Les besoins sont criants

La direction du Centre jeunesse a été forcée... (Photo Le Progrès-dimanche, Michel Tremblay)

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La direction du Centre jeunesse a été forcée d'ouvrir une unité de débordement temporaire l'automne dernier parce que les ressources en hébergement pour certains enfants étaient insuffisantes. Du point de vue du syndicat, le maintien du «surnombre» pendant six mois confirme qu'il y a un véritable besoin pour les 9-13 ans depuis la fermeture du foyer de groupe de Roberval en 2014.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Deux ans après la fermeture du Foyer de groupe de Roberval par le Centre jeunesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean, les enfants de 9 à 13 ans pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) se retrouvent à nouveau victimes des coupes imposées dans le réseau de la santé et des services sociaux.

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La présidente du Syndicat des travailleurs et travailleuses du Centre jeunesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Nancy Poulin, croit que les enfants de 9 à 13 ans sont à nouveau abandonnés, deux ans après la fermeture du foyer de groupe de Roberval. La leader syndicale fait également état de l'essoufflement et de l'épuisement des travailleurs sociaux, qui doivent gérer une quantité croissante de dossiers, certains très complexes.

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Une unité de débordement aménagée au sous-sol du centre Saint-Georges à Chicoutimi, l'automne dernier, dans le but de combler les besoins provoqués par la suspension des services à Roberval, vient d'être fermée par le Centre jeunesse. Le tout s'est déroulé sans grand bruit le 13 mai. La situation est vivement dénoncée par le Syndicat des travailleurs et des travailleuses du Centre jeunesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CSN), qui estime que les besoins spécifiques des 9-13 ans ne sont pas comblés.

L'unité La Parenthèse, située sur la rue Don Bosco, est désormais l'unique ressource régionale d'hébergement consacrée aux enfants de 6 à 12 ans. Seulement huit places sont disponibles. La présidente du syndicat, Nancy Poulin, estime que des jeunes qui se trouvent dans une situation de vulnérabilité sont laissés en plan.

«On a toujours dit qu'il y avait des besoins pour ce groupe d'âge et on avait raison. Tellement que le Centre jeunesse a créé une unité de débordement qu'on a maintenue ouverte pendant six mois et qu'on vient tout juste de fermer. En fermant le ''surnombre'', on a abandonné une deuxième fois ce groupe-là», laisse tomber Nancy Poulin.

La présidente rappelle la difficulté, pour le Centre jeunesse, de recruter des familles d'accueil et des ressources intermédiaires. Elle signale que le taux d'occupation fait donc en sorte que des jeunes de 10 ans sont intégrés dans des unités régulières destinées aux 13-18 ans, non sans conséquence.

«On se retrouve avec un enfant qui côtoie un adolescent de 15 ans aux problématiques multiples. On parle d'ados qui ont parfois des problèmes de santé mentale ou qui s'automutilent. Il y a aussi tout le volet sexualisation chez les adolescentes. Ça ne répond pas du tout aux besoins de ces enfants-là», fait valoir la leader syndicale.

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La direction du Centre jeunesse a été forcée d'ouvrir une unité de débordement temporaire l'automne dernier parce que les ressources en hébergement pour certains enfants étaient insuffisantes. Du point de vue du syndicat, le maintien du «surnombre» pendant six mois confirme qu'il y a un véritable besoin pour les 9-13 ans depuis la fermeture du foyer de groupe de Roberval en 2014.

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Onde de choc chez les intervenants

Nancy Poulin confie que la fermeture du «surnombre» a provoqué l'onde de choc chez le personnel clinique. Devant le manque de ressources, les intervenants doivent faire preuve d'imagination pour dénicher une solution de rechange.

«Ces enfants sont dirigés vers d'autres ressources qui ne sont pas adéquates pour eux. Quand un médecin recommande qu'un examen soit fait, on ne prescrit pas une pilule à la place. On le fait. Quand un de nos intervenants fait une évaluation et recommande, par exemple, quatre mois de réhabilitation à La Parenthèse, si la place n'existe pas, elle n'existe pas. On passe alors au deuxième choix ou au troisième choix» enchaîne-t-elle.

Le casse-tête des intervenants est majeur et le sentiment d'impuissance est grand, pointe la présidente.

«Ça amène une grande pression parce qu'ils n'ont pas les moyens à leur disposition pour assurer le bien-être des enfants. Quand tu dois retirer un enfant de son milieu et que le taux de placement est élevé, ça peut prendre du temps avant qu'il y ait un pairage. Des enfants sont parfois déplacés à trois jours d'avis. On crée des ruptures et des souffrances à des enfants qui en ont déjà leur lot», poursuit Nancy Poulin. La travailleuse sociale de formation rappelle que ses collègues deviennent des personnes significatives dans la vie des jeunes pris en charge par le Centre jeunesse et que les intervenants tentent tant bien que mal de restaurer leur confiance en l'adulte.

