Cette souffrance qui déborde

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Le psychologue Louis Legault... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Le psychologue Louis Legault

Archives Le Quotidien, Michel Tremblay

 

Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Les récents événements impliquant des hommes en détresse, perçus comme des faits divers de plus, cachent un malaise. L'avocat criminaliste, Charles Cantin, et le psychologue, Louis Legault, de leur point de vue de professionnel, réagissent aux nombreuses questions qu'ils suscitent. Certaines de leurs conclusions se recoupent comme la souffrance qui ne peut plus être contenue chez certains jeunes.

Les événements des dernières semaines nous ont permis de voir combien la détresse humaine peut prendre toutes sortes de formes, toutes sortes de visages. En marge de ces situations, un débat semble vouloir s'installer sur la quantité et la qualité des services que l'on met à la disposition des personnes présentant toutes sortes de difficultés. Loin de moi de vouloir engager un débat stérile pour déterminer qui a raison... mon objectif avec ce présent article est d'établir clairement mon point de vue sur la question en ne prétendant aucunement avoir la vérité sur l'ensemble du phénomène et je veux préciser également que mon opinion est personnelle et n'engage aucunement mon employeur.

Commençons par définir cette détresse. Nous constatons actuellement, et depuis plusieurs années, que la détresse humaine se manifeste de toutes sortes de manières. Pensons aux personnes sans-abri, aux visages de la santé mentale, aux difficultés relationnelles, familiales comme amoureuses en n'oubliant surtout pas la détresse économique qui provient des fermetures de toutes sortes et des emplois mal rémunérés, etc. Cette détresse s'installe souvent progressivement et gruge littéralement la vie de plusieurs personnes qui nous entourent. L'humain a la capacité de passer au travers des épreuves, mais cette capacité a ses limites. L'humain doit pouvoir trouver des solutions pour apaiser cette souffrance qu'il porte au fond de lui. Nous avons développé des moyens, des structures, des organismes, des services, des professions qui ont pour mandat de venir en aide. Avec un réseau de services de santé, de services sociaux, de services d'éducation et de garderies appuyées par une panoplie d'organismes issus de la société (organismes communautaires) nous avons créé un filet de sécurité. Un filet qui a pour objectif de récupérer, d'attraper au vol cette souffrance avant qu'elle ne se fracasse sur la dure réalité de la vie.

Mais ce filet ne peut être parfait. Aucune société ne peut se targuer d'avoir un filet sans failles. Mais par définition un filet comporte des mailles... des trous. Ainsi malgré tous les efforts déployés nous ne pouvons sauver toute la souffrance. De plus, et cet aspect est souvent négligé, l'offre de services n'explique pas tout. Il faut regarder du côté de la personne en détresse. En effet, je peux offrir une aide tangible, mais encore faut-il qu'elle soit acceptée. Je peux aider de toutes mes forces, mais encore faut-il que l'aidé y mette du sien. Je veux exprimer ici un visage de la détresse. Cette détresse lorsqu'elle est intense et que la personne est mal entourée ou pire abandonnée, lorsque les difficultés économiques s'en mêlent, lorsque l'on s'enferme dans une spirale de consommation qui vient embrouiller le jugement et la raison... Nous sommes alors assis sur une bombe qui peut exploser à tout moment et prendre des décisions qui nuiront grandement à la suite des choses. Également il y a le phénomène de la porte tournante. Ce va-et-vient néfaste qui fait en sorte que ceux qui souvent ont le plus besoin d'aide vont aller vers les services, mais vont les quitter à la moindre embûche, au moment où leur implication devient capitale... À ce moment d'aucuns diront qu'il y a un manque de services. Il est vrai que nous pourrions toujours faire plus et mieux, mais aider la détresse n'est pas une équation aussi simple.

Au-delà de cette réflexion, je veux faire ressortir un élément qui me semble essentiel. La souffrance amène l'humain aux confins de ses capacités de résilience, elle l'amène progressivement à faire des choix qui le placeront en danger, ou pire encore, il ne prendra plus de décision se laissant errer dans les méandres de l'abîme qui finira par le faire réagir de manière désorganisée en apparence... alors qu'au fond de lui il trouvera encore un peu de force et d'énergie pour crier à l'aide... et les gestes des dernières semaines sont des gestes extrêmes... extrêmement rares malgré tout...

C'est alors que nous aurons encore une fois l'opportunité de tendre la main... mais saura-t-il la prendre? Je le souhaite...

Louis Legault

Psychologue

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