Contre la vertu ? Peut-être. 

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DÉBAT / Les Jeannoises et les Saguenéennes allaitent moins que les autres... (Photo 123rf)

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Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Les Jeannoises et les Saguenéennes allaitent moins que les autres Québécoises, selon les données des CLSC. La cofondatrice du site Mauvaise herbe, Marielle Couture, et notre chroniqueuse Isabel Brochu analysent cette situation et s'expriment sur l'allaitement.

Peut-on être contre l'allaitement? Évidemment. Soyons clairs, ce n'est pas mon cas. Je me prête à cette réflexion par conviction de l'importance des débats, tout en sachant la question délicate.

Il y a un monde théorique et pratique entre l'image idyllique de l'allaitement comme lien privilégié qui unit la mère et l'enfant et celle du symbole de l'asservissement de la femme. Il ne semble pas exister un mouvement ou un groupe qui s'oppose systématiquement à l'allaitement.

Toutefois, certaines analyses le présentent comme un symbole d'oppression de la femme (on parle parfois d'esclavage, eh oui!). Oublions les gros mots.

Je suis craintive à la suite de l'expérience de vindicte populaire subie par la chroniqueuse féministe Judith Lussier qui a osé aborder ce point de vue avec l'objectif louable du partage de connaissances. Sachez seulement que la notion d'asservissement existe dans le riche univers des analyses féministes qui abordent la maternité (dont l'allaitement). N'empêche que cette pratique est encore pour certaines femmes une forme de dépendance face à l'enfant et la famille. Ce qui est légitime.

Il y a par ailleurs d'autres bonnes raisons de refuser l'allaitement ou de l'arrêter (en tout temps). Être fatiguée, vouloir plus de liberté après l'accouchement, donner plus de place au conjoint ou à la conjointe, avoir une raison médicale ou, tout simplement, ne pas avoir le goût. La femme ne doit pas justifier outre mesure sa décision ni subir une pression sociale indue si elle opte pour le lait maternisé.

Marielle Couture aborde avec raison les campagnes publiques (souvent étatiques) qui incitent les individus à adopter le meilleur comportement ou le plus vertueux (nudges ou coup de pouce). Ne pas fumer, adopter de saines habitudes de vie, faire du sport, signer votre carte de don d'organes, etc. Aucun règlement ne vous obligera, mais on vous indique ce qui est bien (ou mal). «On ne peut pas être contre la vertu» est la force de ces stratégies. Voilà une bonne raison de demeurer vigilant sur le processus qui incite l'individu à adopter un comportement (architecture de choix).

Exemples hypothétiques aux fins de compréhension. On vous dirait que le lait maternel est comme un légume et le lait maternisé du «fast food». On vous parlerait de la corrélation positive entre les enfants allaités et leur QI et du lien unique inaccessible sans l'allaitement. Surtout, on ne présenterait que ça. Le lait maternisé serait alors un choix par défaut sinon l'option du pire.

S'il y avait convergence du message du milieu médical, des programmes et comités de support aux femmes, le libre choix deviendrait un leurre. Une décision libre et éclairée exige de connaître toutes les options avec les avantages et désavantages tout en considérant les inégalités matérielles et sociales.

Certains croient que les féministes sont contre l'allaitement. C'est faux. Le mouvement féministe a plusieurs courants qui se déclinent dans diverses questions sociales. Un bref plongeon historique montre à quel point la maternité (grossesse, accouchement et allaitement) est un sujet de divergences, en tout temps. Imaginez quand le lait maternisé n'existait pas? Que la survie du bébé dépendait du lait de la mère? Le lien de dépendance à l'époque où les femmes souhaitaient accéder au marché du travail? N'oublions pas que l'allaitement n'a pas le même impact dans des pays en voie de développement où la survie de l'enfant est en cause.

Les féministes qui prônent le libre choix ont de bonnes raisons de rester vigilantes face aux campagnes susceptibles de culpabiliser les femmes. S'il y a une récurrence historique, c'est la tendance à contrôler le corps des femmes ou de leur dicter ce qui est bien ou mal.

Je ne suis pas contre l'allaitement. Mais la meilleure des intentions, sans l'assurance d'un consentement libre et éclairé, doit toujours nous inquiéter. Les débats demeurent un excellent rempart.

Isabel Brochu, chroniqueuse au journal Le Quotidien.

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