«C'est quoi ton handicap?»

Philippe Gagnon... (Photo Michel Tremblay, Le Quotidien)

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Philippe Gagnon

Photo Michel Tremblay, Le Quotidien

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Dave Ainsley
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) Le titre de Personnalité du mois d'août 2012 Le Quotidien/Radio-Canada est décerné aujourd'hui à Philippe Gagnon. Le Baieriverain revient tout juste des Jeux olympiques de Londres, où, en compagnie de trois autres personnes, il agissait à titre de responsable de l'hébergement et du transport des 281 athlètes de la délégation canadienne. Affligé d'un handicap physique, Philippe Gagnon a surmonté avec succès de nombreux obstacles afin de devenir un athlète de pointe et, à plusieurs égards, un modèle de dépassement et de persévérance.

Pour Philippe Gagnon, sa participation comme bénévole aux Jeux olympiques de Londres représentait l'aboutissement de tous les efforts déployés pendant sa carrière d'athlète et dans sa vie.

«Dans la vie, il ne faut pas s'arrêter aux petits non», signale-t-il avec enthousiasme. Ce dernier a dû mériter sa place au sein de l'équipe de transport de la délégation canadienne. Il a multiplié les demandes avant d'être finalement accepté au début de l'été. Il assure qu'il a tout fait pour offrir aux athlètes un service d'excellence.

Mais la vie n'a pas toujours souri à Philippe Gagnon. Il a dû surmonter de nombreuses épreuves. En entrevue, il mentionne que trois défis majeurs se sont dressés devant lui: son handicap, le décès de sa mère ainsi qu'une grande déception lors des Jeux paralympiques de Sydney en 2000.

«La première question que les gens me posent, c'est souvent: C'est quoi ton handicap? «, rigole Philippe Gagnon qui a une démarche très normale grâce à ses prothèses. Pourtant, ses talons ne touchent pas au sol et ses chevilles ne bougent pas. «C'est ce qui a façonné beaucoup mon caractère et ma personnalité», indique-t-il à propos de ses pieds imparfaits, comme il les appelle.

Né avec le pied-bot, handicap mieux connu sous le nom des pieds à l'envers, Philippe Gagnon ne devait même jamais marcher, selon les médecins qui trouvaient trop dangereux de l'opérer. «Mes parents ne pouvaient pas prendre un non comme réponse», raconte Philippe Gagnon.

Un médecin à Québec a finalement accepté. Après une dizaine d'opérations, le jeune homme a finalement fait ses premiers pas à l'âge de trois ans.

Les problèmes se sont toutefois pointés quelques années plus tard lorsqu'il a commencé à faire du sport. Enfant hyperactif, Philippe Gagnon avait de l'énergie à revendre, mais en raison de ses pieds, il avait de la difficulté à s'intégrer au sein d'équipes sportives. Il se rappelle d'ailleurs d'épisodes très difficiles au soccer, alors que les gens se moquaient de lui.

Un docteur a finalement conseillé à ses parents de le faire courir dans le sable chaud, ce qui aidait sa circulation sanguine. Toute la famille a donc passé l'été dans le sud des États-Unis où Philippe Gagnon s'est découvert une passion pour la natation.

Une deuxième tuile est toutefois venue s'abattre sur lui. Sa mère est décédée alors qu'il n'était âgé que de sept ans à la suite d'un combat contre la leucémie.

Paralympiques

Tranquillement, mais sûrement, Philippe Gagnon s'est imposé sur la scène provinciale, puis nationale de natation. À 16 ans, un entraîneur lui a proposé de faire les tests paralympiques. «J'étais plus ou moins intéressé. J'ai passé les tests sans trop poser de questions et, le lendemain, ils m'ont dit que j'étais accepté. Ç'a vraiment été un coup dur», se remémore Philippe Gagnon. Pour lui, c'était retourner en arrière et finalement accepter son handicap. Et aussi, en quelque sorte, renier tout ce que sa mère et son père avaient fait pour lui. «Je n'étais pas prêt», dit-il.

C'est finalement Chantal Peticlerc qui l'a fait changer d'avis lors d'une rencontre fortuite. «J'avais peur de faire face à un monde peu compétitif où les gens ne s'entraînaient pas très fort. Elle a tassé ça du revers de la main pour me dire que mes médailles, je ne les volerais pas», précise-t-il avec le sourire.

En 2000, Philippe Gagnon a fait sa marque lors des Jeux paralympiques de Sydney, en Australie, où il a remporté trois médailles d'or, une d'argent en plus de battre un record du monde. Il a toutefois vécu une grande déception avec une deuxième place lors de sa première épreuve, à seulement 3 centièmes du gagnant. Une défaite qu'il a très mal digérée.

À ce moment, Philippe Gagnon détenait le 7e meilleur temps au Canada et caressait le rêve de participer, en 2004 à Athènes, aux Jeux olympiques et paralympiques. «J'étais à la porte, mais il me manquait un petit quelque chose.»

«Ils n'ont pas cru en mon projet», déplore Philippe Gagnon qui demeure conscient que de gros sous auraient été nécessaires pour mener à terme son rêve. «J'étais dix ans trop tôt», ajoute-t-il, précisant avec joie que si la même demande était formulée aujourd'hui, elle serait certainement acceptée.

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