Vision, audace et cohérance

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TRIBUNE / À l'aube des élections municipales, à quoi les électeurs doivent-ils... (Photo 123RF)

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Le Quotidien

TRIBUNE / À l'aube des élections municipales, à quoi les électeurs doivent-ils s'attendre de leurs candidats en matière d'urbanisme ? L'urbaniste Louis Mazerolle, de L'Atelier urbain de Montréal, se prononce sur cet important enjeu, souvent ignoré dans le débat public.

Les municipalités sont responsables de l'aménagement et de la planification de leur territoire. Les élus sont ainsi, de facto, redevables de la façon dont le territoire se transforme. Certains ont parfois tendance à s'en laver les mains ou à faire fi des recommandations de leurs urbanistes, mais cela revient à nier le fait que la qualité de vie et les finances d'une municipalité sont intimement liées à son urbanisme.

En effet, la plus grande source de revenus des municipalités est la taxe foncière. Celle-ci est intimement liée au type et à l'intensité de l'occupation du territoire. Les citoyens devraient donc être en mesure de s'attendre à ce que les élus maîtrisent les enjeux d'équité et d'efficacité fiscales. Cela commence par la valorisation des centres-villes, où le rendement est largement supérieur à ceux des magasins à grande surface et des quartiers résidentiels à faible densité. Il reste énormément de terrains vacants et d'opportunités de redéveloppement à l'intérieur des quartiers centraux, il est donc insensé de continuer à développer en périphérie où de nouvelles infrastructures doivent être construites et s'ajoutent au fardeau collectif. Il sera d'ailleurs intéressant de voir de quelles manières les municipalités s'approprieront l'élargissement des pouvoirs en matière de taxation foncière rendu possible par le projet de loi 122 adopté en juin dernier.

Nous devrions également être en mesure de nous attendre à ce que les outils de planification dont les municipalités se dotent soient respectés. D'une part, ceux-ci correspondent, en quelque sorte, à un pacte entre l'administration municipale et ses citoyens. Ne pas les mettre à jour périodiquement ouvre la porte à des décisions irréfléchies et y déroger revient à nier le travail accompli et les décisions passées. À cet égard, chaque exemption ou modification doit être autorisée seulement si elle a pour objectif le bien collectif et répond aux objectifs qui ont été fixés au plan d'urbanisme.

La région a parfois le sentiment d'être isolée, mais elle ne peut nier les enjeux globaux dont le monde fait face. Les municipalités ont le devoir de protéger l'environnement et mitiger les impacts du réchauffement climatique. L'eau monte comme partout ailleurs et les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents. La planification et la réglementation entourant les nouveaux développements doivent prendre cela en compte. En contrepartie, la principale source d'émission de GES au Québec est les transports et celle-ci est en croissance. Des décisions courageuses doivent être prises pour réduire la dépendance à l'automobile qui nuit également à la santé publique, à notre balance commerciale et à la qualité de nos milieux de vie. Cela devra passer par un changement de paradigme où la marche, le vélo et le transport collectif sont priorisés. Or, certains freins aux changements sont parfois à l'intérieur même de l'appareil municipal.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, compte tenu de la situation économique et démographique, il est important de créer les conditions propices au développement économique par d'autres moyens que la grande entreprise et l'exploitation des ressources. Cela signifie privilégier les entrepreneurs et commerces locaux plutôt que bannières étrangères et des magasins à grande surface. Cela signifie aussi créer et mettre en valeur des milieux urbains de qualité, par de tiers lieux tels que des rues commerciales dynamiques, des espaces publics et des équipements publics de loisirs, afin de convaincre les jeunes professionnels d'y rester, d'y revenir ou de s'y installer.

En fin de compte, pour être de bons élus au niveau municipal, il faut avoir de la vision, de l'audace et beaucoup de cohérence. Il faut savoir écouter et faire confiance en les professionnels qui travaillent pour les services municipaux. L'urbanisme ne doit pas être relégué à l'arrière-plan, car il s'agit d'un élément central de la gestion d'une municipalité.

Louis Mazerolle, urbaniste de L'Atelier urbain de Montréal

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