Survivre à tout prix?

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TRIBUNE / Novembre est le mois du cancer de la prostate et, incidemment, de la... (123RF.com)

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Normand Boivin
Le Quotidien

TRIBUNE / Novembre est le mois du cancer de la prostate et, incidemment, de la campagne internationale Movember. Le chef de nouvelles des journaux Le Quotidien et Le Progrès-Dimanche, Normand Boivin, de même que la sexologue et chroniqueuse Myriam Bouchard s'expriment sur le sujet.

(Normand Boivin) - Cancer.

Quand on entend ce mot, on pense toute de suite à la mort. De moins en moins il est vrai, mais c'est un peu comme se retrouver dans la première péniche de débarquement à Utah Beach le 6 juin 1944. Tu peux survivre, mais on ne donne pas cher de ta peau. Tu souhaites t'en tirer sans trop de séquelles. Tu veux survivre, peu importe le prix. Peu importe le prix? Oui. Vivre n'a pas de prix. Mais parfois, on a des lendemains qui déchantent.En ce sens, le cancer de la prostate est un cancer vicieux (sans mauvais jeu de mots).

Pris à temps, c'est l'un des plus faciles à guérir. On vous enlève la petite glande et s'il n'a pas eu le temps de se répandre dans les os ou les poumons, c'est fini, on n'en parle plus. Pas de chimio, pas de radio.

Sauf que...

Le cancer de la prostate ne vous laissera qu'une petite cicatrice, en dessous du nombril. Mais ça vous ravage en dedans. Si les femmes se sentent attaquées dans leur féminité par la mastectomie, laissez-moi vous parler de la masculinité et du cancer de la prostate. Et là, de grâce, ce n'est pas un concours de qui souffre le plus.

Pour bien comprendre, il faut savoir que la prostate est une petite glande grosse comme une noix collée en dessous de la vessie dont la fonction est de produire le sperme qui se mélange aux spermatozoïdes au moment de l'éjaculation. Le problème, c'est qu'au moment de l'ablation, le médecin doit couper l'urètre qu'il raccorde ensuite à la vessie et parfois les nerfs érectiles qui longent la prostate. Dans le meilleur des cas, le chirurgien réussira à préserver les nerfs, mais ils seront inévitablement endommagés lors des manipulations. C'est assuré que le patient ne sera plus capable d'avoir d'érection en sortant de la chirurgie. Mais 25% d'entre eux la retrouveront au bout de plusieurs mois. Ce fut mon cas. Un an et 19 jours, bien comptés. Ça prend une conjointe patiente, et un bon travail mental.

L'autre conséquence est que la prostate joue un rôle dans le contrôle de la miction. Sans prostate, l'homme perd l'un de ses deux robinets. Il ne lui reste que le muscle pelvien pour éviter l'incontinence et ça demande quelques semaines pour que ça fonctionne automatiquement, sans avoir besoin d'y penser. Les moins chanceux ne parviennent pas à le contrôler et doivent utiliser des couches ou des protège-dessous pour le reste de leur vie.

En arrivant à la maison avec ma couche, je me suis assis dans le salon et je me suis mis à avoir peur. J'étais comme dans un rêve. Vous savez ces rêves où on ne sait plus vraiment qui on est et où on est? J'étais comme ça. Je ne voulais pas être cet homme-là. Je ne retrouverais plus jamais une vie normale. À 53 ans, le fun était fini. J'avais fait la gaffe de ma vie en acceptant l'opération. J'aurais dû prendre le risque de mourir dans 20, 30 ou 40 ans et garder ma qualité de vie. Je m'en voulais, j'avais tout gâché.

Ça m'a pris quatre ans. Quatre années pour retrouver mon insouciance, ma joie de vivre d'avant.

Aujourd'hui, je ne sépare plus ma vie en deux comme je l'ai fait à compter du 15 octobre 2012: ma vie d'avant l'opération et celle d'après. Je suis redevenu l'homme que j'étais. Ça s'est fait tranquillement, à mesure que les progrès arrivaient.

Aujourd'hui, je ne peux plus vraiment comparer mon état actuel avec ce que j'étais avant l'opération. J'ai appris à vivre avec ce que je suis devenu et ça se passe très bien.

Et même si la médecine remet en question la pertinence de ces opérations, car on estime que trop peu d'hommes meurent du cancer de la prostate pour faire ces mutilations, aujourd'hui, je ne regrette pas. Je ne dis pas qu'avec ces nouvelles informations je prendrais la même décision, mais ce qui est fait est fait. Comme je l'espérais, c'est maintenant derrière moi. J'ai une vie normale, j'ai recommencé à voyager, à m'entraîner, je fais des projets, je suis heureux dans mon corps et je me dis que contrairement à d'autres... le cancer de la prostate ou les prostatites ne viendront pas hanter mes vieux jours.

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