Rolande Lavoie a toujours eu l'histoire de Saint-Jean-Vianney à coeur. C'est que son père était maire de la petite municipalité, à l'époque de la tragédie. Elle y a vécu durant plusieurs années. Et a perdu l'une des ses bonnes amies dans les boues mortelles.
Rolande Lavoie n'a jamais oublié cette nuit du 4 mai 1971. Au cours de sa vie, elle a amassé les coupures de journaux, elle a étudié les événements. Pour elle, cette tragédie ne devrait jamais sombrer dans l'oubli.
L'an dernier, lors du quarantième anniversaire du glissement de terrain, Rolande Lavoie et ses compagnes de l'Aféas ont décidé de plancher sur un projet commémoratif. Elles voulaient enseigner aux jeunes du primaire ce qu'était Saint-Jean-Vianney.
Dans le but de transmettre la mémoire, Rolande Lavoie a visité des centaines d'enfants de l'école Bois-Jolis de Shipshaw et de l'école Notre-Dame-du-Sourire de Jonquière.
Visionnement d'un documentaire et feuilletage de cahier regroupant toutes les images et tous les articles de journaux depuis 40 ans ont époustouflé les jeunes qui ne connaissaient pas, pour la plupart, l'ampleur de cette tragédie. Le lendemain de cette visite, tous les élèves ont eu droit à une promenade en autobus à Saint-Jean-Vianney pour tenter de visualiser le village d'autrefois.
«Comme le dit si bien la chanson de Diane Dufresne L'oubli est un affreux voleur. Les jeunes que nous avons rencontrés ont été si vivement intéressés par nos activités qu'ils ne risquent plus de se faire « voler » une partie de notre histoire qui est aussi la leur», a indiqué Rolande Lavoie.
Un prix provincial
La semaine dernière, les efforts de l'Aféas ont été récompensés. Les 25 membres ont remporté le prix Azilda Marchand, visant à féliciter l'implication sociale et historique des membres des Aféas de partout au Québec.
Un prix qui a comblé de fierté toutes les dames de l'Aféas de Saint-Jean-Vianney, dont Rolande Lavoie, de même que la présidente régionale Aline Bouchard.
«Quelle extraordinaire reconnaissance pour cette jeune fille de St-Jean-Vianney qui, en 1971, voyait son monde s'écrouler! Ce prix est important non seulement pour les membres de l'Aféas, mais pour toute une population qui souhaiterait que l'on se souvienne de toutes ses souffrances et de ne jamais oublier que c'est l'une des pires tragédies survenues au Québec», a indiqué Rolande Lavoie.
Cette récompense est d'autant plus importante pour les dames, car l'organisation du projet avait été difficile. Avec de modestes moyens financiers, Mme Lavoie et ses collègues de l'Aféas avaient loué des autobus pour les petits, organisé des discours commémoratifs et planifié une visite guidée. Les dames avaient tenté d'avoir l'appui de la Ville de Saguenay, mais en vain.
«C'est vraiment un honneur gratifiant, qui nous pousse à continuer et à aller au bout de nos convictions», a lancé Mme Lavoie.