Programmes de stabilisation des berges: les plages de Pointe-Taillon exclues

Alors qu'il était député à l'Assemblée nationale, Denis... (Archives Le Progrès-Dimanche, Louis Tremblay)

Agrandir

Alors qu'il était député à l'Assemblée nationale, Denis Trottier avait attiré l'attention de la région sur les dommages causés par l'érosion à l'île Boulianne. Le député alléguait à l'époque que le fait de ne pas avoir de responsabilité en matière de dommages ne donnait pas le droit à Rio Tinto de causer des dommages aussi importants au bien public.

Archives Le Progrès-Dimanche, Louis Tremblay

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'exclusion des problèmes d'érosion des plages et milieux sensibles du Parc provincial de Pointe-Taillon ainsi que ceux de l'embouchure de la rivière Mistassini et des berges de la grande zone des îles flottantes dans le nord du lac Saint-Jean soulève de sévères critiques puisque ces zones sont officiellement exclues du programme de stabilisation des berges 2017-2026 déposé par Rio Tinto auprès du ministère du Développement durable et de l'Environnement.

Dans le cadre de la deuxième séance d'information tenue par le Bureau des audiences publiques sur l'environnement sur le projet de la multinationale, le directeur du programme de stabilisation, Jean Pedneault, a été catégorique sur cette question. La société réitère qu'en vertu des ententes de 1922 intervenues avec le gouvernement du Québec, elle ne peut faire l'objet de réclamations pour des dommages causés aux terres publiques.

Rétrocédé en 1976

Tout le secteur de Pointe-Taillon a été rétrocédé au gouvernement du Québec en 1976 par contrat. À la même époque, et il s'agit d'un fait peu connu, Alcan a également rétrocédé tout le secteur des îles flottantes. Ces rétrocessions ont dans les faits créé une situation juridique particulière où il y a un lac Saint-Jean privé avec obligation de réparer les berges, et un lac Saint-Jean public dont les berges peuvent subir des dommages sans obligation pour Rio Tinto de corriger ces dommages ou de les empêcher par des ouvrages comme des épis ou perrés.

Au cours des 30 dernières années, et malgré le cadre légal, Rio Tinto (Alcan à l'époque) a réalisé des interventions pour protéger certains milieux sensibles du parc. Selon le directeur du parc, François Guillot, l'entreprise a respecté ses engagements. Il n'y a toutefois aucune indication pour le moment que des interventions additionnelles seront réalisées dans les 10 prochaines années alors que l'érosion a causé des dommages importants sur certaines plages.

«De ce que l'on peut comprendre jusqu'à maintenant, c'est que les interventions qu'il y avait à faire dans le parc ont été faites», avance le directeur. En plus de l'île Boulianne dont la face sud recule de 60 centimètres par année sous l'effet des vagues, les plages de Pointe-Taillon, qui s'étendent sur une longueur de 15 kilomètres, ont été endommagées à certains endroits par les deux épisodes importants d'érosion survenus en automne depuis 2013. Des travaux d'urgence ont même été réalisés pour sauver la piste cyclable au kilomètre un à partir du pavillon principal.

Les dommages causés au camping du Prospecteur lors de l'épisode de 1993 ont été considérables. Des sites de camping ont été littéralement emportés dans le lac. La plage a également subi un recul majeur dans la zone du kilomètre 2. Dans ce cas, le sable est transporté vers la plage située devant le pavillon principal.

La problématique de l'île Boulianne reste entière dans ce contexte. Cette partie du parc ne comprend aucun milieu sensible. Elle est toutefois soumise à de l'érosion permanente sur sa face sud. La direction du parc est toujours en attente quant à des travaux de stabilisation afin d'identifier les développements possibles à réaliser sur cette section du parc. Mercredi soir, un citoyen a interrogé longuement Rio Tinto sur les problèmes d'érosion dans la zone des îles flottantes. Ce secteur, qui est possiblement l'un des milieux sensibles les plus importants du lac Saint-Jean, principalement pour différentes espèces de poissons fourragers, est très fortement exposé à l'érosion. Le site entier a diminué de superficie depuis la transformation du lac naturel en réservoir. Le promoteur a indiqué qu'il effectuait un suivi de la zone sans préciser ses intentions pour les 10 prochaines années.

Peu de questions

Il est important de mentionner qu'au cours des deux premières séances d'information publique, peu de questions ont porté sur les impacts des travaux réalisés au cours des 30 dernières années sur la production biologique du lac Saint-Jean. Le sujet a fait l'objet d'échanges particulièrement corsés entre les spécialistes de Rio Tinto et les fonctionnaires de la division Faune et Parcs du ministère de la Forêt dans le cadre de la réalisation des études d'impact pour le renouvellement du décret.

Rio Tinto se limite aux milieux humides

Rio Tinto maintiendra pendant la durée du décret sur la gestion du lac Saint-Jean 2017-2026 son engagement d'intervenir pour la protection des milieux humides du territoire du parc provincial de la Pointe-Taillon comme ce fut le cas pour les trois derniers décrets sans autre forme d'intervention sur du rechargement de plage ou la construction d'épis.

Il s'agit de la réponse transmise au Progrès-Dimanche par la porte-parole régionale de la multinationale Xuân-Lan Vu au lendemain des deux séances d'information publique tenue par le Bureau des audiences publiques sur l'environnement. Il n'y a donc pour le moment aucune programmation spécifique pour des interventions sur le pourtour de la pointe puisque le territoire appartient au gouvernement du Québec.

«Nous maintenons les mêmes engagements pour ce qui concerne la protection des milieux humides. Nous allons aussi maintenir notre collaboration pour le partage d'expertise avec la direction du parc», a indiqué la porte-parole. Lors de la séance d'information, le directeur du programme de stabilisation Jean Pedneault a été formel à l'effet que la zone du parc ainsi que celle des îles flottantes ne sont pas incluses dans la panification des ouvrages.

Une étude du ministère

Dans le cadre de la préparation des études d'impact, les fonctionnaires du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) ont interrogé Rio Tinto quant aux visions de l'entreprise sur les travaux à réaliser pour protéger les plages et améliorer les systèmes de génie civil pour contrer l'érosion. Malgré ces questions la multinationale est demeurée ferme sur ses positions et rien ne permet de croire à la lecture de cette correspondance que Rio Tinto ouvrira la porte à des travaux autres que ceux dans les milieux humides lorsque la situation l'exigera.

Rio Tinto conteste les conclusions des fonctionnaires du ministère qui concluent au recul des berges. Se basant sur un rapport réalisé avant les épisodes intenses d'érosion survenus à partir de l'automne 2013, l'entreprise soutient que le recul n'est pas plus important après son programme de stabilisation. RT se base sur un recul moyen alors que la situation sur les berges dans le parc se concentre dans des secteurs limités.

Le gouvernement du Québec possède son propre système d'évaluation du recul des berges dans le territoire du parc avec l'implantation en 2002 d'un réseau de bornes positionnées à l'aide d'un GPS et qui permettent de déterminer chaque année le recul de la berge à partir du bas du talus.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer