Survivre à l'horreur

L'activité de commémoration tenue par l'Association des familles... (Photo Le Progrès-dimanche, Laure Gagnon-Tremblay)

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L'activité de commémoration tenue par l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues a été très émotive pour les membres. Ils estiment toutefois que c'est un moment nécessaire.

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Une trentaine de personnes membres de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) du Saguenay-Lac-Saint-Jean se sont rassemblées au Zoo sauvage de Saint-Félicien samedi pour rendre hommage aux victimes en assistant au relâchement d'une bernache du Canada.

Cheryl Bau-Tremblay, assassinée en 2015. ... (Photo courtoisie) - image 1.0

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Cheryl Bau-Tremblay, assassinée en 2015.

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Cindy Gauthier, assassinée en 2010.... (Photo courtoisie) - image 1.1

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Cindy Gauthier, assassinée en 2010.

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«Il s'agit d'un geste très symbolique pour les membres parce que l'oiseau était blessé et il a dû être soigné avant d'être remis en liberté. C'est un peu la même chose pour eux, puisqu'ils ont également été blessés et doivent guérir avant d'être libérés», mentionne la coordonnatrice des services aux membres de la région de Québec et l'Est-du-Québec, Andrée Champagne.

En effet, la bernache a été recueillie par le zoo au début de l'hiver, en bien mauvais état. Elle a été soignée par l'équipe de vétérinaires, jusqu'à ce qu'elle soit assez forte pour être lâchée dans la nature.

Les familles présentes partagent elles aussi la symbolique du geste. Louise Guimond, la mère de Cindy Gauthier, morte après que son conjoint lui ait administré 14 coups de hache, estime que ça met un peu de baume sur le coeur des membres de l'AFPAD.

«Ça représente beaucoup de choses pour nous, l'envolée. C'est un peu comme nous autres qui nous envolons vers eux», mentionne Mme Guimond, qui a les larmes aux yeux en repensant à sa fille.

«C'est une belle métaphore, une belle allégorie pour les gens qui ont été blessés, qui doivent cicatriser, mais qui sont entourés, et qui vont continuer à l'être, par un groupe de personnes», ajoute Nicole Bau-Tremblay, la mère de Cheryl Bau-Tremblay, assassinée en 2015.

En plus de l'envolée, les personnes présentes ont pu se recueillir en groupe. Mme Bau-Tremblay, l'organisatrice de l'évènement, a mené ce moment en récitant un texte de commémoration «basé sur l'amour», puisque selon elle, il faut beaucoup d'amour pour permettre aux membres de commencer à guérir.

Pour les parents de Guylaine Potvin, cette jeune femme de 19 ans assassinée en 2000 au Cégep de Jonquière, une journée comme celle qui s'est déroulée samedi est nécessaire.

«Ça fait du bien, lance d'emblée le père de la jeune femme, Romuald Potvin. C'est correct ce qu'on vit, il ne faut pas penser qu'on est à part des autres.»

«C'est une nécessité, ajoute sa conjointe, Jeannine Caouette. On ne doit pas rester enfermé avec sa douleur.»

Mme Bau-Tremblay abonde également en ce sens: «C'est vrai, c'est difficile. On va rentrer à la maison ce soir et on va être complètement vidé d'énergie, parce que c'est fatigant émotionnellement. Sauf que c'est un mal nécessaire.»

L'AFPAD, une aide précieuse

Il s'agit de la première grande activité réalisée par les membres de l'AFPAD du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Même s'ils se rencontrent aux quelques semaines, pour participer aux évènements, les membres devaient se rendre à Montréal. Maintenant, une ou deux activités seront organisées chaque année dans la région.

Une décision qui réjouit les membres, puisque l'AFPAD leur permet d'avoir un groupe de soutien.

«On ne garde pas ça intérieurement, alors ça nous permet de grandir, mentionne Adolphe Carrier, dont la soeur, Diane Carrier, est portée disparue depuis un peu plus de 50 ans. Quand on est ensemble, on ne se sent pas jugé, on est complètement accepté.»

Selon lui, c'est une aide précieuse.

«C'est difficile de pouvoir composer avec tout ça. Quand on se rencontre, ça aide beaucoup à passer au travers», ajoute-t-il.

«C'est tellement important d'avoir des rencontres avec des gens qui comprennent ta douleur, croit Mme Guimond. Même si les gens nous disent qu'ils comprennent ce qu'on vit, ce n'est pas vrai s'ils ne l'ont pas vécu eux-mêmes. Même si ça fait, cinq, dix ou quinze ans, je pense que la douleur est toujours présente.»

L'Association des familles des personnes assassinées ou disparues est un organisme sans but lucratif qui existe depuis une dizaine d'années.

Il cherche à briser l'isolement des familles des victimes.

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