Lui qu'on a vu davantage au palais de justice que dans les salles de spectacles, en ce printemps hâtif, tient à souligner qu'il demeure actif dans le créneau qui est le sien depuis une trentaine d'années. Signer des artistes, vendre des billets, vivre le stress et l'excitation que génèrent les grandes soirées procure un plaisir auquel l'ancien patron du Théâtre du Saguenay n'entend pas renoncer.
Il a pu mesurer son degré d'attachement le 14 avril, à l'hôtel La Saguenéenne de Chicoutimi. Près de 1500 personnes s'y étaient rassemblées pour l'amour d'Éric Lapointe, le chanteur fétiche de Robert Hakim. Celui-ci a retrouvé un sentiment qui se fait trop rare ces temps-ci. «Ça m'a fait du bien de me remettre dans la production d'un gros spectacle, de retrouver cette ambiance», confie-t-il.
Son prochain rendez-vous aura lieu le 4 mai, alors que Mohombi fera escale à La Saguenéenne. Cet artiste au profil international a déjà comblé le promoteur en suscitant la vente de 700 billets, ce qui constituait l'objectif initial. «Maintenant, je pense qu'on va se rendre à 1000», estime Robert Hakim.
Un souvenir amer
Si on ajoute celui que Charlie Winston a donné en février, toujours à La Saguenéenne, Robert Hakim a proposé trois spectacles cette année. Il y en aurait eu un quatrième si Diffusion Saguenay n'avait pas exercé son droit de veto aux dépens de l'Africain Tiken Jah Fakoly, qui serait venu pour la première fois à Chicoutimi. On se souvient que l'organisme paramunicipal avait empêché Réservatech de procéder à la vente des billets.
De cette affaire survenue au début de l'année, Robert Hakim garde un souvenir amer. «C'est une forme d'intimidation de la part d'un monopole dangereux, tranche-t-il. Je sais que les gens de Réservatech font leur possible pour me servir, en dépit du contrat qui les lie à Diffusion Saguenay. Si ça devient trop problématique, cependant, je n'exclus pas d'utiliser le système BOXO, celui du Côté-Cour de Jonquière.»
Un autre problème tient à l'accès aux lieux appartenant à la ville de Saguenay. Le promoteur voit venir le moment où ses projets seront trop ambitieux pour trouver refuge à La Saguenéenne. «Un jour, je devrai réserver le Centre Georges-Vézina, le Vieux-Port ou le Palais municipal de La Baie. Ça va arriver plus vite qu'on pense», laisse-t-il entendre.
Dès février, le promoteur a écrit à Diffusion Saguenay pour connaître ses conditions de location. Il se plaint du fait que la corporation demande le nom des artistes avant de soumettre des dates. Réticent à ouvrir son jeu depuis sa mésaventure avec Tiken Jah Fakoly, Robert Hakim voit même se refermer l'option du Vieux-Port, comme le démontrent deux projets de spectacles qui pourraient se matérialiser en juin et en août.
«J'ai sollicité des dates, mais ça traîne tellement que je ne suis pas sûr que ça pourra fonctionner, révèle Robert Hakim. C'est plate parce qu'il n'y a guère d'alternative au Vieux-Port, du moins au Saguenay. J'espère encore qu'on pourra se parler parce que les gens, eux, ils n'en ont rien à foutre des chicanes.»
Des relations durables
Ce qui permet à Robert Hakim d'attirer des artistes au Saguenay, en dépit du nuage qui plane sur sa tête, ce sont ses contacts avec ceux qui défendent leurs intérêts. Il s'agit parfois d'individus, parfois d'agences comme evenko, un géant à l'échelle nationale. Ces relations ont été tissées de longue date, le plus souvent, et ne sont pas aussi impersonnelles qu'on l'imagine.
«J'ai fait des spectacles avec des gens comme Dennis DeYoung, Roger Hodgson, Engelbert Humperdinck, Leonard Cohen et les Gipsy Kings. Je connais leurs représentants depuis longtemps et ces personnes sont fidèles, explique le promoteur. C'est pour ça que les procédures judiciaires n'ont eu aucune incidence sur mes liens avec elles. À leurs yeux, l'important est le fait qu'en 30 ans, je n'ai jamais failli à mes obligations.»
L'autre facteur qui le rend confiant pour l'avenir, c'est l'habitude qu'ont pris les artistes internationaux de faire un détour au Saguenay. Ce créneau était peu exploité avant le retour de Robert Hakim dans la région, en 2002. L'expérience acquise à Montréal, où il a travaillé pendant 15 ans dans le monde du spectacle, lui a permis d'en faire une spécialité.
«Il y a un très bon public pour ça, chez nous. La plupart de ces spectacles ont affiché complet et je veux continuer à en présenter», assure le promoteur.