Les mythes du commerce

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«C'est le rituel préparatoire à l'achat, pour sa... (123RF)

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«C'est le rituel préparatoire à l'achat, pour sa part, qui a changé. Nous préférons nous informer d'abord en ligne sur le produit désiré et le comparer sur les sites de plusieurs marchands avant de nous déplacer.»

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La tribune
Le Quotidien

Voici deux points de vue qui se complètent sur l'avenir du commerce au détail et les tendances qui s'offrent aux consommateurs. Damien Hallegatte est professeur de marketing à l'Université du Québec à Chicoutimi et Jessika Roussy est directrice marketing chez Mode Choc.

Jessika Roussy, directrice marketing chez Mode Choc

TRIBUNE / Les avis divergent sur l'avenir du commerce de détail par rapport au commerce en ligne. Les informations contradictoires circulent de toutes parts et sèment la confusion. Voyons ici les mythes que j'entends le plus régulièrement et s'ils sont réellement fondés.

« Le commerce en ligne tuera le commerce de détail en magasin »

Probablement pas de notre vivant. Il est compréhensible qu'un article sur nos fils d'actualités démontrant l'ingéniosité d'un géant du commerce en ligne, qui livrera bientôt ses produits par drone au domicile de sa clientèle, nous laisse croire que c'est bientôt la fin de la fréquentation des magasins. Cependant, on remarque aussi que de gros joueurs du commerce de détail prennent de l'expansion en ouvrant des succursales en nouveaux territoires, et en cherchant plus de pieds carrés à occuper. Autre tendance intéressante, des entreprises qui offraient seulement leurs produits en ligne ouvrent maintenant de magasins modèles permettant à leur clientèle de voir, de toucher et d'essayer la marchandise. Culturellement, plusieurs d'entre nous ont encore besoin de ce contact pour concrétiser un achat.

C'est le rituel préparatoire à l'achat, pour sa part, qui a changé. Nous préférons nous informer d'abord en ligne sur le produit désiré et le comparer sur les sites de plusieurs marchands avant de nous déplacer. Selon une recherche du CEFRIO parut en avril 2015, 78,3 % des consommateurs consultent au moins une source d'information sur internet avant d'acheter. Au total, 60,3 % des internautes achètent en magasin des produits repérés en ligne. Parions que ces chiffres augmenteront lors de la parution des études pour l'année 2015-2016. Ce qui me mène au mythe suivant.

« Ouvrir une boutique en ligne peut faire perdre des ventes en magasin d'une même entreprise. »

Absolument pas. C'est même le contraire. Si le produit du commerçant du coin n'est pas en ligne, le consommateur ne le trouvera pas et ne le considérera même pas comme un choix potentiel. La plus belle vitrine qu'un détaillant puisse avoir, c'est un site en ligne qui représente bien son offre. Et si je me fie à mon expérience personnelle, ouvrir une boutique en ligne augmente les ventes en magasin avant toute chose.

« Le commerce en ligne c'est de la compétition déloyale. »

Oui et non. La compétition loyale vient de compagnies nouvelles qui apportent un vent de changement, mais surtout un plus vaste éventail de bas prix, le facteur principal décisif à l'achat pour la majorité des consommateurs. Cette concurrence pousse les entreprises à se dépasser sur leur propre territoire. C'est donc une opportunité pour les commerçants québécois de se démarquer. La capacité d'adaptation ou l'état des finances d'une entreprise, au moment d'effectuer des changements, peuvent malheureusement la porter à sa perte. Ce n'est donc pas la fin du commerce de détail en soi, mais il y a un réel combat sur le marché en ce moment. La compétition déloyale, quant à elle, est bien existante et nous vient de compagnies étrangères qui vendent à des Québécois en ligne. En mars dernier, le gouvernement du Québec estimait qu'il n'arrivait pas à percevoir 120 millions de dollars par année en taxes sur les produits achetés en ligne à l'étranger. Assez inéquitable quand on pense que les commerçants québécois paient, eux, des taxes, des salaires, des loyers, alors que toutes les entreprises étrangères qui nous envoient leurs produits et services, ici, ne contribuent en rien à l'économie. En attendant une solution gouvernementale, la meilleure option est d'acheter de compagnies locales, soit en ligne ou en magasin.

Ce qui est à retenir, c'est que cette nouvelle manière de faire du commerce peut faire peur, mais c'est avant tout l'opportunité de mieux servir nos clients. Ne nous décourageons donc pas, et embrassons le changement, même s'il n'est pas simple. Après tout, si c'est en faisant que l'on apprend à faire, pourquoi ne pas se lancer ?

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