La fraternité des cinéastes

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Le réalisateur Philippe Belley... (Archives Le Quotidien)

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Le réalisateur Philippe Belley

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La tribune
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TRIBUNE - L'INDUSTRIE CINÉMATOGRAPHIQUE RÉGIONALE / L'industrie cinématographique est de plus en plus vigoureuse au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où évolue une brochette de cinéastes talentueux qui réussissent à faire leur marque au-delà des frontières régionales et même à l'échelle internationale. Le réalisateur Philippe Belley et la directrice générale du festival Regard, Marie-Élaine Riou, s'expriment sur ce créneau artistique qui fait rayonner, plus que jamais, toute la région.

Le réalisateur Philippe Belley

Quand le téléphone a sonné pour me demander d'écrire quelques centaines de mots sur le sujet, j'étais justement en train de faire du montage. À découper des bouts d'une histoire personnelle, pour ensuite la mélanger à d'autres images, pour éventuellement me raconter, et sans doute, un peu nous raconter.

Je pense que c'est ce que l'on est en train de faire, nous les réalisateurs de la région: raconter notre réalité. Au-delà des outils, des structures, des subventions, des difficultés, des bons coups ou des échecs, on est en train de raconter nos histoires, notre histoire. C'est ça pour moi qui est important quand on parle de l'industrie (re) naissante du cinéma dans le Royaume.

En ce qui me concerne, je travaille souvent avec le passé. Quand je tombe sur des archives, je comprends mieux que dans les livres d'histoire, la réalité d'autrefois. Je vois les sourires, les visages tendus ou amusés, les voitures deux fois plus grosses, la nature intemporelle, les bâtiments qui changent tant, les paysages familiers, la petite vie et la grande. À tout coup, ça me transporte.

Les archives de demain

C'est ce que l'on est en train d'écrire avec nos caméras: les archives de demain. Nicolas et ses amoureux du Nord; Jean-Marc et Philippe-David avec leur ouvrier de scierie lutteur à ses heures; Stéphanie et son histoire de chasse père-fille; Yohann qui s'amuse avec les accrocs du jogging; Alexandre qui va voir les lock-outés; Mathieu et ses histoires impossibles...

Quand un collègue est honoré pour son travail, on s'en réjouit; on clique j'aime, sincèrement. Quand il rayonne au-delà de nos frontières, c'est encourageant pour tout le monde. On constate que nos histoires sont aussi intéressantes que celles de New York que l'on voit tout le temps au grand écran.

Les quelques fois où j'ai présenté mes courts métrages ailleurs, j'ai constaté à quel point notre monde fascine. J'ai aussi réalisé que nos histoires sont encore très peu racontées, et ce, même chez nous. Notre univers est aussi unique que celui d'ailleurs qui remplit nos télés. Ça prend du monde pour le dévoiler et c'est ce que l'on fait.

Aussi, ce qui est super avec ce groupe de réalisateurs (et techniciens), c'est qu'on est surtout des amis, on s'aide. Quand j'ai tourné l'an dernier avec ma gang la démo de Pimp ma cabane, Stéphanie m'a prêté sa perche pour la prise de son. Je vais finir par m'en acheter une, mais entretemps, j'ai des amis. Pas des concurrents, des amis. Des gens qui partagent avec moi leur temps, leurs avoirs, leur savoir, leurs contacts et leur sensibilité.

Entre deux projets de films, on fait tous, pour la plupart, des contrats avec des clients privés. On serait donc logiquement en concurrence, à essayer de tirer la couverte de notre bord. Pourtant, l'exemple que je donne ici, c'est quelque chose de courant. L'autre jour, François m'a prêté des articles pour améliorer l'éclairage de mes publicités. Même si je faisais de l'argent avec ce contrat, ça ne m'a rien coûté. Et les pubs sont vraiment belles. On peut appeler ça de la solidarité.

Je pense que c'est grâce à cela que l'industrie du cinéma va grandir chez nous, en s'appuyant sur cette base solide d'entraide. L'UQAC et le festival Regard ont formé et stimulé des créateurs, on leur doit beaucoup. Sans eux, je ne suis pas certain que vous seriez en train de lire ces réflexions en ce moment.

Mais, si le milieu du cinéma local ne se tient pas, comme il le fait, tous ces efforts vont générer beaucoup moins de fruits. En fin de compte, nos histoires ne seront pas racontées. Et il ne restera que des mots pour comprendre notre monde actuel. Des mots, mais pas de regards, de sourires, de visages tendus ou amusés, de voitures deux fois plus grosses, de paysages familiers, de nature intemporelle, de petite ou de grande vie.

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