D'aucuns verraient une contradiction entre cette affirmation et le fait d'accueillir un journaliste dans son bureau, précisément pour brosser un portrait de sa longue carrière. Pour comprendre ce geste, il faut savoir que la dame qui, depuis dix ans, assume le rôle de directrice de production au sein de la troupe Québec Issime, ne le fait que rarement.
Même après avoir accepté de se confier, elle parle davantage des artistes et des personnalités côtoyées dans l'exercice de ses fonctions. Ceux de Québec Issime, par exemple, dont elle s'occupe par l'entremise des spectacles Décembre et Cowboys, de Willie à Dolly. Ce sont les mêmes, pour une bonne part, et ils ne l'impressionnent pas seulement par leur talent. «Ce qui est particulier, c'est le sentiment d'appartenance affiché par les anciens. On voit que la maison leur tient à coeur, ce qui découle du fait qu'au Québec, peu de productions restent à l'affiche pendant des années», a raconté Jocelyne Déry mardi, lors d'une entrevue réalisée au Théâtre Palace d'Arvida.
Pour témoigner de cette adhésion, elle donne l'exemple du Saguenéen Alexandre Lapointe. Lui qui ne fait plus partie de l'équipe régulière a chanté dans la revue musicale De Céline Dion à la Bolduc, pendant le congé de la Saint-Jean. Le temps d'une soirée, pour dépanner l'organisation, il s'est produit devant des milliers de fans rassemblés sur la zone portuaire de Chicoutimi.
Grâce à lui, son alter ego, Jean Hudon, a pu accompagner un autre groupe d'interprètes qui, ce jour-là, travaillait à Terrebonne. «C'était la première fois qu'on faisait une chose de ce genre et ça s'est bien passé. Il y avait les vétérans d'un côté, les jeunes de l'autre», souligne la directrice de production.
Elle mentionne aussi les occasions où Sophie Tremblay a remplacé Karine Riverin, qui fait partie de la distribution de Décembre. «Un jour, elle l'a fait parce que Karine souffrait d'une laryngite. Elle était aphone, se souvient Jocelyne Déry. Sophie a aussi pris la relève lorsque Karine a accouché.»
Une récompense: le rappel
Jocelyne Déry venait d'emménager dans sa région natale lorsque le patron de Québec Issime, Robert Doré, a eu recours à ses services. On ne devait la garder que quelques mois, pour un congé de maternité, afin qu'elle s'occupe de Décembre. Dix ans plus tard, la directrice de production compte parmi les permanents de l'équipe. «Je vois à ce que tout fonctionne, décrit-elle. Avant qu'un spectacle reprenne l'affiche, je parle à Marie-Ève Riverin, qui s'occupe de la mise en scène. Elle me dit quels sont ses besoins en ce qui touche les répétitions, les décors, le son et l'éclairage. Je contacte ensuite notre directeur technique, Mathieu Dumont.»
Pour Décembre, elle doit trouver des locaux où les danseurs, puis les chanteurs, se referont la main. On aura également besoin d'une scène permettant aux 24 artistes de procéder à une mise en forme. Comme la plupart d'entre eux vivent dans la région de Montréal, on tiendra ces activités là-bas, tout en offrant aux autres le transport et l'hébergement. «La différence, cette année, est que la vraie répétition, les enchaînements et la générale, se dérouleront à La Baie. On va y travailler pendant deux jours, avant les représentations qui seront données au Théâtre du Palais municipal. Même si le spectacle existe depuis dix ans, il faut se rafraîchir un peu.»
Pendant les représentations, c'est elle qui veille au respect du budget, qui prépare la paie du personnel, qui voit aux imprévus. Aucun détail ne lui échappe, y compris la vente des CD à la Place des Arts, une opération qui, comme tout le reste, doit être planifiée.
Oeuvrant de concert avec sa consoeur Sarah Ouellet, responsable de la comptabilité, Jocelyne Déry est présente à toutes les représentations, mais passe le plus clair de son temps dans les coulisses. Sa récompense, elle l'obtient à la fin du spectacle, le moment où la pression retombe, où sa fierté d'appartenir à une équipe soudée et performante peut enfin s'exprimer.
«Je vais toujours voir le rappel de Décembre, à Montréal. Quand les gens crient, qu'il applaudissent et que certains pleurent, je me dis que je suis contente, que ça vaut la peine de faire ce que je fais, confie Jocelyne Déry. Je suis une passionnée et quand on travaille avec des personnes qui aiment ce qu'elles font, on a du plaisir. Ça nous donne de l'énergie.»