Après une heure trente de discussion avec Richard Bouchard, à naviguer les méandres d'un cerveau en constante activité, on en arrive à un constat: l'homme derrière l'ÉNAM arrive difficilement à parler de lui. Altruiste, instinctivement porté vers les autres, il esquive inconsciemment les questions le concernant, préférant de loin parler de la cause qui a mobilisé sa carrière artistique.
Richard Bouchard a de la vision, mais il est aussi un individu perspicace. Depuis les tous premiers balbutiements de L'ÉNAM au début des années 90, il n'a jamais cessé de s'investir dans le développement de cette école à la vocation bien particulière. Ses collègues de travail témoignent d'un engagement sans relâche.
«Nous connaissons un homme de passion et de coeur pour son métier. Il est devenu maître à concilier son amour du théâtre avec celui de l'entraide humaine. Pour ceux qui souffrent d'une difficulté psychique ou mentale, il trouve une belle façon de résoudre un déséquilibre, dans un esprit fraternel», écrivaient récemment Julie Tremblay et Christian Gagnon, dans une courte missive acheminée au Progrès-Dimanche.
L'ÉNAM vise l'intégration sociale de personnes aux prises avec une problématique de santé mentale à travers le théâtre et l'utilisation de la marionnette. C'est en côtoyant des jeunes atteints de difficultés de comportement que Richard Bouchard a décidé de mettre en place ce qui est en voie de devenir une véritable référence.
«J'ai fait un stage en Europe au début des années 80, alors que j'étais marionnettiste. Je voyais que là-bas, ils utilisaient la thérapie par la marionnette, mais il y avait toujours beaucoup de psychiatres autour. Je me suis dit: 'Qu'est-ce qu'on fait avec la marionnette? Comment pouvons-nous utiliser ce médium de synthèse qui regroupe toutes les formes d'art? '», se souvient Richard Bouchard. Inspiré, l'artiste s'est toutefois donné pour objectif de ne pas reproduire les modèles établis.
«Je ne voulais pas faire ce que les psys font. Ce n'est pas la maladie qu'on veut comprendre, mais plutôt comment on s'en sort», met-il en relief.
Un parcours naturel
L'idée de prendre en charge les personnes confrontées à des troubles de santé mentale est venue tout naturellement. Travailler l'imaginaire d'un individu en l'intégrant aux différentes étapes de la production d'une pièce de théâtre, de la scénarisation au jeu, sont devenus, pour Richard Bouchard et son équipe, un moyen de préparer la clientèle «à recevoir l'autre».
«Le fait de regrouper des artistes, des pédagogues et des intervenants pour monter des spectacles et permettre aux gens de se prendre en main en leur inculquant la valeur du travail et en les valorisant n'était pas quelque chose qui se faisait», raconte Richard Bouchard, au sujet de l'époque de la fondation de l'ÉNAM. Bénéficiant aujourd'hui du soutien et de la reconnaissance de l'Agence de la Santé et des Services sociaux et d'Emploi-Québec, l'organisme suscite la fierté de son fondateur.
«Ça fait plaisir de voir qu'après un passage ici, des gens peuvent réussir et se prendre en mains. Ils sont capables de travailler sur leurs comportements et mieux gérer leurs émotions. C'est agréable de savoir que l'on peut contribuer à redonner un sens à des vies», fait valoir celui qui se dit investi de la mission de donner aux bénéficiaires du programme «Des marionnettes pour le dire» une raison de se lever le matin.