Abattre les obstacles

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La députée de Jonquière, Karine Trudel,... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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La députée de Jonquière, Karine Trudel,

Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie

La tribune
Le Quotidien

TRIBUNE / Karine Trudel est députée fédérale de Jonquière et Sylvie Beaumont est conseillère municipale d'Alma. Elles partagent leur vécu en politique et leurs impressions quant à la place qui leur est réservée.

Karine Trudel est députée fédérale de Jonquière

En 2017, on pourrait croire que les obstacles à la pleine participation des femmes à la vie politique ont été éliminés depuis belle lurette. On pourrait croire que le seul aspect à améliorer est la proportion de femmes faisant le choix personnel de se lancer dans l'arène, puisqu'il s'agit d'une question plus individuelle que sociale.

Après tout, les lois semblent équitables, du moins de façon générale. La Charte des droits et libertés ne garantit-elle pas l'absence de discrimination basée sur le sexe ? Les femmes sont libres de choisir le service public, sans crainte de se voir fermer des portes...

Mais voilà, la réalité est beaucoup plus complexe. Car le concept de choix n'est pas simple. Il ne se limite pas à avoir le choix ou pas. Un choix s'exerce plutôt sur un éventail d'options qui sont conditionnées par des contraintes parfois invisibles, mais qui existent et forment un carcan. Pour les femmes en politique, ce carcan est très rigide, notamment en ce qui a trait à deux aspects majeurs : la vie familiale et la culture politique. 

En effet, rares sont les politiciennes dont le conjoint sacrifie sa carrière pour s'occuper des enfants, alors que le contraire est la norme. On nous dit que c'est un choix et que les femmes accordent une plus grande importance à prendre soin de leurs enfants. Mais ce fait n'est pas un absolu. Il est avant tout culturel. 

Depuis mon implication en politique active, les deux premières questions qu'on me pose sont généralement : « Êtes-vous mariée/en couple ? » et « Comment faites-vous avec les enfants ? » Jamais je n'ai vu un collègue masculin se faire poser ces questions. La pression, le poids du jugement et des perceptions sont des obstacles bien réels. Même si on choisit la politique, le regard de ceux et celles qui considèrent « anormal » qu'une femme fasse ce choix est pour nous une expérience quotidienne.

Une autre contrainte majeure au choix est notre culture politique intimidante, forgée progressivement par les milliers de députés et autres élus qui ont dirigé le pays et nos communautés depuis 150 ans. Tout se passe comme si la Politique avec un grand P, l'exercice du pouvoir sur nos sociétés, devrait obligatoirement se faire dans un cadre de conflit, d'orgueil, de dureté, de langue de bois. C'est une réalité que nous vivons quotidiennement, tant à la Chambre des communes que dans nos comtés.

Selon cette culture politique, les candidates et candidats sont tous mesurés et jugés selon les mêmes standards, les mêmes qualités et attitudes. Ainsi, on évalue systématiquement nos capacités à répondre à toutes les questions sur tous les sujets possibles et imaginables, à toujours avoir le dernier mot (quitte à interrompre un adversaire), à ne jamais donner raison à l'autre et à refuser tout compromis de peur que cela soit perçu comme de la faiblesse.

Notre image du politicien type constitue en soi un obstacle à la participation des femmes en politique, comme d'ailleurs pour la participation accrue au sein de groupes qui ne se reconnaissent plus dans cette façon de diriger, comme les jeunes par exemple. Nous devons être conscients que cet obstacle contribue à restreindre nos choix individuels. 

Collectivement, nous devons revoir notre image du politicien type et nous donner une représentation diversifiée qui vise le compromis plutôt que le conflit. Nous devons trouver des solutions pour permettre aux femmes un choix libre de contraintes inéquitables.

J'ai fait le choix de me lancer en politique et je ne vous cacherai pas que cela n'a pas été évident. Les contraintes à gérer peuvent en décourager plus d'une et il nous appartient, en tant que société, d'admettre l'existence de ces obstacles à abattre, de revoir nos attentes et de viser une représentation compétente et diversifiée.

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