Enfants nés hors mariage dans la région: de 6,8% à 81,2% en 40 ans.

C'est au Saguenay-Lac-Saint-Jean que la proportion des naissances hors mariage... (Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens)

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C'est au Saguenay-Lac-Saint-Jean que la proportion des naissances hors mariage a le plus augmenté ces dernières années, passant de 64,4% en 1999 à 81,2% en 2015. La région présente des taux considérablement supérieurs à la moyenne québécoise, qui se chiffrait à 63,1% en 2015.

Ainsi, l'an dernier, seulement un enfant naissant sur cinq avait des parents mariés dans la région.

Pendant plusieurs décennies, les régionaux avaient tendance à se marier davantage que la moyenne des Québécois avant de procréer. Il y a quarante ans, il n'y avait que 6,8% d'enfants nés hors mariage. La tendance a été inversée à partir du milieu des années 90.

Les trois démographes interviewés sont d'accord sur un point: c'est l'apport de l'immigration à Montréal et à Laval qui contribue à faire diminuer la moyenne québécoise.

«Avant les années 80, nous avions l'un des taux les plus faibles, explique le professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi qui se spécialise dans l'étude démographique des populations du Québec, Marc Tremblay. C'est carrément un facteur religieux qui peut expliquer ce changement. L'emprise de la religion s'est estompée au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Avant les années 80, c'est à Montréal que le nombre de naissances hors mariage était le plus élevé et c'était plus faible en région. Toutefois, les immigrants vont majoritairement à Montréal et ils proviennent des pays du Maghreb et de l'Amérique du Sud, où le mariage est encore très présent.»

À Montréal, seulement 36,6% des enfants sont nés en 2015 alors que leurs parents n'étaient pas mariés. Ce taux est stable depuis 20 ans dans la métropole. À Laval, où bon nombre d'immigrants s'installent également, le taux a même diminué de 10% depuis 1999, s'arrêtant à 38,1% en 2015.

«Dans le bilan démographique international, on remarque que dans un pays comme la Grèce, seulement 7% des naissances sont le fait d'un couple qui n'est pas marié. On peut penser que les immigrants grecs ont tendance à reproduire ce comportement ici et à se marier avant d'avoir des enfants, souligne la démographe de l'Institut de la statistique du Québec, Anne Binette-Charbonneau. Ils ont des comportements similaires à ce qui se fait dans leur pays d'origine.»

«Dans le cas du Saguenay-Lac-Saint-Jean, on remarque que le nombre semble s'être stabilisé autour de 80%, poursuit Mme Binette-Charbonneau. Maintenant, on se marie à tout moment de la vie. Il est possible que plusieurs personnes se soient mariées après avoir fait leur famille.»

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'est pas la seule région où les parents ne se marient pas en général. Les régions dites éloignées suivent toutes des modèles similaires. En 2015, 86,3% des nouveaux parents aux Bas-Saint-Laurent n'étaient pas mariés, tout comme 81,8% en Abitibi-Témiscamingue et un mirobolant 89% sur la Côte-Nord. Ils étaient 84,6% en Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine.

«Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, nous avons fait un rattrapage un peu tardif, c'est pour cela que c'est dans notre région que la proportion a le plus augmenté. Par contre, au-dessus de 80%, il n'y a plus beaucoup d'espace pour augmenter. Plus de 80%, c'est la grosse majorité», explique Marc Tremblay.

Des enfants considérés illégitimes jusqu'en 1981

Il y a quelques années à peine, tous ces enfants nés hors mariage auraient été qualifiés d'illégitimes.

En avril 1981, la section du «nouveau» Code civil du Québec traitant du droit de la famille entrait en vigueur avec la Loi instituant un nouveau Code civil et portant réforme du droit de la famille. Il consacrait l'indépendance du lien de filiation et du lien matrimonial. Auparavant, les enfants nés hors mariage, qualifiés d'illégitimes, vivaient sans statut. Dans les années 1970, certaines réformes législatives, notamment sur la reconnaissance de l'autorité parentale et l'obligation d'entretien, avaient toutefois amélioré leur sort, peut-on lire dans un document de l'ISQ.

«Avec la Révolution tranquille, il y a eu de nombreux changements rapides. Tout était en place pour des changements en ce qui a trait à la natalité. Le nombre d'unions de fait a explosé. Cette tendance se manifeste dans les données sur le nombre de naissances», souligne la professeure à l'UQAC et spécialiste en démographie historique, Hélène Vézina.

Dans les années 1950, seulement 3% des naissances au Québec étaient classées dans la catégorie «illégitime».

Partout pareil? Pas vraiment

En 2013, la proportion de naissances hors mariage était de 67% en Islande, 57% en France, d'environ 48% au Portugal et au Royaume-Uni, de 41% en Espagne et aux États-Unis, de 21% en Suisse et de seulement 7% en Grèce. En raison de formulations différentes de cette question dans quelques provinces canadiennes, il n'est pas possible de comparer cette proportion avec celle de l'ensemble du Canada.

Source: Le bilan démographique du Québec, édition 2015

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