Balafre à un paysage bucolique

Gaston Simard, Normand Girard, Hélène Gilbert, Murielle Lapointe,... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie.)

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Gaston Simard, Normand Girard, Hélène Gilbert, Murielle Lapointe, Pierre-Luc Simard et Andrée Barbeau, tous résidants du chemin des Chutes à La Baie, en ont contre l'implantation d'une carrière de concassage dans leur voisinage.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Une balafre à l'un des plus beaux paysages de la campagne baieriveraine.

Voilà comment des citoyens du chemin des Chutes, près du Centre plein air Bec-Scie, perçoivent l'implantation récente d'une carrière de concassage à un jet de pierre de leurs résidences.

Le projet, mis en branle par l'entrepreneur David Potvin il y a quelques semaines, suscite tout un émoi dans le voisinage et provoque l'ire d'un groupe de citoyens, qui ne veut tout simplement pas de ce type d'entreprise dans son secteur. Reconnu comme un endroit paisible et sécuritaire, le chemin des Chutes est prisé des touristes et des amateurs de vélo. Saguenay y investit actuellement des sommes importantes pour la rénovation du chalet du Bec-Scie, où se trouvent des sentiers visités par des amateurs de randonnée et de ski de fond provenant de partout en région.

Dès le 15 octobre

Le groupe, avec le retraité Gaston Simard en tête, se dit prêt à monter aux barricades pour empêcher l'entrepreneur d'exploiter ce pic de sable où il ne se passait pas grand-chose avant que les actifs ne soient cédés, tout récemment. La compagnie souhaite procéder à des activités de concassage dès le 15 octobre. La carrière est située directement derrière la résidence de Gaston Simard. Au cours des derniers jours, il a été abasourdi de constater que le nouveau propriétaire a procédé à un important exercice d'élagage dans la forêt qui rendait autrefois cette montagne de sédiments totalement invisible depuis la route plus bas. Seulement 200 mètres séparent maintenant la carrière de la propriété de Gaston Simard.

Au conseil

La semaine dernière, le citoyen et un de ses voisins se sont rendus au Conseil d'arrondissement de La Baie pour mettre les élus de l'arrondissement au parfum du dessein caressé par le promoteur. M. Simard estime que l'entreprise a agi en catimini, sans consultation préalable avec le voisinage, et déplore cette façon de faire, jugée cavalière.

«Ça n'a pas de bon sens. Depuis trois semaines, il y a du bruit à longueur de journée. On entend des camions circuler et reculer et le bruit de la machinerie est assourdissant. Il y a de la poussière de sable partout. Regardez la largeur du chemin. Même le directeur de l'urbanisme nous a dit que la route n'était pas faite pour recevoir des camions lourds», martèle Gaston Simard, qui est appuyé dans sa démarche par de nombreux ménages. Plusieurs jeunes familles ont choisi d'élire domicile sur le chemin des Chutes pour son panorama bucolique et pour le sentiment de quiétude que le secteur procure. En plus de craindre la baisse de la valeur de leurs maisons, ces citoyens ont peur d'être confrontés à de la pollution visuelle et sonore. De surcroît, Gaston Simard pointe que la sablière se trouve tout près de prises d'eau de la ville et est située au centre de deux importantes zones de glissement, lesquelles sont bien visibles sur des cartes du service d'urbanisme de Saguenay.

Un droit acquis empêche la Ville d'agir

La conseillère Martine Gauthier a été mise au parfum du dossier au début de l'été. Le hic est que le propriétaire de la sablière bénéficie d'un droit acquis datant de 1988, lequel lui permet de procéder à des activités de concassage en toute légalité. Martine Gauthier signale que la Ville n'a aucun pouvoir.

«Je suis pour l'entrepreneuriat et le développement, mais pas n'importe où. Mon rêve aurait été que cette carrière n'ouvre jamais. Ce n'est pas le genre de projet qu'on veut. Le problème est qu'il (le promoteur) a des droits et qu'il veut opérer. En juin, j'ai rencontré l'entrepreneur et je lui ai demandé de rencontrer les citoyens et il ne l'a pas fait. Il a décidé de commencer les travaux sans avoir obtenu l'acceptabilité sociale. J'ai communiqué avec lui en lui disant: ''tu dois rencontrer les gens, sinon, tu vas te retrouver avec une chaîne humaine en avant de chez vous''», met en contexte la conseillère.

Une rencontre a été organisée à la onzième heure afin de réunir l'entrepreneur et les citoyens autour d'une même table. La réunion a eu lieu jeudi soir, sur fond de houle et de mécontentement. Martine Gauthier était alors accompagnée du directeur du service d'urbanisme de Saguenay, Denis Coulombe. Lui-même a convenu que la Ville a les mains liées dans ce dossier.

«Si on avait à autoriser ce type d'activité, c'est clair qu'on ne donnerait pas de permis. Le monsieur a fait ses devoirs et est arrivé avec tous ses papiers jeudi soir. Il est en règle avec le ministère de l'Environnement. On se trouve devant un fait accompli», souligne Martine Gauthier, qui a discuté du dossier avec le maire Jean Tremblay.

Une étude d'impact sonore sera réalisée

La seule lueur d'espoir pour les citoyens du chemin des Chutes réside dans les résultats d'une étude d'impact sonore que l'entrepreneur a l'obligation de réaliser dans un délai d'une semaine.

Il devra soumettre les résultats à la Ville, laquelle procédera ensuite à une contre-expertise. S'il est prouvé que le bruit pourrait nuire au bien-être des résidants qui habitent à proximité, le projet pourrait être bloqué.

«C'est notre seule ''poigne''», note Martine Gauthier.

Le citoyen Gaston Simard est à bout de nerfs. Lui et ses voisins lanceront une pétition lundi pour tenter de faire avorter le projet. Vendredi, ce sujet provoquait déjà de vives réactions sur les réseaux sociaux, notamment sur la page Spotted La Baie.

«Quand je me suis construit dans le rang, je savais que j'allais entendre des VTT, des motocross et même des F-18. Mais un casse-pierre, je n'ai pas signé pour ça», a écrit un internaute.

La controversée carrière est limitrophe aux terrains de la 3e Escadre de Bagotville.

Sans commentaire

Le propriétaire, David Potvin, a refusé de commenter le dossier, lorsque joint par Le Progrès-Dimanche.

«J'ai dit ce que j'avais à dire à la rencontre d'hier (jeudi). Les gens ont été informés et je vais laisser les choses suivre leur cours», a-t-il répondu.

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