Rien n'est moins sûr

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La frappe américaine dans la nuit du 6... (PHOTO REUTERS)

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La frappe américaine dans la nuit du 6 au 7 avril était en réponse à une attaque présumée du régime syrien ayant fait 87 morts deux jours auparavant, à Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie.

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La tribune
Le Quotidien

TRIBUNE / Le Canada en Syrie: une intervention des Forces canadiennes est-elle envisageable ? Éric Arsenault est journaliste, professeur d'actualités au Cégep de Jonquière (ATM) et chroniqueur à Rouge-FM. Sébastien Lévesque est quant à lui professeur de philosophie.

Éric Arsenault, journaliste et professeur d'actualités

La guerre civile qui ensanglante la Syrie depuis six ans a pris une tournure inattendue, la semaine dernière, à la suite de l'attaque à l'arme chimique qui a fait plus de 80 morts (dont une trentaine d'enfants) dans une ville du nord du pays. Après en avoir imputé la responsabilité aux forces de Bachar el-Assad, les États-Unis ont lancé une spectaculaire frappe punitive contre le régime syrien, s'attirant du même coup la colère de son puissant allié russe. Prévenu une heure à l'avance, le gouvernement canadien a réagi avec prudence. Face à un crime de guerre abject qui ne pouvait rester impuni, Justin Trudeau a assuré les Américains qu'il appuyait pleinement cette intervention militaire « limitée et ciblée ». Est-ce pour autant le signe que le Canada s'alignera sur la politique américaine en Syrie ? Rien n'est moins sûr.

D'abord parce que pour s'aligner sur la politique américaine en Syrie, il faudrait que le gouvernement Trudeau sache ce qu'est la politique américaine en Syrie. Or, dans ce dossier, comme dans bien d'autres, l'administration Trump donne l'impression de ne pas savoir où aller. Quelques jours avant l'attaque chimique, le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, déclarait que le départ de Bachar el-Assad, préalable incontournable au règlement du conflit syrien sous l'administration Obama, « n'était plus une priorité ». Le lendemain de l'attaque, Donald Trump confiait que son attitude avait changé face au dictateur syrien et ordonnait le bombardement d'une de ses bases aériennes. Depuis, M. Tillerson ne cesse de répéter que Bachar el-Assad doit céder sa place. Ces revirements à répétition, en plus de trahir une certaine improvisation, laissent songeur sur la suite des choses. Les États-Unis ont-ils l'intention de s'engager plus à fond dans ce conflit ? La frappe punitive n'est-elle qu'un coup d'éclat qui restera sans suite ?

Pour s'aligner sur la politique américaine en Syrie, il faudrait aussi que le Canada en ait les moyens. Or, nos capacités militaires en troupes et en matériel sont limitées. Le gouvernement libéral a retiré des cieux irakiens et syriens les CF-18 qui y avaient été déployés par les conservateurs pour freiner la progression de l'État islamique. Les forces spéciales qui conseillent sur le terrain les combattants anti-djihadistes ont certes été renforcées, mais on peut difficilement envisager un déploiement plus important dans le contexte actuel. D'autant plus qu'un nouvel engagement attend bientôt nos militaires à l'étranger. Dans sa volonté de renouer avec la tradition des Casques bleus de l'ONU, le gouvernement Trudeau s'apprête à déployer une force de maintien de la paix au Mali. Et tout indique que cette mission ne sera pas de tout repos.

Pour s'aligner avec la politique américaine en Syrie, il faudrait enfin que le gouvernement Trudeau en ait l'intention. Or, ses actions tendent à nous montrer le contraire. Tout en maintenant des effectifs militaires dans la région, les libéraux ont en effet privilégié l'aide humanitaire et l'accueil des réfugiés. Contrairement à Stephen Harper, Justin Trudeau est partisan du multilatéralisme et martèle que l'action du Canada sur la scène internationale se fera au sein des organisations et des forums comme l'ONU. Ce n'est donc pas un hasard s'il a précisé, après avoir appuyé la riposte américaine, qu'il continuera « de soutenir les efforts diplomatiques de concert avec nos partenaires internationaux afin de résoudre la crise en Syrie ». De toute évidence, le premier ministre n'est pas très friand des démonstrations de force unilatérales de son puissant voisin.

Pour toutes ces raisons, il apparaît donc improbable que le Canada se lance dans une politique syrienne qui serait alignée sur celle des États-Unis. Le premier ministre a pris soin de marquer ses distances avec son prédécesseur conservateur depuis le début de son règne. Il y a lieu de croire qu'il agira de la même façon avec son imprévisible vis-à-vis américain.

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