Des retrouvailles chaleureuses

Pascal Coudé, Audré Lajoie, Claude Harvey, Jacques Germain... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay)

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Pascal Coudé, Audré Lajoie, Claude Harvey, Jacques Germain et Régis Girard se sont réunis, vendredi, soit quelques jours après l'accident.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

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Patricia Rainville
Le Quotidien

«C'est le bon Dieu avec nos anges gardiens!»

Claude Harvey et Jacques Germain tenaient à revoir ceux qui les ont sortis des eaux froides du Saguenay, Audré Lajoie et Régis Girard. Ils s'étaient donné rendez-vous, vendredi matin, au quai de croisières de La Baie. Les retrouvailles étaient joyeuses et les accolades chaleureuses lorsque les victimes de l'écrasement d'un hydravion survenu dimanche dernier ont rejoint leurs sauveurs. «Nous voulions vraiment les remercier en personne, car ils ont eu la présence d'esprit de réagir très vite. Sans eux, nous ne serions peut-être plus là», raconte Jacques Germain. Ce dernier et Claude Harvey ont d'ailleurs invité le capitaine de La Marjolaine, Audré Lajoie, et celui du Zodiac, Régis Girard, à faire un petit tour d'avion. Une invitation qui a été acceptée avec plaisir.

«J'étais vraiment très faible. Un dix minutes de plus et j'y restais.»

«J'étais vraiment très faible. Un dix minutes de plus et j'y restais.» Le pilote de l'hydravion qui s'est écrasé dans le Saguenay, Jacques Germain, et son ami, Claude Harvey, ont bien cru que leur dernière heure avait sonné, dimanche dernier. Et ils tiennent maintenant à remercier leurs sauveurs.

Il était 10h20, dimanche, lorsque Jacques Germain a pris les commandes du Aeronca Sedan 1948, avec à ses côtés son bon ami Claude Harvey. Ils s'apprêtaient à voler au-dessus du lac Otis et de la rivière Saguenay. Mais, aux alentours de 11h35, une panne de moteur est survenue à proximité de Saint-Félix-d'Otis.

«J'ai regardé où je pouvais me poser, mais les lacs étaient trop petits et le lac Otis était trop loin. Je n'ai pas eu le choix d'essayer d'amerrir sur le Saguenay. Tout se serait bien passé s'il n'y avait pas eu autant de vagues», raconte Jacques Germain, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche, quelques jours après l'accident. «Quand on se pose d'urgence dans des vagues de quatre pieds, c'est comme si on frappait un mur de béton», ajoute Claude Harvey. Sous la force de l'impact, les attaches des flotteurs se sont brisées et l'avion a commencé à sombrer. Les deux hommes n'ont pas été blessés et ils ont pu s'extirper de l'appareil. Mais le pire restait à venir.

«Nos vestes de flottaison n'étaient pas très adaptées à nos corps et elles nous montaient dans le cou. Avec les vagues, c'était l'enfer, on se fatiguait rapidement», explique M. Harvey. «À un moment donné, j'ai commencé à nager, car je me suis dit que c'était mieux que de crever là. Mais je n'étais pas capable de regagner la rive, qui était trop loin», ajoute l'homme.

Pendant ce temps, Jacques Germain tentait de garder la tête hors de l'eau. «J'essayais les positions pour ne pas me fatiguer, comme être sur le dos, mais à cause des vagues, je prenais tout le temps des ''bouillons''. Je me suis demandé combien de ''bouillons'' je pouvais prendre avant de n'être plus capable», note le pilote.

Grâce à une balise

Lorsque l'avion s'est écrasé, une balise de détresse a été déclenchée. C'est le Centre de recherche et sauvetage de la Défense nationale à Trenton, en Ontario, qui a capté la balise et un message Mayday relay a été envoyé à tous les navires situés dans les environs.

Le capitaine de La Marjolaine, qui était accostée à Sainte-Rose-du-Nord, a immédiatement su qu'il fallait réagir. Mais le capitaine Audré Lajoie se doutait qu'il arriverait trop tard, puisque le bateau de croisière ne se déplace pas très rapidement. Il a donc interpellé Régis Girard, qui était également accosté à Sainte-Rose-du-Nord, à bord de son bateau pneumatique. Ce dernier s'est rapidement dirigé vers le lieu de l'écrasement, situé à environ six kilomètres d'où il se trouvait.

«Lorsque j'ai vu le Zodiac arriver, je me suis dit qu'on était sauvés. Mais il passait devant sans nous voir. C'était comme dans un film; je criais et je faisais des signes, mais il ne me voyait pas!», se souvient Jacques Germain.

«Je regardais et j'ai finalement entendu un ''au secours''. J'ai vu qu'il y avait deux hommes et nous (lui et Pascal Coudé, qui était également à bord du Zodiac) les avons sortis de là. Pascal a même sauté à l'eau parce qu'il croyait que les hommes étaient blessés», raconte Régis Girard. La Marjolaine est également arrivée quelques instants plus tard.

Les deux rescapés ont pu regagner la terre ferme après une quarantaine de minutes passées dans l'eau froide. «En arrivant à l'hôpital, nous étions en début d'hypothermie, mais nous n'étions pas blessés. Nous avons été chanceux», ajoute Claude Harvey.

Une 3e panne à vie

L'écrasement de l'hydravion n'était pas la première mésaventure du pilote Jacques Germain. Il s'agissait de sa troisième panne de moteur.

Il y a quelques années, Jacques Germain avait dû réagir rapidement lorsque son Cessna a subi une panne de moteur, au-dessus de Jonquière. Il avait atterri d'urgence sur l'autoroute 70. Heureusement, personne n'avait été blessé, mais l'incident avait mobilisé les services d'urgence et la circulation avait évidemment été perturbée.

Quelques années plus tard, Jacques Germain avait été contraint de se poser dans des arbres, dans le secteur de Saint-Félix-d'Otis, lorsque son avion avait une nouvelle fois subi une panne de moteur. L'atterrissage d'urgence s'était bien passé et personne n'avait été blessé.

Son pire

Mais dimanche dernier, l'écrasement de l'hydravion aurait pu mal se terminer.

«Disons que c'est le pire accident qui m'est arrivé. Les fois précédentes, j'avais pu me poser, mais pas cette fois-ci. Disons que c'était plus stressant», raconte Jacques Germain, qui n'hésitera tout de même pas à reprendre les commandes d'un avion. Lorsque rencontré vendredi, il se préparait d'ailleurs à effectuer un petit vol, en compagnie de son ami Claude Harvey.

«Il s'agit du moyen de transport le plus sécuritaire, mais il peut arriver des incidents. Et je suis tellement souvent dans les airs que j'augmente mon facteur de risque!», lance le pilote, qui avoue que sa conjointe est légèrement nerveuse lorsqu'il prend les commandes.

«Par chance, lorsqu'il m'arrive quelque chose, je l'avertis seulement lorsque c'est terminé et que je suis sain et sauf!», lance-t-il en riant.

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