Une nouvelle création de Russel-Aurore Bouchard

La chapelle du poste de traite de Chicoutimi revit

Russel-Aurore Bouchard a eu recours à du tilleul... ((Photo Jeannot Lévesque))

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Russel-Aurore Bouchard a eu recours à du tilleul pour reproduire les pièces de pin blanc formant le carré de la chapelle du père Laure. Elle a opté pour cette essence parce que sa teinte plus foncée colle davantage à l'apparence du pin lorsqu'il est exposé aux éléments.

(Photo Jeannot Lévesque)

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Daniel Coté
Le Quotidien

(Chicoutimi) C'est comme si Russel-Aurore Bouchard avait écrit un livre en trois dimensions. Mettant à profit sa science du modélisme, l'historienne vient de compléter un premier ouvrage qui n'est ni un moyen de transport, ni un poste de combat. Il s'agit de la chapelle du père Laure, un bâtiment-phare de l'histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Il s'est dressé sur le site du poste de traite de Chicoutimi de 1726 à 1856. Ainsi avait-on marqué le retour, sur une base permanente, de la mission opérée par les Jésuites à l'intention des Montagnais. De cette construction, il ne reste que la croix dite de Lozeau, une création en fer forgé qui compte parmi les trésors de La Pulperie de Chicoutimi, ainsi qu'une poignée de dessins.

C'est l'un d'eux, confié aux bons soins du Musée national des beaux-arts du Québec, qui a poussé Russel-Aurore Bouchard à reproduire la chapelle. «Il n'a jamais été publié parce qu'on l'avait mal identifié. Je l'ai découvert cette année et c'est un document fascinant. On voit clairement la structure du bâtiment», a-t-elle mentionné il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.

Réalisé en 1855 par Lady Head, l'épouse du gouverneur général du Canada, le dessin est si précis qu'il montre quelques constructions longeant la rive nord du Saguenay, en plus d'une concentration de bâtiments là où s'est développé le centre-ville de Chicoutimi. Quant au bâtiment qui se profile à l'avant-plan, du côté droit, c'est le moulin qui appartenait au fondateur de la ville, Peter McLeod.

«L'image originale est plus précise que la copie que Lady Head a élaborée un an plus tard, à la demande de David Edward Price, la seule version qu'on connaissait jusqu'à cette année», note l'historienne, pour qui le site du poste de traite constitue un objet de fascination depuis sa participation aux fouilles archéologiques menées en 1982, sous la conduite de l'abbé Jean-Paul Simard.

Souci d'authenticité

Ce qui caractérise le modèle réduit de la chapelle du père Laure, c'est le souci d'authenticité qui a guidé Russel-Aurore Bouchard. Elle s'est appuyée sur les textes et les images qui en ont perpétué la trace au fil des siècles, tout en recourant à son esprit de déduction pour répondre aux questions demeurées sans réponse.

«J'ai parfois utilisé comme référence la chapelle de Tadoussac, construite à la même époque et qui, elle, a survécu. Les dimensions étaient identiques, soit 31 pieds de long sur 21 pieds de large, tandis que la hauteur du carré (la structure qui supporte le toit) atteignait 11 pieds et six pouces», rapporte l'historienne.

Elle compare son travail d'analyse à celui des scientifiques qui parviennent à reconstituer un visage à partir d'un crâne. «Ça représente une belle avancée, estime Russel-Aurore Bouchard. Moi-même, grâce à ce projet, j'ai redécouvert les formes architecturales de l'un des éléments mythiques de notre histoire.»

Du granit d'origine

Il a fallu trois mois pour compléter ce chantier qui a nécessité autant de patience que de minutie. Créé à l'échelle 1/36, le modèle réduit impressionne par sa beauté, au-delà de sa dimension symbolique. Les dix jours investis dans la confection du toit en bardeaux de cèdre - il y en a 1500, tous taillés à la main -n'ont pas été gaspillés, puisqu'il confère une certaine noblesse à l'ouvrage.

On voit également que les 28 carreaux regroupés sur les grandes fenêtres ont été assemblés avec une précision d'orfèvre, que les portes possèdent de vraies pentures et que les pièces de bois formant le carré sont liées par des joints en queue d'aronde. De son côté, le solage présente un amalgame de mortier et de granit rouge, lequel a été prélevé sur le site du poste de traite, où il abonde.

«J'ai aussi intégré des fragments de brique rouge dans l'autel. Elle provient de la dernière chapelle du Bassin, celle qui a été démolie en 1922», révèle Russel-Aurore Bouchard, qui n'a qu'à soulever le toit du modèle réduit pour dévoiler des rangées de bancs, un jubé, ainsi que pièces de bois fixées sur les murs, sans parler de la voûte somptueuse, qui fait penser à l'intérieur d'un canot.

Puisque l'exposition Modélisme, histoire et écriture - Les passions de Russel-A. Bouchard est présentée jusqu'au 31 mars, à La Pulperie, l'historienne est ouverte à l'idée d'intégrer la chapelle du père Laure à ses oeuvres antérieures. «J'ai proposé qu'on monte un kiosque pour la mettre en valeur. Il s'agit d'un bel objet», lance-t-elle avec une fierté légitime.

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