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«De fait, la relève agricole nécessite de plus... (Archives Le Quotidien, Louis Potvin)

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«De fait, la relève agricole nécessite de plus en plus de capitaux pour assurer un gros chiffre d'affaires devenu la norme pour obtenir un revenu familial. L'agriculteur devient un financier.»

Archives Le Quotidien, Louis Potvin

La tribune
Le Quotidien

LA TRIBUNE - ACCAPAREMENT DES TERRES / Des fonds achètent des terres agricoles depuis quelques années, ce qui suscite un débat au sein des producteurs. L'enseignant de l'UQAC Marc-Urbain Proulx, spécialiste en gestion du territoire, et l'agriculteur saguenéen Michel Potvin s'expriment sur le sujet.

Marc-Urbain Proulx, professeur à l'UQAC

Comme partout au Québec, les producteurs agricoles du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont à la recherche d'un nouveau modèle pour faire face aux menaces d'achats des terres par de grandes sociétés étrangères bien capitalisées. Ce mouvement d'intégration économique s'est déjà fortement approprié les activités économiques dans le bois, la pêche, les mines, l'alimentation, les services spécialisés, la restauration, les stations-service, le commerce. De nombreuses entreprises localisées sur les avenues Talbot, du Pont et autres Hamel appartiennent désormais largement à des propriétaires extérieurs qui drainent les profits vers Toronto, New York, au mieux vers Montréal. Heureusement, la résilience s'avère bien présente.

Face à ce mouvement de dépossession qui s'attaque actuellement à l'un des derniers secteurs de l'économie régionale demeurés très autonomes, ce n'est pas le savoir-faire agricole qui fait défaut. Loin s'en faut. Il s'agit plutôt d'un manque de liquidités pour financer les propriétés dont la valeur a bondi sous l'influence de certains facteurs y compris technologique. De fait, la relève agricole nécessite de plus en plus de capitaux pour assurer un gros chiffre d'affaires devenu la norme pour obtenir un revenu familial. L'agriculteur devient un financier. Une ferme vaut actuellement 20 à 25 fois ce qu'elle valait il y a un demi-siècle.

En résulte un effritement progressif de la propriété familiale. Mis à part le patrimoine cumulé, la propriété familiale en agriculture possède plusieurs vertus pour les économies locales en matière de rente, d'épargne et de réinvestissement, d'achat local de matériaux, équipements et autres intrants, de rémunération de travailleurs, de capital social alimenté, etc. D'où l'impératif qui s'affirme pour un nouveau modèle de financement des fermes agricoles. En ce sens, le Saguenay-Lac-Saint-Jean peut faire appel à l'esprit des regrettés J.E.A. Dubuc et de Jacques Gagnon.

Originaire de la région, l'entrepreneur Charles Sirois propose son modèle Pangea auquel s'associent la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que le Fonds de solidarité de la FTQ (Fédération des travailleurs du Québec). L'UPA (Union des producteurs agricoles) conteste ce modèle, car des éléments concurrencent trop vivement la relève agricole familiale en créant de la surenchère sur les terres disponibles. Elle plaide pour se donner collectivement un peu de temps afin de bien examiner la question. Le cadre réglementaire est-il adéquat ? Quelles sont les options ? Etc.

Le principe de base reste toujours le même, soit de demeurer propriétaire en trouvant la bonne formule. Dans le passé au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le modèle coopératif fut à cet effet d'une grande utilité dans plusieurs secteurs économiques comme l'agroalimentaire avec la Chaîne coopérative devenue ensuite Nutrinor. Les coopératives d'utilisateurs de matériel agricole (CUMA) représentent aussi une modalité appréciée. La Caisse d'entraide économique fut un succès, avant la tragédie. Qu'est devenu ce modèle inédit ? Fut aussi expérimenté le capital de risque AMISK, très riche d'enseignement. La société en commandite SOCCRENT transformée en PLURICAPITAL fut une option phare fort intéressante. Dans le secteur du bleuet, les succès en matière de protection de la propriété régionale pourraient être imités. Existent d'autres formules de consortium et de partenariats. Se présentent en outre des fonds spécialisés de diverses natures, tel le fonds québécois d'investissement pour la relève agricole. Le reste du Canada, les États américains, l'Europe peuvent offrir des idées à l'observateur.

Bref, la région doit collectivement se faire une tête à propos du modèle recherché en agriculture, dans le contexte d'une résistance tout à fait possible à l'intégration économique. Face à cet enjeu et à bien d'autres au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ne manque que la médiation des expertises disponibles autour de la question principale afin de chercher intelligemment la solution la plus appropriée.

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