Recycler tout le gypse du Québec

Jacques Laberge propriétaire de Gypse du Fjord, innove... (Photo Le Progrès-dimanche, Michel Tremblay)

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Jacques Laberge propriétaire de Gypse du Fjord, innove avec la mise en opération d'un centre de traitement et de valorisation du gypse contenu dans les feuilles de placoplâtre.

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Chaque année au Québec, l'industrie de la construction et de la rénovation expédie en pure perte aux dépotoirs des dizaines de milliers de tonnes de panneaux de placoplâtre composés de gypse, une matière minérale que valorise l'entreprise Gypse du Fjord et son fondateur Jacques Laberge à même son usine unique au Québec.

Désormais, les vieux panneaux de gypse de nos maisons sont commercialisés après avoir été transformés en engrais agricoles, litières pour troupeaux et absorbants de produits pétroliers.

L'ex-agriculteur, qui a opéré pendant trente ans une ferme laitière de 140 têtes Jersey à Laterrière avec son épouse Madeleine Maltais, a décidé de tout vendre et de se convertir en industriel. «J'ai débuté mon projet il y a cinq ans en même temps que j'exploitais la ferme. Faute de relève, j'étais tanné et j'ai tout vendu», a admis M. Laberge.

Fort de ses connaissances acquises dans le secteur agricole, M. Laberge sait que le sulfate de calcium issu du gypse recyclé constitue un excellent matériau utilisé par les agriculteurs pour amender les sols en raison de sa forte composition en calcium et en souffre. Ces composantes favorisent l'enracinement des plantes, revigorent les pelouses, et les matières végétales, comme le fait la poudre d'os bien connue des jardiniers. Pour des raisons évidentes, M. Laberge ne tarit pas d'éloges lorsque vient le temps de vanter les vertus de l'utilisation du gypse.

Interrogé sur la genèse de son projet, M. Laberge mentionne que l'idée de départ était de faire réaliser des économies autant pour les entrepreneurs qui doivent payer pour se débarrasser des résidus de gypse avec la location et le transport de conteneurs que pour les consommateurs appelés à se procurer les produits finis.

«Je me suis mis à faire de la recherche pour trouver la façon de récupérer le gypse provenant des morceaux de placoplâtre dont les entrepreneurs se débarrassent à grands frais sur les chantiers de construction. J'ai patenté une petite machine au départ afin de séparer le gypse du carton qui le renferme». De fil en aiguille, l'homme qui possède une expertise en mécanique de chantier a conçu une usine mobile sur roues qui permet le traitement à sec des morceaux de placoplâtre. Même s'il nous a permis de voir cette unité mobile s'étalant sur une cinquantaine de pieds, il nous a interdit de la photographier afin de préserver le secret des yeux de la concurrence. «J'ai développé un procédé de traitement du gypse unique au Canada. Le défi était de mettre en place un système de traitement qui assure un produit uniforme et propre. J'ai investi 1,2 M$ pour développer le système et acquérir le bâtiment situé sur le boulevard Talbot». (NDLR: il s'agit de l'ex-usine M. Carton). Il assure avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires du ministère de l'Environnement. Pour ce qui est du carton, M. Laberge mentionne qu'il est entièrement revalorisé puisqu'il est incorporé dans les litières destinées aux bovidés.

Après une phase d'expérimentation en 2015, M. Laberge a tissé depuis deux ans un réseau d'approvisionnement à même des ressourceries et des partenaires présents en Beauce, dans la région de Québec et à Saint-Augustin-de-Desmaures, qui devrait lui permettre de traiter en 2016 environ 10 000 tonnes de gypse. «L'approvisionnement, c'est malade. Je reçois des appels du Bas-Saint-Laurent et de partout de gens qui veulent me livrer du gypse». Au rythme où la matière première entre, il entrevoit déjà le jour ou il lui faudra allonger le bâtiment qui l'abrite pour recevoir de longs camions-remorques ou encore ouvrir deux nouvelles usines dans les régions plus populeuses comme Québec.

Pour ce qui est de la distribution de la poudre de gypse, ces produits sont disponibles chez certains quincailliers comme Nutrinor, BMR la Réserve de bois ainsi que chez des pépiniéristes.

Actuellement, cinq personnes sont embauchées à l'usine qui, en plus de traiter le gypse, procède à l'ensachage en vrac ou au détail de la fine poudre ou de la litière.

Jacques Laberge propriétaire de Gypse du Fjord.... (Photo Le Progrès-dimanche, Michel Tremblay) - image 2.0

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Jacques Laberge propriétaire de Gypse du Fjord.

Photo Le Progrès-dimanche, Michel Tremblay

Des habitudes à changer chez les entrepreneurs

Jacques Laberge ne manque pas d'ambition pour son usine de traitement du gypse du boulevard Talbot puisqu'il aimerait en faire un centre provincial.

L'homme d'affaires mentionne qu'il n'est pas loin le jour où les entrepreneurs en construction seront obligés de trier sur les chantiers les matériaux qu'ils destinent aux dépotoirs municipaux comme cela se fait dans les ressourceries, ce qui impliquera des changements dans les habitudes de tout un chacun. D'ici quelques années, les entrepreneurs devront se plier à de nouvelles règles afin de réduire à la source les volumes de déchets provenant de leur chantier.

Il suggère même que Québec adopte des mesures pour interdire carrément l'enfouissement du gypse, ce qui favoriserait grandement le développement d'un centre provincial de traitement.

Si son projet de revalorisation du gypse en a fait sourire quelques-uns au départ, il constate que certaines entreprises oeuvrant dans la location de conteneurs ont réagi lorsque Gypse du Fjord a décidé d'offrir aux entrepreneurs en construction ses propres conteneurs destinés uniquement à la récupération de gypse. «Des locateurs de conteneurs sont venus me rencontrer. Je leur ai dit que le transport de conteneurs n'était pas le but de mon entreprise. Je fais affaire dans d'autres régions avec des locateurs de conteneurs qui viennent me porter des conteneurs de gypse.»

Afin d'éviter que le gypse récupéré ne soit mélangé avec toutes sortes d'autres matériaux comme du métal, du plastique et autres, M. Laberge croit que les travailleurs tout comme les employeurs seront appelés à modifier leur comportement puisqu'en bout de ligne des économies seront au rendez-vous.

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