Des lendemains difficiles

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France Devin

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La tribune
Le Quotidien

TRIBUNE / La course à la chefferie du Parti québécois tire à sa fin. Quel sera le portrait de la formation politique une fois la poussière retombée ? Le professeur Sébastien Lévesque, spécialisé en éthique et en philosophie, au Cégep de Jonquière, et l'enseignante en sciences politiques au Cégep de Chicoutimi, France Devin, se penchent sur la question.

La course à la chefferie du Parti québécois tire à sa fin et, honnêtement, on ne peut pas dire qu'elle fut très palpitante. Si je mets mes lunettes de politologue, je suis forcée de constater que cette course ne fut pas une occasion de grands débats, mais plutôt une affaire de règlements de comptes. Je m'explique...

Au début, cinq candidats se sont lancés dans l'aventure. Dès les premiers instants, l'entourage du parti donnait Alexandre Cloutier vainqueur, mais il n'a pas fallu longtemps pour voir les couteaux voler alors que chacun des candidats cherchait à se faire du capital politique, à attirer les militants, à gagner des votes. À défaut d'avoir des arguments nouveaux ou différents pour rallier, unir, séduire, on en vient aux coups.

Selon mon analyse, les lendemains de la course seront très difficiles. Après la défaite de 2014 et la démission de la chef du PQ, madame Marois, on a assisté au quasi-couronnement de Pierre Karl Péladeau après une course dont l'issue ne faisait de doute pour personne, sans que le parti ne prenne le temps de se remettre en question, d'analyser réellement ce qui venait de se passer. Mais le parti en est sorti encore plus divisé. Il faut dire qu'avec le temps, deux «factions» sont apparues au sein du parti: les tenants de la souveraineté à tout prix et dans le plus court délai possible d'un côté, et les plus modérés qui ne veulent rien précipiter de l'autre. Et ces deux factions semblent avoir beaucoup de difficultés à cohabiter, ainsi qu'on a pu l'observer lors de la présente course comme de la précédente.

Course à deux

À l'heure actuelle, la course se joue essentiellement à deux, surtout depuis le désistement de madame Hivon, soit entre Jean-François Lisée et Alexandre Cloutier. Martine Ouellet fait bien tout ce qu'elle peut pour attirer l'attention sur ses idées, son projet d'échéance référendaire et sa vision d'un avenir sous un gouvernement dirigé par le Parti québécois, mais ses idées ont de la difficulté à faire consensus. À preuve, elle se retrouve troisième dans les sondages. Pendant ce temps, messieurs Lisée et Cloutier se livrent à un véritable «combat de coqs», alors que les sondages les placent au coude à coude en tête de la course.

Colonnes ébranlées

En observant les événements de la dernière semaine, notamment les reproches de madame Ouellet à l'endroit du chef intérimaire Sylvain Gaudreault et de l'establishment du parti, les accusations lancées à monsieur Cloutier par cette même madame Ouellet, les déclarations de monsieur Lisée au sujet d'Adil Charkaoui et les excuses à moitié senties qui s'en sont suivies, rien ne me permet de penser que le parti sera plus fort au lendemain du vote. Bien au contraire, il aura de nouvelles blessures à panser, qui s'ajouteront à celles déjà présentes au début de la course. Il y a lieu de se demander si les militants apprécient ce type de «débat», voire d'empoignade. Il est d'autant plus troublant de constater qu'à l'heure actuelle, le Parti québécois n'arriverait pas à déloger le Parti libéral, et ce, malgré tous les problèmes d'éthique et de transparence qui frappent à répétition le gouvernement de Philippe Couillard, puisque ce dernier reste premier dans les sondages. Le Parti québécois devra davantage écouter ses militants tout comme la population en général s'il veut défaire les libéraux lors des prochaines élections.

Le futur chef (puisque tout laisse croire que ce sera un chef) du Parti québécois aura beaucoup de travail à faire en coulisses pour recoller les morceaux qui se sont cassés lors des deux dernières courses à la chefferie. Celui-ci devra en effet travailler très dur pour construire une relation cordiale, voire consensuelle avec ses adversaires d'aujourd'hui. Il devra également rapprocher le parti et son discours de sa base, de ses militants et, s'il veut un jour réaliser le «beau projet de la souveraineté», il devra trouver le moyen de rallier les forces souverainistes qui semblent plus divisées que jamais. À défaut, il risque de rester encore longtemps sur les bancs de l'opposition...

Pour terminer, sachez que cette analyse repose sur ce que j'ai vu de la course, des déclarations des candidats et des sondages. Mais ce n'est pas moi qui choisirai le prochain chef du parti, ce sont les militants. Et c'est à eux qu'il reviendra d'imposer leur volonté au sein du parti, de faire comprendre à son establishment qu'ils en sont le coeur et l'âme, et que sans eux, le parti ne saurait exister.

France Devin

Enseignante en sciences politiques au Cégep de Chicoutimi

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