Le gros bon sens

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TRIBUNE / La saga du Cabaret JR:Charles Cantin est avocat criminaliste et... (Archives La Presse, Olivier Pontbriand)

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Archives La Presse, Olivier Pontbriand

Le Quotidien

TRIBUNE / La saga du Cabaret JR:Charles Cantin est avocat criminaliste et Myriam Bouchard est sexologue et chroniqueuse.

(CHARLES CANTIN) - Sexe, seins et médias sociaux. Maintenant que j'ai votre attention, j'anticipe la lecture de ce texte jusqu'à la fin. Parce qu'on traitera de striptease, de chair et de médias. Plus précisément, il sera question du Cabaret JR et de l'influence de Facebook.

Depuis toujours, les seins et le ventre figurent dans l'imaginaire du mâle alpha, faisant de la femme un objet de contemplation. À l'époque, cette démonstration corporelle se voulait un rituel à la fertilité et, d'une certaine manière, à la religion. Tellement qu'au temps des pharaons, on les appelait les prêtresses sacrées. Déjà à l'époque, le peuple se nourrissait des nouvelles émanant des spectacles de ces divinités captives, où l'homme dominait entièrement l'auditoire.

Trois millénaires plus tard, cette activité s'est transportée en Amérique et devint ce que l'on connaît comme étant les clubs de danseuses. Encore là, depuis des siècles, c'est essentiellement l'homme qui contemplait le corps de ces divinités.

Terre de paradoxe

Cette semaine, Jonquière a rompu avec l'histoire en faisant l'objet d'une nouvelle selon laquelle les femmes fréquenteraient massivement le Cabaret JR, un club de danseuses. La vraie nouvelle, c'est qu'elles y auraient foutu le bordel (il ne s'agit là que d'un jeu de mots). À telle enseigne que le propriétaire a systématiquement interdit l'accès aux femmes suite à un blocus de ses propres danseuses. Il n'en fallait pas plus pour créer un véritable tollé. Comment comprendre qu'il faille interdire les femmes dans un lieu historiquement réservé aux hommes?

C'est qu'il y a eu une évolution depuis l'époque des tavernes (avant 1986), où la femme était interdite de séjour afin que l'homo erectus (l'homme des cavernes) puisse picoler en potinant à sa guise. En fait et en réalité juridique, on doit bien comprendre que la Charte québécoise des droits de la personne ne permet plus de discrimination à l'égard des droits concernant la libre circulation dans les lieux publics (article 15).

Le Cabaret JR a été victime de «son succès». Sa nouvelle situation géographique et les bars de moins en moins populaires ont eu un effet contributoire de cet achalandage accru de la gent féminine.

Au surplus, la réaction des madames dans un club de danseurs-danseuses atteindrait, selon certains témoignages, un niveau inédit. Les comportements seraient déplacés. Cela est peut-être dû au phénomène de la nouveauté. Après trois millénaires d'abstinence, un peu d'excès est tout à fait pardonnable.

Selon différents témoignages, les comportements de cette nouvelle cohorte étaient à ce point déplacés qu'il fallut une réunion extraordinaire pour les artistes du JR afin de remédier à cette ambiance décoiffante.

Le propriétaire, M. Gilbert, a bâti, avec la force des années, une entreprise crédible qui risquait la fermeture avec cette tempête d'Yvette impromptue. Et l'on sait maintenant par expérience que l'économie et sa volatilité permettent très peu de faux pas.

C'est ce qu'il faut comprendre de cette décision ultra rapide et catégorique de M. Gilbert. Décision extrême, réaction extrême. Le geste délibéré du tenancier a créé un débat tellement nourri que la scène virtuelle sociétale s'est emparée du sujet à en déjanter les rouages de l'information.

C'est là la clé et le côté salvateur des médias sociaux. Que celui qui s'en inspire y trouve des pistes de solution.

Mais la vraie solution est celle qui émane de celles des autres. Aucune idée s'il s'en est servi, mais la position révisée du propriétaire du JR est basée sur les règlements actuels du Bar 281 à Montréal. De tout cela, M. Gilbert a regardé les idées et les propositions, puis en homme d'affaires averti, il s'est laissé séduire en changeant de décision pour à nouveau permettre aux femmes de venir à son commerce, mais à certaines conditions. Comme le 281, pas de photo, pas de vidéo, pas de virtuel; pas de conjointe non accompagnée, pas de femmes (ni d'hommes d'ailleurs) en boisson excessive, etc.

Le striptease intellectuel de M. Gilbert, audacieux et extraverti, l'aura amené à changer son costume de la discrimination pour celui de la conciliation et du gros bon sens. Et cette prise de conscience du collectif, pour ainsi dire, lui va comme un gant. Un gant de velours...

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