalgame d'humains et d'animaux dans des tons qui tournent autour du vert et du gris. La plupart, cependant, se distinguent par leur extrême délicatesse.

Parmi eux, on remarque un monotype provenant de sa suite finlandaise. Deux personnes évoluant dans un décor dépouillé, voire inexistant, semblent regarder quelque chose. «Je fais d'abord un dessin au fusain et il y a toujours un passage en gravure», résume l'artiste.

Louis-Pierre Bougie ajoute que le contact de l'oeuvre avec une plaque de cuivre appliquée dessus constitue une étape importante du processus de création. «La rencontre de l'huile et de l'eau produit des stries, des accidents. Et simultanément, le dessin devient plus beau», décrit-il.

Là encore, il est conseillé de s'approcher afin de percevoir la finesse des détails, un foisonnement que l'artiste explique sans expliquer, en effectuant une jolie pirouette. «Il faut avoir rien à faire», lance-t-il à un moment donné, comme pour échapper aux commentaires admiratifs que pourrait susciter son travail.

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