En marge du sommet sur l'éducation publique, la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, a soutenu que les commissions scolaires risquaient « d'imploser « en raison des compressions de plus de 300 millions $ prescrites par le gouvernement depuis deux ans. Elle regrette que celui-ci laisse entendre à la population que les administrateurs ne sont que des « brasseux « de papier, alors qu'il leur incombe d'organiser le transport et les services éducatifs, de gérer les conventions collectives, l'inscription, l'informatique, de réparer les écoles et de faire les paies.
Pourquoi pas?
Pouvons-nous raisonnablement penser, qu'au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une seule commission scolaire dans chaque sous-région serait amplement suffisante pour répondre au mandat qui consiste à donner des services éducatifs aux élèves? À la Commission scolaire de Montréal, nous comptons autour de 70 000 étudiants. Par comparaison, celles des Rives-du-Saguenay et de La Jonquière accueillent ensemble autour de 25 000 élèves (primaire, secondaire et formation professionnelle) et celles du Lac-Saint-Jean et du Pays-des-Bleuets environ 15 000.
En 1998, au moment de la fusion des Commissions scolaires de Chicoutimi, de La Baie et de Valin, il y aurait eu une belle fenêtre pour inclure Jonquière. Sauf, qu'à l'époque, le premier ministre, Lucien Bouchard, était aussi député péquiste de Jonquière. Donc, sur le plan politique, le projet ne passait pas.
C'est vrai que chaque sous-région couvre un très vaste territoire, à la fois urbain et rural. Réaliser une fusion ne serait quand même pas un défi irréalisable et insurmontable. Et ce n'est pas parce que les organisations sont imposantes qu'elles sont forcément incontrôlables et inefficaces.
Exemples de réussite
La preuve. Sous le gouvernement de Lucien Bouchard, de nombreuses municipalités ont été fusionnées en 2001, notamment Chicoutimi, Jonquière, La Baie, Laterrière, Canton-Tremblay, Lac-Kénogami et Shipshaw. Voici un territoire très vaste, avec une population urbaine et rurale, qui tourne autour de 156 000 habitants, et dirigé par un seul maire. Même si la fusion a été imposée, c'est loin d'être un échec. Du reste, qui reviendrait en arrière aujourd'hui?
Autre fusion, réalisée cette fois-ci par le gouvernement libéral de Jean Charest, concerne les hôpitaux avec les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) et les CLSC. Les missions sont différentes. Pourtant, on a réussi à former des réseaux locaux intégrés sur chaque territoire. À l'exception de l'Association des hôpitaux du Québec, tout le monde, à l'époque, était contre le projet: les médecins, les infirmières, les représentants des CLSC, les centrales syndicales. La fusion a été imposée. Aujourd'hui, plus personne n'en parle.
À lui seul, le directeur général du Centre de santé et des services sociaux de Chicoutimi administre 707 lits de courte et de longue durée, plusieurs installations regroupant des services offerts à l'hôpital, au CLSC et dans quatre centres d'hébergement. Tout cela, en plus de la mission universitaire, des 3300 employés et des 300 docteurs.
Et il serait trop lourd pour une directrice d'école primaire de prendre la responsabilité d'une autre école et il faudrait être scandalisé parce qu'un directeur général doit aussi assumer d'autres fonctions importantes. Voyons donc! La multiplication des tâches et la polyvalence font partie depuis longtemps du quotidien d'un grand nombre de gestionnaires et d'employés.
Il est normal que les gens manifestent une certaine réticence aux changements et s'opposent à ce que leur quotidien soit bouleversé. Sauf que la population doit s'attendre à ce que de grands coups de balai viennent nettoyer la place. L'État-providence ne pourra pas encore longtemps assurer seul notre bien-être collectif.
TOUJOURS D'ACTUALITÉ
« Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien ni de personne, alors, c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. » Cette citation est de Platon. Un lecteur a voulu la partager avec nous. N'est-ce pas qu'elle a bien traversé le temps ?