«On a interpellé l'employeur et le discours qu'on reçoit est qu'il n'y a pas d'impacts sur les services. Quand on déplace un enfant et qu'on a moins de moyens pour l'aider, on ne répond pas à ses premiers besoins. Les petits visages d'enfants, nous, on les voit», conclut Nancy Poulin.

La place d'un jeune n'est pas dans un foyer

Le Centre jeunesse estime qu'il n'est pas nécessaire de créer plus de places en foyer de groupe et préconise l'hébergement en famille d'accueil ou en ressource intermédiaire (RI). Le recrutement est cependant très difficile et la direction le reconnaît.

Coordonnatrice de l'hébergement, Caroline Gagnon insiste sur le fait qu'aucun jeune pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse n'est placé en situation de danger ou maintenu à la maison s'il n'est pas en sécurité, faute de ressources. La responsable convient que des situations de cohabitation entre enfants de différents groupes d'âge sont survenues, mais qu'il s'agit de cas d'exception.

«Oui, c'est arrivé qu'une jeune soit placée avec des adolescentes plus vieilles. Elle est restée là 72 heures», a-t-elle fait valoir.

Quant à l'unité de débordement au centre Saint-Georges, Caroline Gagnon indique qu'entre la fermeture du foyer de groupe de Roberval au printemps de 2014 et l'ouverture du «surnombre» à l'automne 2015, 18 mois se sont écoulés. Au cours de cette période, tous les besoins en hébergement pour les enfants ont été comblés et aucune ressource d'urgence n'a donc été requise.

«En novembre, on pensait que la place de quatre jeunes n'était pas en milieu familial et on n'avait pas de place en RI ou à La Parenthèse. C'est pourquoi nous avons ouvert l'unité, qui est une unité temporaire», précise la coordonnatrice. Elle réitère qu'il faut éviter l'institutionnalisation des jeunes et que les efforts doivent être dirigés vers le recrutement de familles d'accueil.

Essoufflement

Quant à l'épuisement allégué des travailleurs sociaux, la direction reconnaît que la situation n'est pas rose, mais estime que des gestes sont posés pour offrir un meilleur soutien aux intervenants.

«Même si je suis convaincue que c'est la plus belle des missions, c'est extrêmement difficile d'être travailleur social auprès des jeunes en protection. Oui, la charge a augmenté et le discours qu'on entend aujourd'hui, c'est le même qu'on entendait il y a 15 ans», convient la directrice adjointe continuum jeunesse dans la communauté, Lise Gauthier. Elle ajoute que la création récente de cellules composées de divers professionnels, notamment des techniciens en travail social, fait en sorte que les intervenants ne sont plus seuls. De surcroît, la directrice explique qu'une partie de la charge administrative autrefois imposée aux travailleurs sociaux a été confiée à des secrétaires.

Toujours selon la direction, la création du CIUSSS permet maintenant un meilleur arrimage entre la première et la deuxième ligne, ce qui favorise l'allégement des structures en place.

«Je sais que ça peut être difficile, mais on commence à voir les changements. Il y a ce proverbe africain qui dit que ça prend tout un village pour élever un enfant. Là, on va pouvoir compter sur le village», enchaîne la directrice.

Quant au nombre de dossiers pris en charge par les travailleurs sociaux du Centre jeunesse, Lise Gauthier précise que chaque intervenant gère, en moyenne, 19,4 cas. Ces chiffres datent toutefois du printemps 2015. Les nouvelles statistiques seront connues au cours des prochains mois.

Les intervenants à bout de souffle

Les intervenants du Centre jeunesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont essoufflés, épuisés et se sentent impuissants.

La dernière vague de compressions budgétaires a provoqué l'augmentation du nombre de dossiers pris en charge par les travailleurs sociaux. Les cas sont complexes et la charge de travail fait en sorte que certains professionnels ne bénéficient plus du temps qu'ils devrait idéalement consacrer aux enfants.

La présidente du Syndicat des travailleurs et travailleuses du Centre jeunesse, Nancy Poulin, dresse un portrait plutôt sombre de la situation. Selon elle, l'essoufflement est généralisé. S'ajoute à cela le défi récurrent des intervenants le moment venu de diriger les enfants vers une ressource adéquate, eux qui gèrent jusqu'à 27 dossiers en même temps.

«Il y a un sentiment du devoir non accompli à la fin de la journée. Les intervenants ressentent la pression. Il y a des jeunes qui sont maintenus dans leurs milieux alors qu'ils devraient être pris en charge. On assiste à la détérioration de certains cas. Les conséquences peuvent être très graves pour ces enfants. En santé physique, quand il y a une plaie ouverte, on s'en préoccupe. La plaie d'un enfant, c'est un coeur blessé. C'est une souffrance qu'on doit écouter. Si on ne dénonce pas, on est complices», conclut Nancy Poulin.

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