La direction du CNE s'est offerte un véritable cadeau en présentant Saisir l'instant, s'inscrire dans le temps, une exposition signée Jérémie Giles. L'artiste de 85 ans n'a pas vraiment besoin de présentation. Bien connu sur la scène régionale, Jérémie Giles est un peintre et un sculpteur de renom.
Depuis 1950, l'artiste a présenté plus de 50 expositions solos et plusieurs expositions collectives aux quatre coins du Québec. Le commissaire à l'exposition Saisir l'instant, s'inscrire dans le temps, Roger Sarasin, a donc eu une tâche ardue. Une trentaine d'oeuvres de Jérémie Giles ornent les murs de la salle d'exposition. Et elles ont été choisies minutieusement. Un travail colossal, car l'oeuvre de Giles compte environ 5000 tableaux.
Le visiteur est accueilli dans la salle par deux dessins qu'a réalisés Jérémie Giles à l'âge de 13 ans. Sans aucun doute, l'artiste avait déjà un grand talent et un intérêt pour la peinture, la sculpture et le dessin.
La nature sauvage
Tantôt colorées, tantôt plus sombres, les toiles de Jérémie Giles sont un hymne à la nature. Elles peuvent autant raconter l'évolution de la Terre que rendre hommage aux peuples autochtones ou aux grands disparus.
Jérémie Giles n'a pas de complexe. Il fait ce qu'il veut, comme il veut et quand il veut. « Je n'ai pas de style, ni d'école de peinture. Je fais ce que je veux et je m'inspire d'un peu n'importe quoi! », raconte le sympathique artiste.
« Les gens me disent souvent que je n'ai pas de style et qu'il est difficile de reconnaître mes oeuvres parmi d'autres. Je leur réponds que ce n'est pas important qu'ils me reconnaissent ou non. Ce qui est primordial, c'est que moi, je puisse me reconnaître encore à travers mes tableaux », note Jérémie Giles.
Au cours de l'entrevue, l'artiste explique chacune de ses toiles, se raconte.
Il explique, notamment, comment il a peint l'éruption solaire survenue en mars dernier. Ce tableau, réalisé le 5 mars, est le plus récent de l'exposition. Presque phosphorescente, la toile est impressionnante, tant par les couleurs que par ce qu'elle représente.
« J'aime peindre la nature, mais je ne veux pas voir les traces de l'homme. S'il y a un pêcheur devant un lac qui m'intéresse, je ne voudrai pas le voir sur ma toile! », explique Jérémie Giles.
Quand l'art rencontre la science
La biologie et la géologie inspirent visiblement l'artiste. Une petite mosaïque, réalisée à partir de douze grandes toiles peintes il y a plusieurs années, raconte la création de l'univers. « J'ai voulu représenter la naissance de la Terre à partir du Big Bang. J'ai toujours été très intéressé par la géologie », raconte Jérémie Giles, passionné.
Un peu plus loin dans la salle, des tableaux abstraits, éclatés et colorés représentent ce qu'un biologiste voit dans son microscope. Avec ces cellules revisitées, Jérémie Giles propose sa vision de la science. Une vision surprenante, onirique et de toute beauté.
Alfred Pellan
Un clin d'oeil à l'artiste Alfred Pellan, dont les toiles ont été retirées des murs du ministère des Affaires étrangères du Canada pour faire place à des portraits de la reine Élizabeth II, est également offert aux visiteurs. « Je trouve ça complètement scandaleux d'avoir enlevé les toiles d'Alfred pour les remplacer par des portraits de la reine. J'ai voulu exprimer mon mécontentement », souligne Jérémie Giles. Le tableau fera certainement sourire le visiteur. « Je crois que Pellan aurait trouvé ça drôle! », ajoute M. Giles.
Lors du passage de la journaliste dans la salle d'exposition, Jérémie Giles s'est fait un plaisir d'expliquer son oeuvre et chacun de ses tableaux.
Une visite guidée fort intéressante. Malheureusement, les visiteurs n'auront pas cette chance.
Pour les admirateurs de Giles, l'exposition vaut évidemment le coup d'oeil. Et pour ceux qui le connaissent peut-être un peu moins, Saisir l'instant, s'inscrire dans le temps leur fera découvrir l'un des artistes les plus prolifiques de la région.
L'exposition se tient jusqu'au 10 juin prochain.