« Je suis content d'avoir accès à cette vue du Saguenay. Peu de salles d'exposition offrent quelque chose d'équivalent «, a-t-il commenté il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée à Progrès-Dimanche. Il est vrai que le lieu incite à la contemplation, ce qui n'empêche pas l'artiste d'articuler une vision bien personnelle de ce qu'ont vécu les jeunes du Québec.
Dans son esprit, le mouvement de contestation trouve sa source dans la mondialisation et le sentiment d'aliénation qui en découle. « On a commencé à ne plus s'appartenir «, énonce-t-il. Au-delà de la question initiale, qui était celle du coût des études postsecondaires, l'artiste croit que les jeunes ont fait l'apprentissage d'une nouvelle façon de voir la vie.
« Les étudiants ont fait la grève et ça les a amenés à se voir, à se toucher, au lieu de se contacter via l'Internet. Ils ont aussi pleuré, soufferts ensemble, et c'est ce qui me semble magique dans ce qui leur est arrivé «, fait observer Gilles Gagné.
Moins, c'est mieux
Les dessins accrochés à La Tourelle ont beau coller à l'actualité, leur forme reste fidèle à l'approche préconisée par leur auteur. Adepte de la philosophie du moins, c'est mieux, il est économe de ses traits. S'il est possible d'arriver à ses fins en noircissant moins de papier, Gilles Gagné trouvera une façon de le faire.
« J'aime faire du dessin parce que c'est l'expression la plus immédiate de la pensée. Le crayon est un outil très direct, le meilleur moyen de prendre une chose qui se trame en dedans et de l'amener dehors. Dans ce contexte, chaque ligne compte et moins il y en a, plus c'est difficile «, avance-t-il.
D'ordinaire, le jeune retraité consacre au dessin les trois premières heures de sa journée, celles qu'il juge les plus profitables. Il laisse émerger les idées sans brimer sa spontanéité, pour voir ce que produira l'exercice. Les plus prometteuses sont retravaillées à feu doux jusqu'au moment où naît la version finale, toujours après une nuit de réflexion.
Même dans une exposition reliée à des événements récents, son approche est subtile, plus suggérée que martelée. L'un de ses dessins, par exemple, est fait de cercles évoquant ceux que produit la pluie qui tombe sur un plan d'eau. « Il y a une analogie avec l'ensemble de nos paroles, dit-il. Le discours public est fait de plein de voix spécifiques. «
Un peu plus loin, Gilles Gagné exploite un thème similaire en montrant une main refermée sur une bouche. Cette fois, il est question « du désir de parler et de la difficulté de le faire «. Les titres proviennent de La Tempête, de Shakespeare, l'exception étant un bronze baptisé L'épuisement de l'esthétique.
Créée il y a trois ans, cette sculpture témoigne de la constance de l'artiste, qui est manifestement préoccupé par le thème de la communication. « Parfois, on voit une personne qui ne correspond pas aux critères de beauté, mais qu'on trouve belle pareil. La vraie beauté de quelqu'un, c'est souvent dans la conversation qu'elle apparaît «, souligne Gilles Gagné.