Adib Alkhalidey à Chicoutimi

Le surdoué à qui tout réussit

Adib Alkhalidey a passé sans coup férir l'épreuve... ((Photo Le Quotidien, Michel Tremblay))

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Adib Alkhalidey a passé sans coup férir l'épreuve du premier one-man-show, comme l'a illustré le spectacle présenté hier soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Le jeune surdoué a créé une belle complicité avec le public en exploitant une large gamme de ressorts comiques.

(Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Daniel Coté
Le Quotidien

Si les humoristes étaient des voitures, Adib Alkhalidey ferait partie de la catégorie des hybrides et ça n'a rien à voir avec son look typé: ses cheveux si abondants qu'un hamster pourrait s'y perdre, ses traits qui donnent à penser que les ancêtres de l'humoriste n'ont pas fondé Albanel.

C'est plutôt sa manière de pratiquer le métier, sa propension à explorer toutes sortes de filons, de même que ses niveaux de langage habilement maillés, qui le distinguent de ses camarades. Certains font une carrière sur deux ou trois idées creusées à l'infini, mais lui peut se payer le luxe de tirer dans toutes les directions sans faire chou blanc.

Son premier one-man-show faisait escale au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, hier, et ceux qui ont rempli l'essentiel du parterre n'ont pas regretté d'avoir quitté le confort de leur foyer. Ils pourront se vanter d'avoir vu l'un des humoristes les plus doués de sa génération au moment où il a pris son envol, le tout en affichant l'aplomb d'un vétéran.

Devant un décor minimaliste, quelques panneaux ornés de jolis dessins, Adib Alkhalidey a pris le temps de faire les présentations. «Je suis d'origine arabe et je sais que dégager du fun, médiatiquement, ce n'est pas notre force», a-t-il lancé, avant de s'attarder à sa crinière généreuse.

Elle est tellement particulière que certaines personnes y touchent sans avertissement. Un homme lui aurait dit qu'il ne pouvait pas s'en empêcher, ce qui rend l'humoriste perplexe. «C'est l'argument d'un violeur! En cour, tu ne peux pas aller loin avec ça», énonce-t-il en haussant la voix, ce qui l'amène dans un registre voisin de celui de Louis-José Houde.

La forme, justement, constitue l'un de ses points forts. Ou plutôt les formes. Tantôt, il parle comme lui à huit ans, tout bas, avec un accent maghrébin prononcé. Puis, le voici qui imite des fans de Lady Gaga en déformant tellement les mots que ça devient impressionniste. Le débit est si rapide qu'on pense à un solo de saxophone, du genre torride.

Quand il parle normalement, ses différents niveaux de langage cohabitent on ne peut plus harmonieusement. Pour dépeindre un homophobe du terroir, Adib Alkhalidey se montre diaboliquement efficace. On rit beaucoup parce qu'on sait de qui il est question. On peut quasiment mettre un visage sur les gags.

On remarque également son respect de la langue française, auquel fait écho son numéro consacré à l'abandon du pluriel, jugé trop difficile pour les ados. Il y voit l'amorce d'une course vers la facilité. À ce rythme, on se dirigerait tout droit vers le coloriage.

La deuxième moitié du spectacle, elle, est marquée par une étonnante verdeur, une autre des nombreuses pistes explorées par Adib Alkhalidey. L'anecdote à propos «d'un Japonais pas de pénis qui pète dans un sauna» est délirante, tout comme celle du vestiaire où un type a recours à une méthode peu orthodoxe pour faire sécher une partie de son intimité.

Même dans ce créneau qu'on associe plus spontanément à un Peter MacLeod, le surdoué met le public dans sa petite poche, à un point tel que quelques femmes ont été prises d'un fou rire impossible à arrêter. Ce fut une autre source de gags et la complicité entre l'artiste et la salle, déjà très forte, a alors atteint son zénith.

La fin était proche, mais il restait un as dans la manche de l'humoriste, qui a revisité le thème de l'homophobie en s'appuyant sur l'histoire du gars qui va mourir empoisonné si son ami n'aspire pas le venin logé à un endroit stratégique. On a cru que ça prenait un bord et comme d'habitude, on était dans le champ. Adib Alkhalidey est bien plus malin que ça.

Dcote@lequotidien.com

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