L'Ouest fascinant et tordu

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Dominique Scali fait paraître un premier roman, À la recherche de New Babylon.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Un homme d'Église qui n'a plus de mains, un pyromane errant, un vrai-faux Russe présentant un sérieux cas de mythomanie, une jeune et jolie femme dont la vertu est imperméable à tous les dangers: bienvenue dans le monde fascinant et tordu que dépeint Dominique Scali dans le roman À la recherche de New Babylon.

Publié par les Éditions La Peuplade, cet ouvrage qui sent la poussière et le vieux cuir se déroule aux États-Unis dans les années 1870 et 1880. Il emmène le lecteur dans les États du Sud-Ouest, notamment en Arizona, à une époque où le gouvernement ne détenait pas le monopole de la violence, comme on dit en sciences politiques.

Dominique Scali relate les aventures des personnages évoqués tantôt, le révérend Aaron, Charles Teasdale, Russian Bill et Pearl Guthrie. Leurs destins se croisent à l'occasion, alors que chacun mène une existence nomade, en quête d'un idéal pouvant épouser les formes de la renommée, de l'argent ou d'un amour impossible.

«À la base, le mythe américain glorifie les pionniers qui fondaient des communautés. C'est la romance de l'Ouest, celle des gens qui ont bravé tous les dangers, sauf que le mythe a un côté factice. L'Ouest a aussi attiré des criminels et des personnes comme Buffalo Bill qui a mis sa vie en scène, qui a construit sa légende de son vivant», indique la romancière.

Cette manière de faire illusion est proche du comportement de Russian Bill. Tout en se présentant comme un aristocrate d'origine slave, il fonde le village de New Babylon au milieu de nulle part, affirmant que ce sera le lieu de toutes les libertés.

«Cette liberté extrême constitue une illusion parce que les gens comme Russian Bill sont prisonniers d'eux-mêmes. Ils ont beau se déplacer, c'est toujours pour aboutir dans le même genre d'endroit. Partout, c'est pareil», affirme Dominique Scali.

Éloge de la vie simple

Le roman a été écrit sous forme de carnets, lesquels sont consacrés aux principaux protagonistes. On avance et on recule dans le temps au gré des péripéties imaginées par l'auteure. La mort rôde, généralement violente, puisque la fatalité est susceptible de frapper à tout moment. L'humanité est ramenée à sa dimension primaire, quasiment animale.

«Cette époque en était une de grands changements, l'un d'eux étant la Révolution industrielle. Ce que permettait l'Ouest sauvage, c'était de revenir à une vie plus ''basic'', une pulsion qui se manifeste encore aujourd'hui. On est attiré par ce qui est simple, rustique. On aime le folk, les meubles en bois et les chemises à carreaux», mentionne Dominique Scali.

Autre parallèle avec notre époque: l'absence de mains du révérend Adam, mutilé de fraîche date pour cause de fréquentations douteuses. C'est lui qui sert de fil conducteur au roman, ce prêcheur de peu de mots, un brin provocateur, souvent mystérieux. «Cette image d'un homme qui n'a plus de mains symbolise la vie actuelle. On ne sait plus quoi faire de nos dix doigts», note la romancière. Elle ajoute que le révérend est à la recherche du mythe, lui aussi. Il tente d'identifier le personnage le plus susceptible de passer à la postérité, sans se douter que c'est lui le meilleur candidat.

On peut donc lire À la recherche de New Babylon pour nourrir une réflexion ou pour le plaisir de découvrir une oeuvre qui se situe à la croisée de Lucky Luke et des films de Scorsese, une oeuvre qui, de surcroît, est le fruit d'une longue recherche. Le souci du détail qu'affiche Dominique Scali est digne d'une production hollywoodienne, en effet.

Cette jeune trentenaire dit aimer les "trips" historiques. Adolescente, elle a craqué pour le médiéval, tandis que sa fascination pour la conquête de l'Ouest remonte à quatre ou cinq ans. «J'ai regardé plus de 100 films, lu plein de livres et effectué un séjour de deux semaines en Arizona, l'État qui m'attirait le plus», décrit-elle.

Les personnages ont émergé tout naturellement de cette immersion. Le temps de les laisser maturer et la romancière était prête à écrire un texte qu'elle croyait aride jusqu'à ce que les lecteurs la détrompent. Ajoutez les liens étroits noués avec l'équipe de La Peuplade et vous obtenez une romancière comblée par sa première incursion dans le monde littéraire.

«Ce fut un bonheur de A à Z», résume Dominique Scali.

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