Un passé pas si lointain

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«Devons-nous oui ou non retirer un « symbole religieux »... (Archives Presse canadienne)

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«Devons-nous oui ou non retirer un « symbole religieux » accroché au-dessus du siège du président depuis 1936, sous le gouvernement Duplessis ? Je réponds oui, nous devions le retirer, même si à l'époque on l'a conservé à sa place, le tout dans une grande confusion d'idées et de points de vue.»

Archives Presse canadienne

La tribune
Le Quotidien

TRIBUNE / Comment doit-on appliquer le concept de la laïcité au Québec ? Sébastien Lévesque est professeur de philosophie et se spécialise dans les questions relatives à la laïcité. Éric Tremblay est quant à lui historien autonome. Ces derniers s'expriment sur le sujet, en tenant compte du patrimoine culturel.

Éric Tremblay, historien

De plus en plus, on constate une approche conflictuelle entre la population québécoise et son passé religieux. Depuis les années 1960 - celles que l'on désigne par Révolution tranquille -, le Québec est régulièrement en questionnement vis-à-vis son héritage catholique. Il est difficile de l'oublier, sa présence et son influence sont visibles autant en ville qu'en campagne. Le citoyen comme l'historien se demande quelle position adopter face à la laïcisation d'un patrimoine qui, il n'y a pas si longtemps, était sous la responsabilité d'un clergé omnipotent.

Réglons tout de suite la question de la laïcité. L'histoire n'étant pas une science morale ou religieuse, elle fait donc de l'historien un individu laïque dans la pratique de son métier. Est-ce que cette absence de religiosité dans sa démarche pénalise son questionnement ? Pas du tout ! Au contraire, elle lui procure une plus grande objectivité, lui permettant ainsi de camper l'objet de son analyse dans son contexte réel. C'est-à-dire de replacer dans son époque le patrimoine religieux, de lui redonner historiquement sa fonction dans le temps et dans l'espace.

Pour y arriver, il doit d'abord déterminer ce que l'on considère comme étant du patrimoine religieux. Selon le Conseil du patrimoine religieux du Québec, il inclut non seulement les lieux de culte, qui en constituent l'élément majeur, mais aussi les bâtiments occupés par les communautés religieuses, les cimetières, les oeuvres d'art, les objets liturgiques, les archives, etc. À cela, il faut également ajouter le patrimoine immatériel, lequel englobe les savoir-faire, les connaissances, les expressions, les pratiques et les représentations.

Le patrimoine est donc une notion globalisante, voire très générale. À ce compte, on conserve quoi ? On met quoi en valeur ? Est-ce que tout ce qui est ancien est du patrimoine ? Qu'est-ce qui est patrimonial ou ne l'est pas ? Encore une fois, plus de questions que de réponses. Surtout que l'on demande régulièrement à la population de participer à la conservation de son patrimoine religieux. Lequel ? Il arrive que les spécialistes ne s'entendent pas entre eux. Même quand ils vont tous dans le même sens, comme dans le cas de l'église Fatima, les autorités publiques prétendent qu'elles sont impuissantes et sans ressources. Et cela, malgré la responsabilité éthique qu'elles ont de conserver et de mettre en valeur ce patrimoine exceptionnel.

Selon moi, le débat actuel ne fait pas la différence entre la laïcité et l'histoire, entre le symbole religieux et le patrimoine religieux, entre la tradition et la religion. Comme dans bien des facettes de la société québécoise, nous avons actuellement de la difficulté à interpréter notre histoire collective. Nous sommes assis entre deux chaises, une première qui est encore attachée à notre passé tout imprégné de dévotion, et une seconde, qui tout en se déplaçant vers l'avenir, ne veut rien jeter.

À ce propos, la querelle du crucifix à l'Assemblée nationale, en 2013, illustre bien cette dialectique historique. Devons-nous oui ou non retirer un « symbole religieux » accroché au-dessus du siège du président depuis 1936, sous le gouvernement Duplessis ? Je réponds oui, nous devions le retirer, même si à l'époque on l'a conservé à sa place, le tout dans une grande confusion d'idées et de points de vue.

Pour l'historien, ce crucifix est un digne représentant de l'époque ultra religieuse du duplessisme. Le questionnement aurait été bien différent si ce dernier était là depuis la construction de l'hôtel du Parlement (entre 1877 et 1886) ou depuis l'adoption d'un nouveau régime politique en 1867. À la lumière des faits, nous parlerions plutôt de tradition historique et non pas d'un symbole religieux, comme c'est le cas actuellement. À ce moment, la société québécoise agirait tout simplement comme pour les croix qui surplombent la plupart de nos écoles. C'est-à-dire devant un élément architectural qui témoigne de l'histoire du Québec, de son passé religieux et de la mémoire collective d'un peuple. Mais, comme on le constate, nous sommes face à un passé qui n'est pas si lointain...

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