Né à Saint-Bruno en 1900, Henri Laforest aura surtout vécu à Saint-Eugêne-d'Argentenay, où ses parents s'établiront deux ans après sa naissance. Après s'être marié en 1921, il travaille comme fermier l'été en plus d'avoir la responsabilité d'un camp de bûcheron durant l'hiver. Le métier était dur. M. Laforest est passé près de mourir à cause d'une pleurésie, puisqu'il n'y avait pas de remède pour cette maladie à l'époque. Ses collègues l'ont fait suer en le recouvrant d'une peau d'ours et en lui faisant boire du gin.
En plus d'être dur, ces deux métiers n'étaient pas payants. Ayant travaillé le bois avec son père durant son enfance, M. Laforest fonde son entreprise de menuiserie et commence à construire des maisons et des granges dans la région de Dolbeau-Mistassini.
«C'était un homme qui n'avait pas de limites. Il a beaucoup osé. Il n'avait qu'une quatrième année d'étude, mais il possédait une excellente mémoire. C'est pourquoi il n'a jamais tenu de comptabilité écrite», a affirmé Jeanna Laforest. En 1943, il obtient le contrat de démolition des bâtisses d'Alcan à la centrale hydro-électrique de Shipshaw. C'est grâce à ce contrat que sa vie prendra un tournant à la suite de l'incendie de son atelier de menuiserie.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y avait 108 bases militaires au Canada. Le gouvernement n'avait donc plus besoin d'en avoir autant en temps de paix. En 1946, Henri Laforest fera le trajet en voiture entre Saint-Eugêne et Ottawa afin de soumissionner pour acheter des bases militaires et démolir les bâtiments. Il amorce ainsi une aventure qui durera une vingtaine d'années. Entre 1946 et 1967, lui et ses employés procéderont à la démolition de 52 bases au Québec, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.
«Des centaines de personnes de la région se présentaient chez nous lorsque mon père obtenait un contrat. Il les envoyait travailler toutes dépenses payées. Il a fait vivre des milliers de personnes», a expliqué sa fille. M. Laforest possédait également une cour à bois à Montréal où il envoyait les matériaux encore bons des camps démolis afin de les revendre. Après ses contrats de démolition, il demeurera entrepreneur de nombreuses années, construisant une cinquante de maisons, dont la dernière, alors qu'il avait 75 ans.
En plus d'être homme d'affaires, Henri Laforest s'est impliqué en politique municipale. «Il a été impliqué dans la municipalité à partir de 1928. En tant que conseiller, on lui doit d'ailleurs l'arrivée de l'électricité à Saint-Eugêne-d'Argentenay en 1946. Il a été élu maire l'année suivante et le sera jusqu'à 1955 avant d'être battu par son frère», a raconté Mme Laforest. Durant son passage comme maire, il modernisa grandement la municipalité en développant le réseau téléphonique et d'eau potable, en créant le service d'incendie, en plus de construire un pont.
Jeanna Laforest travaille depuis deux ans sur la biographie de son père qui a vécu jusqu'à l'âge de 96 ans. Elle a déjà vendu 200 livres. Tous les dons iront à la Fondation de la Maison Colombe-Veilleux. «C'est un homme qui m'a beaucoup inspiré. C'est des gens comme lui qui ont construit le Québec», a conclut Mme Laforest.