Mourir par conviction religieuse

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Éloïse Dupuis, une jeune mère de 27 ans... (tirée de Facebook)

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Éloïse Dupuis, une jeune mère de 27 ans qui venait de donner naissance à un bébé par césarienne, est décédée au bout de son sang après avoir refusé une transfusion sanguine pour des motifs religieux.

tirée de Facebook

Le Quotidien

TRIBUNE / Éloïse Dupuis est décédée le 12 octobre dernier, à Lévis, alors qu'elle accouchait. Pour des raisons religieuses, elle a refusé une transfusion sanguine qui aurait pu lui sauver la vie. Le drame a suscité un vaste débat au Québec. L'avocat et docteur en philosophie Michel T. Giroux ainsi que le criminaliste Sylvain Morissette expriment leur point de vue sur le sujet.

(Michel T. Giroux) - Les médias rapportent parfois la décision de patients qui refusent d'entreprendre ou de maintenir un traitement médical. Par exemple, face à un traitement aux lourds effets secondaires, la personne peut privilégier une certaine qualité de vie, plutôt que viser le maintien en vie. Parfois, nous apprenons qu'une personne a refusé certains soins pour des motifs religieux. C'est le cas des Témoins de Jéhovah à l'égard des transfusions sanguines.

Les professionnels de la santé ont une obligation de dispenser les soins requis aux personnes qui en ont besoin. L'article 2 de la Charte des droits et libertés de la personne énonce le droit au secours et constitue une obligation de secourir une personne dont la vie est en péril: «Tout être humain dont la vie est en péril a droit au secours. Toute personne doit porter secours à celui dont la vie est en péril, personnellement ou en obtenant du secours, en lui apportant l'aide physique nécessaire et immédiate, à moins d'un risque pour elle ou pour les tiers ou d'un autre motif raisonnable». L'expression «toute personne» s'applique évidemment aux professionnels de la santé. La Loi sur les services de santé et les services sociaux et les codes de déontologie des professionnels de la santé contiennent des dispositions similaires. La volonté des professionnels de la santé de procéder aux interventions requises répond à leur obligation de protéger la vie, la santé et le bien-être de leurs patients.

Autodétermination: consentement et refus

En matière de soins de santé, notre droit requiert que la personne concernée exprime d'abord un consentement libre et éclairé à l'intervention envisagée. Ce principe général est énoncé explicitement dans le Code civil du Québec et dans de nombreuses autres lois. La nécessité d'obtenir le consentement libre et éclairé a pour corollaire que le patient apte peut refuser à sa guise toutes les interventions qui lui sont proposées, même si son refus aura pour conséquence de nuire à sa guérison ou de ne pas empêcher son décès. Le refus du patient peut être fondé sur diverses motivations: morales, psychologiques, physiques, religieuses. Ce qui importe aux yeux de la loi, c'est l'aptitude de la personne à décider, non les motifs ou les conséquences de sa décision.

Suprématie de la volonté du patient

Dans un contexte qui oppose la volonté de soigner au refus des soins du patient apte, qu'est-ce qui prévaut: sauver une vie ou respecter la volonté exprimée? La présomption en faveur de la vie apparaît comme une nécessité sociale et juridique, notamment parce qu'elle permet de sauver la vie des personnes se trouvant dans l'impossibilité de s'exprimer. L'État a intérêt à ce que la vie humaine soit protégée. Par contre, la présomption en faveur de la vie n'a pas pour effet d'imposer des interventions médicales au patient apte qui les refuse. La règle de droit en vigueur est claire: la prépondérance va à l'autodétermination de la personne concernée, y compris lorsque son refus s'inspire d'une croyance religieuse.

Le praticien qui sait pouvoir sauver une vie, mais qui en est empêché par une croyance religieuse à laquelle il n'adhère pas doit être profondément frustré. Le bien, tel que le conçoit alors le praticien dans sa bienfaisance, est un bien médical, tandis que le patient recherche, s'il est intimement convaincu de sa croyance, son bien religieux ou éternel. Il est libre à chacun d'estimer que, du point de vue éthique, la lecture biblique qui conduit à l'interdiction de la transfusion sanguine est une idée raisonnable ou une absurdité. Par contre, une initiative juridique qui chercherait à invalider les décisions de santé basées sur des croyances religieuses priverait plusieurs personnes de l'exercice de droits fondamentaux.

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