Un public extraordinaire

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Le lac Saint-Jean... (Archives Le Quotidien)

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Le lac Saint-Jean

Archives Le Quotidien

 

Jean-Pierre Girard
Le Quotidien

TRIBUNE / Un événement unique avec un durée inégalée, la Traversée internationale du lac Saint-Jean à la nage, qui en sera à 63e présentation la semaine prochaine, a frappé l'imaginaire des milliers de personnes. Aujourd'hui, deux «enfants» de Roberval, Chantale Potvin et Jean-Pierre Girard, écrivent sur ce que représente pour eux cette odyssée, digne des poèmes épiques d'Homère.

J'en sais quelque chose, j'ai animé pendant 25 ans l'arrivée des nageurs à la Traversée du lac Saint-Jean. Et croyez-moi, des marathons, j'en ai vu d'autres. J'en ai vu des nageurs compléter une course dans une quasi-indifférence générale. J'ai vu des championnats du monde à Montréal avec à peu près personne dans les gradins.

À Roberval,c'est tout le contraire. Le public adore les nageurs et pour des milliers de personnes , le plus beau spectacle au monde, c'est l'arrivée du champion dans la rade.

C'est une tradition qui se perpétue depuis des générations. Nos parents nous ont appris ça quand on était tout petits et on transmet la flamme à nos enfants. C'est un moment unique, magique, rempli d'émotions.

La foule se donne rendez-vous au quai une couple d'heures avant l'arrivée des premiers nageurs. L'attente est longue dans les estrades, c'est pas évident de rester là sous un soleil accablant ou parfois même sous une pluie battante. Mais d'année en année, le public est au rendez-vous. Et croyez-moi : ça vaut le coup. Mais au Lac-Saint-Jean, tout le monde comprend l'immensité de l'exploit . On veut tous montrer au champion qu'il est notre héros, le roi du Piekouagami. C'est alors que la magie opère.

Dès lors, nous écrivons l'Histoire. Les dix minutes qui suivent sont hors du temps, complètement folles, on nage avec le champion. C'est inoubliable ! Chaque année , l'intensité du moment me renverse. Tout au long du sprint, on entend les sirènes et les klaxons des embarcations.

Dans la petite chaloupe rouge qui guide le nageur, l'entraîneur est debout et fait son spectacle. Souvent c'est lui, l'entraîneur, qui demande à la foule de faire encore plus de bruit. Et quand le champion amorce le dernier droit, quand enfin il voit la plaque d'arrivée dont il rêve depuis le départ, il puise dans ses dernières énergies pour augmenter encore le rythme. Les battements de pieds sont hallucinants, les bras vont à une vitesse folle.

Mais ne vous y trompez pas ! Cette énergie incroyable après 32 kilomètres de nage, c'est la foule qui lui procure. Ce sont ces milliers de spectateurs, massés sur le quai, qui transportent le champion vers la plaque. Et croyez-moi, le public le sait très bien. Nulle part ailleurs, les nageurs n'ont droit à un accueil aussi délirant.

Pendant 25 ans, j'étais au coeur de ce moment magique en tant qu'animateur de la Traversée. J'aurais mille anecdotes à vous raconter sur la compétition, les nageurs, les champions, les records et les exploits. Je pourrais écrire un livre sur l'énergie sans fin des centaines de bénévoles qui se dévouent sans compter d'année en année. Mais aujourd'hui, c'est aux spectateurs que je veux rendre hommage. La traversée peut compter sur le meilleur public au monde.

Je salue en particulier ceux que j'aime appeler « les connaisseurs », ceux qui restent sur le quai jusqu'au dernier nageur. Vous et moi, nous partageons un secret. On sait que les plus beaux moments sont souvent à la fin de la course, quand nous ne sommes plus que quelques centaines à accueillir le dernier nageur. Est-ce la fatigue ou le trop-plein d'émotions ? Mais c'est toujours à ce moment que, discrètement, j'écrase une larme.

Alors, ne vous demandez plus pourquoi les nageurs du monde entier apprécient tant la Traversée du lac Saint-Jean. C'est ici qu'Alex Meyer, le meilleur nageur américain en eau libre de sa génération, est venu terminer en champion son extraordinaire carrière l'an dernier. C'est ici que les vies de Robert Lachance, Alexandre Leduc et Xavier Desharnais ont changé quand ils ont remporté la victoire. Plusieurs fois championne du monde, la nageuse argentine Pilar Geijo vit chaque année ici ses plus beaux moments d'athlète. Le plus grand nageur de l'histoire des marathons, le Bulgare Petar Stoychev, planifiait tout son entraînement annuel pour arriver à Roberval au sommet de sa forme.

La Traversée du lac Saint-Jean revendique le titre du « plus prestigieux marathon de nage en eau libre au monde ». La longue tradition, l'ampleur du défi, la qualité de l'organisation expliquent cette réputation mondiale. Mais c'est d'abord l'admiration sans bornes que nous avons pour les nageurs et la qualité de l'accueil que nous leur réservons à l'arrivée qui les touche droit au coeur.

Jean-Pierre Girard, animateur à Radio-Canada

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