«Colorature» de Marie-Ève Munger

L'album de toutes les explorations

D'une certaine manière, on peut dire que Marie-Ève... ((Photo Jeannot Lévesque))

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D'une certaine manière, on peut dire que Marie-Ève Munger est passée de l'autre côté du miroir par l'entremise de Colorature. Après tant d'années sur la scène, la soprano a vécu sa première expérience discographique avec la complicité de la pianiste Louise-Andrée Baril.

(Photo Jeannot Lévesque)

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Daniel Coté
Le Quotidien

(Chicoutimi) Fixer le temps. Mener à bien un projet qui s'inscrira dans la durée, contrairement aux concerts qui, une fois le rideau tombé, ne vivent que dans l'esprit de ceux qui y ont assisté. Telle est la logique derrière le premier album de Marie-Ève Munger, Colorature.

Chapeauté par ATMA Classique, ce projet a permis à la soprano jonquiéroise d'exprimer son talent en toute liberté. Elle voulait faire connaître le répertoire pour colorature en interprétant des oeuvres nées en France au tournant des 19e et 20e siècles. Des noms familiers figurent sur la pochette, ceux de Debussy, Ravel et Fauré, mais la chanteuse à tenu à inclure quelques compositeurs en mal de notoriété.

«On a cherché l'essence de la mélodie pour colorature, un genre à la fois simple et complexe qui me représente bien. L'idée, c'était de laisser une trace, tout en disposant d'une carte de visite grâce au disque. Je trouve ça excitant de voir que ça va rester», a énoncé Marie-Ève Munger il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.

Parmi ses trouvailles, celle qui lui tient le plus à coeur se rapporte à Louis Beydts. Une conversation avec une amie, couplée à sa rencontre avec un vieux ténor l'ayant côtoyé à la fin de sa vie, alors qu'il dirigeait l'Opéra Comique à Paris, fut l'élément déclencheur d'un brûlant désir d'aborder l'oeuvre de ce compositeur.

«J'ai enregistré un cycle intitulé Chansons pour les oiseaux, l'un des rares écrits pour une voix très aiguë. C'est comme du Poulenc, mais sans l'ironie. Il s'agit d'une musique sensuelle, d'une grande simplicité mélodique, note la soprano. J'aimerais présenter d'autres pièces de cet homme que personne ne connaît, même en France. Il a aussi fait des opérettes charmantes, ainsi que des musiques de film.»

Une expérience révélatrice

Un autre compositeur qui est demeuré dans l'ombre, Reinhold Glière, occupe une place de choix sur Colorature. C'est lui qui ferme l'album avec Concerto pour colorature, une oeuvre en deux mouvements dont Marie-Ève Munger propose une version voix et piano avec la complicité de Louise-Andrée Baril.

«Il n'y a pas de paroles, juste des vocalises, ce qui est difficile à exécuter, rapporte la chanteuse. J'avais envie de montrer comment la voix pouvait être utilisée à la manière d'un instrument, ce qui découle d'un mouvement amorcé au début du 20e siècle, alors qu'on a exploité davantage la voix de colorature. Auparavant, on l'entendait uniquement dans les opéras.»

L'album enregistré au Domaine Forget, en l'espace de trois ou quatre jours, comprend également un cycle de Darius Milhaud, Chansons de Ronsard. C'est le genre de chose qu'on n'interprète qu'à la fin d'un récital, quand la voix a été suffisamment réchauffée. «Cette musique exploite les extrêmes de la voix», confirme Marie-Ève Munger.

Même chez Debussy, dont le catalogue a été exploré en long et en large, elle a déniché une perle ayant pour titre Les Elfes. C'est la plus longue chanson écrite par le compositeur, une affaire de sept minutes dont on ignorait l'existence jusqu'à la découverte du manuscrit dans un grenier de Paris. «Je suis la deuxième à l'enregistrer après Natalie Dessay», fait observer la Jonquiéroise.

Revenant sur la création de l'album, elle vante le travail de Louise-Andrée Baril, sa sensibilité, de même que sa performance sur le Glière, où ses dix doigts meublent l'espace sonore à la façon d'un orchestre. «Louise-Andrée a fait une cinquantaine de disques. Elle voit les pièges arriver», souligne sa jeune partenaire.

Bien qu'elle ait apprécié son expérience, que de nouveaux projets fassent l'objet d'échanges avec l'équipe d'ATMA, la gestation de Colorature fut révélatrice pour la soprano. «J'ai une admiration sans bornes pour ceux qui enregistrent. Chanter devant une salle vide est difficile. Ça demande beaucoup de concentration, alors que fondamentalement, je suis une fille de scène», analyse Marie-Ève Munger.

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