Des funérailles d'époque en guise d'adieu

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Brigitte Deschênes a fait venir la carriole funéraire de l'Ontario. Un employé de la Résidence portait même les vêtements du défunt alors qu'il prenait place aux côtés du cocher, en route vers l'église Saint-Dominique.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Les images sont magnifiques. L'histoire derrière l'est encore plus. La directrice générale de la Résidence funéraire du Saguenay, Brigitte Deschênes, a remué ciel et terre, cette semaine, afin d'offrir des adieux dignes d'une fresque d'époque à l'homme qui lui a enseigné la profession de thanatologue il y a plus de 40 ans.

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Un employé de la Résidence portait même les vêtements du défunt alors qu'il prenait place aux côtés du cocher, en route vers l'église Saint-Dominique.

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Grâce aux efforts déployés par la directrice, Thomas-Louis Caron, 103 ans, a été conduit vers son dernier repos à bord d'une carriole funéraire tirée par un cheval. La voiture construite en 1896 était semblable à celle dirigée par M. Caron lui-même alors qu'il oeuvrait pour le compte de l'entreprise familiale de pompes funèbres Caron et fils de Jonquière. Brigitte Deschênes vouait une affection tellement profonde au défunt, qui s'est éteint à la Villa Jonquière le 1er juin, qu'elle n'a pu s'empêcher de lui offrir ce cadeau grandiose. Elle souhaitait ainsi lui dire merci et exprimer sa profonde gratitude envers la famille Caron.

Pour bien comprendre la solidité du lien qui unit Mme Deschênes aux Caron, il faut connaître un pan de leur histoire commune. À une époque où la formation d'embaumeur n'était offerte qu'à Montréal et qu'il fallait avoir 16 ans, détenir un diplôme de cinquième secondaire et être fils d'embaumeur pour être admis, la jeune Brigitte était confrontée à tous les éléments.

«J'avais 15 ans, j'étais en secondaire quatre et j'étais une fille. Je n'avais aucune des conditions demandées», relate-t-elle, en entrevue.

La dixième d'une famille de 15 enfants n'allait toutefois pas chômer pendant une année complète et elle a convaincu le collège de la prendre, après avoir frappé à la porte de Caron et fils pour demander un stage. Avant d'obtenir leur diplôme, les thanatologues de l'époque devaient avoir réussi la portion théorique de la formation et pratiqué 50 embaumements au cours d'une même année. C'est grâce à l'ouverture de Thomas-Louis Caron et de son frère Charles que Brigitte Deschênes a pu faire ses premières armes dans le domaine funéraire.

«Ils m'attendaient pour me former le soir. Quand j'ai obtenu mon premier emploi à la coopérative funéraire d'Alma en 1975, Charles Caron a accepté de venir me superviser», relate Brigitte Deschênes, qui a vécu de vives émotions, hier, alors qu'elle s'est adressée à la famille avant le départ du cortège vers l'église Saint-Dominique.

Mentor aux doigts de fée

La directrice témoigne d'une incroyable ouverture d'esprit de la part de Thomas-Louis Caron, un homme brillant qui lisait trois livres par semaine jusqu'à son décès. Elle relève également la finesse et l'agilité de son mentor, selon elle doté de véritables «doigts de fée».

«Les Caron m'ont prise sous leur aile. Ils n'étaient pas obligés de faire ça. Monsieur Thomas-Louis n'était pas un homme de grands discours, mais il avait une qualité de présence extraordinaire et était d'une loyauté et d'une fidélité incroyables», poursuit celle qui est devenue la première femme du Québec à diriger des funérailles.

Si Brigitte Deschênes pratique aujourd'hui une profession qu'elle aime profondément, c'est grâce aux Caron. En lui confiant Thomas-Louis, la famille lui témoigne de sa confiance et de son attachement pour une quatrième fois. Brigitte Deschênes et son équipe de la Résidence funéraire du Saguenay s'étaient chargées des arrangements de Charles, de son épouse et de l'épouse de Thomas-Louis. Ces gestes sont d'autant plus significatifs que le nom de la famille Caron figure toujours sur l'enseigne d'une autre entreprise funéraire ayant pignon sur rue à Jonquière. Caron et fils, plus tard devenue Nault et Caron, a été vendue à des intérêts américains il y a quelques années.

«Ça en dit long sur l'ouverture dont cette famille a toujours fait preuve. Ils m'ont confié Thomas-Louis et c'est venu asseoir le lien de confiance et d'histoire qui nous unit», a indiqué Brigitte Deschênes au terme d'une entrevue émouvante possédant tous les attributs d'un testament d'amitié.

La directrice de la Résidence funéraire du Saguenay,... (Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

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La directrice de la Résidence funéraire du Saguenay, Brigitte Deschênes, a offert des adieux digne d'une fresque d'époque à son mentor Thomas-Louis Caron, décédé le 1er juin à l'âge de 103 ans.

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«Je lui ai offert quelque chose à mon tour» - Brigitte Deschêne

«Je lui en devais une!», lance Brigitte Deschênes, la voie fragilisée par l'émotion.

Portée par la tendresse ressentie pour Thomas-Louis Caron, elle a saisi le téléphone pour joindre Yves Berthiaume. Brigitte Deschênes savait que son ami était l'une des rares personnes à posséder une carriole funéraire antique. Elle savait aussi qu'il lui dirait oui. Sauf que la voiture, rutilante dans son état d'origine, se trouvait à Hawkesbury, en Ontario. La ruse de la directrice de la Résidence funéraire du Saguenay ne ferait mouche que si un moyen de transport adéquat pouvait être déniché pour déplacer la carriole. Ce fut chose faite relativement rapidement et Brigitte Deschênes a ensuite fait des pieds et des mains pour trouver un cheval ici dans la région. La voiture, identifiée aux couleurs de la Résidence funéraire grâce à l'entrée en scène d'une graphiste à la onzième heure, a finalement été attelée à une belle bête noire de Saint-Nazaire.

Et comme la protégée de Thomas-Louis Caron n'allait pas faire les choses à moitié, le conseiller funéraire Kevin Horth a pris place aux côtés du cocher vêtu de l'habit et du chapeau haut de forme appartenant au disparu. Il s'agissait de la même tenue portée par Thomas-Louis Caron alors qu'il était directeur funéraire.

«On a demandé la permission pour les vêtements. Encore une fois, la famille a fait preuve d'une grande générosité. Ils étaient super contents», témoigne Brigitte Deschênes.

Un secret bien gardé

La colorée mise en scène orchestrée par la directrice s'est avérée une surprise pour la plupart des proches réunis à la résidence funéraire du centre-ville. Ce geste de coeur n'a pas manqué de toucher tous les membres de la famille présents, qui ont regardé défiler le cortège paisiblement en saluant leur grand homme.

«Dans leur peine, ils ont su partager un pan de l'histoire de leur père avec notre équipe et avec les gens de Jonquière. Et moi, j'ai le sentiment d'avoir été fidèle à M. Caron et de lui avoir offert quelque chose à mon tour», a conclu Brigitte Deschênes.

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