Un parti en quête d'identité

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Sébastien Lévesque... (Archives Le Quotidien)

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Sébastien Lévesque

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La tribune
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TRIBUNE / La course à la chefferie du Parti québécois tire à sa fin. Quel sera le portrait de la formation politique une fois la poussière retombée ? Le professeur Sébastien Lévesque, spécialisé en éthique et en philosophie, au Cégep de Jonquière, et l'enseignante en sciences politiques au Cégep de Chicoutimi, France Devin, se penchent sur la question.

C'est dans une semaine que nous connaîtrons l'identité du nouveau chef du Parti québécois. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette course (une deuxième en moins de deux ans!) a été particulièrement éprouvante et marquée par de nombreux déchirements, au point où il est difficile d'imaginer que ces derniers ne laisseront pas de traces. Il faut dire que depuis un bon bout de temps déjà, le Parti québécois semble se chercher, de sorte qu'il n'apparaît pas exagéré de parler de «crise existentielle». Plus que jamais, avec cette course à la chefferie, nous constatons donc que le PQ est un parti en quête de son identité et les choix devant lesquels sont placés les membres sont, à cet égard, pour le moins cruciaux.

Le moment Péladeau

Un mot d'abord sur le bref passage de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois. Ce dernier avait été élu en se présentant comme le candidat de la «clarté», c'est-à-dire celui qui mettrait fin à l'ambiguïté référendaire en réaffirmant haut et fort les convictions indépendantistes de son parti. C'était un pari audacieux, certes, mais considérant le fait que le Parti libéral avait gagné l'élection précédente en jouant sur la «peur référendaire», il apparaissait tout naturel que le Parti québécois cherche à se réapproprier son identité profonde (l'indépendance du Québec demeurant sa raison d'être, après tout) plutôt que laisser ses adversaires jouer sur son propre terrain et contrôler son agenda. À ce propos, je note donc qu'il est passablement étonnant que Martine Ouellet, pourtant la seule candidate à endosser un discours similaire, ne semble pas en voie d'obtenir la faveur des membres de son parti.

C'est au contraire Alexandre Cloutier, candidat qui incarne la jeunesse et «l'ouverture sur le monde», qui semble le favori dans cette course. Un choix pour le moins étonnant, considérant le fossé important qui sépare ses prises de position de celles du plus récent chef. Ce dernier, faut-il le rappeler, était secondé par Bernard Drainville, le père de la Charte des valeurs québécoises. La question de l'identité, justement, est sans l'ombre d'un doute le point sur lequel le PQ est en train de jouer son avenir. Et à ce propos, il est intéressant de noter l'apport de Jean-François Lisée, lequel a pris sur lui de se présenter comme le successeur de Drainville en défendant une approche plus «stricte» en matière de laïcité et d'immigration. Quant à lui, le candidat Cloutier assume une position plus «ouverte», c'est-à-dire qu'il n'a pas l'intention de remettre en question le modèle québécois de gestion de la diversité ethnoculturelle et religieuse. À n'en point douter, ce clivage exprime à lui seul le profond malaise qui règne au sein de ce parti, mais aussi dans la société québécoise.

L'ombre et la lumière

À ce point-ci, une autre question se pose et s'impose: le Parti québécois joue-t-il son avenir avec cette élection? Le nouveau chef sera-t-il celui du renouveau ou en sera-t-il au contraire le fossoyeur? C'est là une question qui, selon moi, ne concerne pas seulement les membres du parti. Le PQ étant la formation politique qui, depuis près d'un demi-siècle, a porté l'idée d'indépendance au Québec, sa mise au rancart serait certainement lourde de conséquences et de signification. Les Québécois ont-ils définitivement tourné le dos à la question nationale? Les questions liées à la langue et à l'identité doivent-elles être reléguées aux oubliettes? L'erreur des membres du Parti québécois serait certainement de prendre ces enjeux trop à la légère, ou encore de croire qu'ils ne sont pas liés les uns aux autres.

Sébastien Lévesque 

Professeur spécialisé en éthique et en philosophie au Cégep de Jonquière

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