« Ce qui m'a amené vers la lutherie, c'est le défi technique », lance d'emblée M. Robert. « Ma soeur s'est acheté une guitare et je me suis dit que je serais capable d'en fabriquer une », a raconté le luthier.
Nous sommes en 1971 et Yvon Robert vient de débuter ses études à l'École du meuble de Victoriaville. Il fabriquera sept guitares en sept ans, sous la supervision de Jean-Paul Dufour et Léonard Otis, entre 1971 et 1978. « À chaque fois, ils trouvaient quelque chose à améliorer. En travaillant le bois, il faut se développer une dextérité. Encore aujourd'hui, 95 % de mon travail est manuel », a expliqué M. Robert.
La fabrication de ces sept guitares lui permettra d'obtenir un permis de travail en 1978 afin d'aller étudier à la prestigieuse Roberto Venn School of Luthiery de Phoenix en Arizona. Cette formation intensive de six mois lui permettra de peaufiner son art, ayant entre autres comme maître le réputé Roman Storch. « Je comparerais mon métier à celui d'un mécanicien Ferrari. Je vais la connaître pièce par pièce, mais je ne la conduirai pas » a imagé M. Robert.
« La formation est continue dans ce métier. On est toujours en train d'apprendre. Moi qui n'aimais pas l'école », lance-t-il à la boutade. « La lutherie, c'est le contraire de la construction. À 50 ans, un gars de la construction est fatigué, alors qu'un luthier commence à être reconnu à cet âge », a comparé celui qui a fait plusieurs stages de perfectionnement au cours de sa carrière.
Selon Yvon Robert, la plus grande qualité à avoir pour être luthier est la discipline. La curiosité et l'humilité sont aussi des atouts. « Plusieurs personnes pensent qu'il faut être patient pour faire ce métier. Au début, je n'étais pas patient, mais je l'ai développé au cours des années grâce à la discipline », a expliqué M. Robert.
À son retour de Phoenix le 23 décembre 1978, Yvon Robert s'installe dans son premier atelier qu'il louait pour 50 $ par mois sur le boulevard Saint-Jean-Baptiste. « Dans les premières années, la lutherie me coûtait de l'argent. C'est l'ébénisterie qui me permettait d'avoir des revenus. Mais au fil des années, la lutherie a pris de plus en plus d'importance au détriment de la fabrication de meuble », a-t-il mentionné.
M. Robert déménagera par la suite dans six autres ateliers, toujours plus grands. Même qu'en ce moment il est en train de préparer son déménagement vers le 475 de la rue Racine est. Un atelier qui sera trois fois plus grand que celui qu'il a présentement.
Yvon Robert a ajouté une autre corde à son arc ces dernières années, soit la fabrication d'orgue de barbarie. « Ma femme Ann Jones était allé en Europe en 1996 et elle a vu un orgue de barbarie. Elle trouvait ça très beau. Nous avons toujours gardé ce projet en tête et nous avons contacté l'une des rares personnes à être spécialiste dans ce domaine, Michel Fisher de Montpellier en France. »
« Nous n'avions pas d'ordinateur, donc nous l'avons contacté par l'internet sur celui de l'une de nos voisines. Michel Fisher est venu ici pour nous former et il nous a conseillé de nous créer un site Internet, lui qui est aussi un expert en informatique chez IBM », a expliqué le luthier. Aujourd'hui, des gens de partout sur la planète le contactent grâce à son site. « La Terre est devenu un village », a imagé M. Robert.
« On dit que nul n'est prophète en son pays. Les meilleurs commentaires que j'ai eu sur mon travail viennent de gens de l'extérieur », a conclu Yvon Robert.