Monstre judiciaire

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Charles Cantin... (Archives Le Quotidien)

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Charles Cantin

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Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Le coroner Michel Ferland propose que l'utilisation du cellulaire au volant soit reconnue tel un acte criminel. Doit-on aller de l'avant avec cette recommandation ? L'animateur de Radio X Martin-Thomas Côté et l'avocat Charles Cantin s'expriment sur le sujet.

Il y a une époque pas si lointaine où je quittais pour travailler avec un rouleau de 25 cents dans la console de mon véhicule. Factuellement, mon téléavertisseur m'indiquait qu'il était temps d'arrêter à une cabine téléphonique parce qu'il y avait urgence. Et urgence voulait dire nécessité, donc les vraies affaires. C'était l'époque où l'on «cruisait» en direct et qu'un slow collé nous ramenait notre fierté en tant que séducteur. L'époque des Ramones et des GoGos, où le pont d'aluminium fut le pont des Soupirs pour les âmes en quête de compagnie.

Actuellement, nos cellulaires prennent toute la place sur le plancher de nos vies sociales dans un rythme saccadé de dé-communication. On assiste actuellement à une gestion chaotique des rapports sociaux. Nous en sommes à un climat de dépendance affective à la téléphonie cellulaire.

Ce qui est vrai pour les rapports sociaux l'est tout autant pour le temps passé dans son véhicule. Le téléphone, l'appareil intelligent, nous permet d'exister virtuellement à tout instant dans le confort de nos véhicules. Le rapport affectif est à ce point puissant qu'une séparation entre l'humain et son portable est devenue un signe de détresse psychologique. On appelle ça la nomophobie (No Mobile Phone Phobia). Le diagnostic est le suivant: attaque de panique, respiration plus courte, nausée, tremblements et rythme cardiaque accéléré. Alors, imaginez ce que tout cela peut représenter sur le comportement routier.

L'épidémie cellulaire a créé de nouvelles habitudes sur la route.

Qui n'a jamais répondu ou composé avec son téléphone à la main alors qu'il conduit? Cette nouvelle donne ajoute aux risques routiers, telle la cigarette, le fait de se nourrir ou de sélectionner sa propre musique.

Même le Code de sécurité routière a été modifié. Les pénalités et les conséquences de conduire et d'utiliser le cellulaire sont exponentielles à son utilisation. De 2008 à 2014, on est passé de 11 485 infractions à 66 660. Mais, il y a plus que cela. Selon les données de la SAAQ, texter en conduisant augmente le risque d'accident parce que le conducteur quitte la route des yeux 4 à 6 secondes. À une vitesse de 90 km/h, c'est comme traverser un terrain de football les yeux fermés.

Tout récemment, un coroner a soulevé l'idée de criminaliser l'utilisation du portable au volant. Le principe est légitime, mais l'application risque de créer un monstre judiciaire. Un pan de mur de notre société serait tapissé de condamnations, entravant l'évolution d'un pourcentage de citoyens qui seront affublés d'un casier judiciaire. Au surplus, vous engorgerez davantage nos tribunaux déjà très occupés.

Personnellement, je pense que texter est plus grave que de parler simplement avec le combiné. Dans ce cas, les pénalités devraient être plus importantes. Ce qui sera criminalisé, et c'est déjà prévu au Code criminel, ce seront les comportements routiers-cellulaires amenant la négligence criminelle causant des dommages matériels et corporels.

Peu importe le but recherché par le législateur, il faut apprendre à vivre et à se conduire avec ce type d'appareil de télécommunication.

La surutilisation du portable devrait nous allumer sur ses risques potentiels de collisions. Le bannissement complet de l'utilisation pourrait être la solution la plus efficace, y compris le main libre.

Comme dans le bon vieux temps, arrêtez-vous pour parler, et cessez de faire deux choses en même temps. Fini les distractions cognitives et l'augmentation des risques sur la route.

Ce serait peut être un retour en arrière pour les constructeurs de véhicules automobiles qui prévoient toutes sortes de façon, de manières d'avoir accès à l'information, mais même encore là, on fait fasse route.

Il est prouvé scientifiquement que le meilleur moyen d'éviter des accidents sur nos routes sera d'avoir le moins de distractions possible. Donc, criminalisez le fumeur, le «mangeux» de sandwich, l'utilisateur du lecteur CD, et celui qui se brosse les cheveux.

Tout est une question de gros bon sens: soyons donc plus intelligents que notre téléphone. Ce sera un transfert d'énergie qui nous permettra de mieux vivre, et d'atténuer cette dépendance insipide à nos portables sans vie.

Charles Cantin

Avocat

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