Jean Le Photographe est un véritable personnage. L'octogénaire a marqué le paysage almatois en se faisant le témoin de son histoire, qu'il a immortalisée sur pellicule.
Aujourd'hui, ce sont plus de 248 000 de ses négatifs qui sont archivés par la Société d'histoire du Lac-Saint-Jean. À partir de 1992, l'organisation a mis 15 ans à classer les clichés qu'elle a obtenus en différentes occasions.
Pour Jean Le Photographe, c'est une façon d'assurer la conservation de ses archives. «Il y a eux ans, j'ai eu un dégât d'eau et là, j'ai tout apporté ce qu'il me restait. Je me suis dit que de cette façon, les photos seraient en sécurité», explique-t-il.
Celui qui a possédé pendant des années la boutique Jean Lumière à la Plaza d'Alma a photographié plus de 4423 mariages au cours de sa carrière.
«C'était tous des gens heureux. Peut-être à part une fois. Le mariage a été célébré à 16h, et à 21h, le couple se séparait!», raconte le vieil homme qui aimait immortaliser ce genre d'événements.
C'est d'ailleurs ce type de contrat qu'il a obtenu en premier. Le 9 juillet 1955. «C'était le mariage de mon cousin et il n'avait pas de photographe. J'ai accepté de le faire», raconte celui qui pratiquait alors la photo par plaisir.
D'abord intéressé par le violon, un instrument dont jouait également son père, Jean-Marie Gagnon a longuement hésité entre la pratique de ses deux passions.
«Dans les années 50, Wroan Krieber est venu s'installer à Alma. Il a organisé un concours de photo que j'ai remporté. L'année d'après, il me donnait des cours. C'est comme ça que ç'a commencé, au début de la vingtaine. Il m'a tout appris», raconte le photographe.
Celui qui a travaillé chez Price pendant 10 ans a finalement choisi de se consacrer à la photographie.
«Je n'ai jamais regretté mon choix.»
Jean Le Photographe aimait tout de son métier, ou presque. «J'aimais moins les accidents, les drames et les catastrophes, témoigne-t-il. Je n'aimais pas photographier les événements où il y avait des morts. Quand on me demandait de le faire, j'y allais de reculons.»
Il a notamment dû immortaliser un accident de voiture impliquant quelqu'un qu'il connaissait bien. «Je suis arrivé sur les lieux et la voiture me disait quelque chose. C'était mon beau-frère qui était mort dans l'accident. J'ai fait tout un saut!»
Il se souvient aussi encore du feu qui a ravagé la maison du fondateur d'Alma, Damase Boulanger, en 1961, et du glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney, en 1971.
«À Saint-Jean-Vianney, je me rappelle que mon appareil a fait un drôle de bruit dès que j'ai pris la première photo. Puis, il ne se passait plus rien. Heureusement, j'avais un deuxième appareil.»
Son métier lui procurait aussi beaucoup de plaisir.
«J'aimais faire des photos de voyage, prises sur le vif, quand on ne sait pas ce qui va arriver. Photographe, c'est un métier où tout est toujours nouveau. Tu n'as pas le temps de t'ennuyer.»
Aujourd'hui retraité, Jean-Marie Gagnon pratique toujours la photographie par plaisir. Mais rien de comparable à l'époque où il travaillait pour cinq journaux à la fois.
«À un certain moment, je faisais des photos pour Le Lac-Saint-Jean, La voie du Lac, Le lingot, Le Progrès-Dimanche et Le Soleil. Travailler pour des compétiteurs, je ne souhaite pas ça à personne», affirme-t-il.