Légalisation de la marijuana: la drogue, c'est pas si mal

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Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Le Canada s'apprête à suivre l'exemple des États américains du Washington, de l'Oregon, de l'Alaska et du Colorado en retirant la consommation de la marijuana du Code criminel. Le professeur Sébastien Lévesque, spécialisé en éthique et philosophie, se penche sur cette décision politique, qui devrait entrer en vigueur au printemps prochain.

Chose promise, chose due, c'est au printemps 2017 que le gouvernement libéral de Justin Trudeau compte légiférer afin de légaliser le cannabis au Canada. Pour le moment, impossible de connaître les détails du projet de loi à venir, si ce n'est que nous savons que les libéraux prévoient retirer la consommation et la possession de cannabis du Code criminel canadien en plus d'assujettir sa vente et sa distribution aux taxes d'accise provinciales et fédérales. Pour ce qui est de savoir qui aura la responsabilité de produire, distribuer et vendre le cannabis et ses sous-produits, cela demeure incertain.

Quoi qu'il en soit, le débat fait rage et il n'est pas nouveau. Sans surprise, les conservateurs se sont rapidement opposés à toute forme de législation visant à assouplir l'approche canadienne en matière de politiques antidrogues. Les néo-démocrates, quant à eux, se sont montrés plus prudents. Ces derniers s'inquiètent surtout de l'empressement du gouvernement libéral à légaliser le cannabis, préférant plutôt que l'on procède d'abord à sa décriminalisation. Ces inquiétudes sont légitimes, car au-delà des enjeux strictement moraux, ce sont aussi et surtout des enjeux légaux et de santé publique qui sont en jeu.

Les Canadiens sont prêts?

Mais, si l'on en croit notre classe politique et les récents sondages sur le sujet, les Canadiens sont prêts à légaliser le cannabis, considérant le plus souvent qu'il s'agit d'un choix personnel. S'ajoutent à cela de nombreuses voix - dont plusieurs experts - dénonçant l'inefficacité des politiques antidrogues basées sur la prohibition et la répression. Ces politiques s'avéreraient non seulement coûteuses (des coûts essentiellement liés au système de justice), mais elles seraient par ailleurs néfastes à bien des niveaux, notamment parce qu'elles poussent les consommateurs à la clandestinité et à la criminalité. On peut en effet se demander s'il s'agit bien de la meilleure façon de responsabiliser les individus par rapport à leur propre consommation.

Hypocrisie

Pour ma part, je souhaiterais souligner à quel point nos politiques actuelles en matière de lutte contre la drogue sont hypocrites et dépassées. D'ailleurs, pourquoi lutter contre la drogue? Luttons-nous contre l'alcool? Non, nous luttons contre les comportements à risque et l'alcoolisme. Personnellement, je ne vois aucune raison pour qu'il n'en soit pas de même avec la drogue. Ce qu'il faut comprendre, ici, c'est qu'il est beaucoup plus difficile de combattre les toxicomanies dans un contexte de prohibition, ne serait-ce que parce que vous ne pouvez même pas envisager de faire la promotion ouverte et active de saines habitudes de consommation. C'est d'ailleurs là le comble de l'hypocrisie, quand on sait à quel point la consommation de drogues est répandue dans notre société, et ce malgré leur interdiction.

En somme, je ne vois pratiquement que des avantages à légaliser le cannabis (et éventuellement d'autres drogues). En plus d'être une potentielle source de revenus non négligeables pour l'État (n'ayons pas peur de le dire!), la légalisation du cannabis et de ses sous-produits permettrait un meilleur contrôle de la qualité ainsi que la possibilité d'offrir une gamme de produits mieux adaptés aux besoins des consommateurs.

Cette approche me semble donc non seulement plus en phase avec la réalité, mais aussi mieux à même d'encourager les individus à adopter de saines habitudes de consommation. Comme quoi la drogue, ce n'est peut-être pas si mal, finalement.

Sébastien Lévesque, professeur spécialisé en éthique et philosophie

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